Cameroun : Le chaos du scanning au Port de Douala, symbole d'une gouvernance en pleine débâcle
Le Cameroun traverse une crise institutionnelle sans précédent, illustrée de manière éclatante par le chaos qui paralyse le Port autonome de Douala depuis plusieurs semaines. Malgré un arbitrage formel du Premier ministre Joseph Dion Ngute, le conflit sur le scanning des conteneurs perdure, révélant une mutinerie administrative qui menace de ruiner l'économie nationale.
PM désavoué
Le 29 janvier dernier, Joseph Dion Ngute avait pourtant cru trancher définitivement la question. Réunissant à l'immeuble Étoile l'ensemble des parties concernées, le chef du gouvernement avait martelé une position claire : « Un contrat signé par le gouvernement doit être résilié par le gouvernement. »
Le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, s'était fait l'écho de cette directive : « Le gouvernement a signé un contrat avec la SGS en 2015, qui est entré en vigueur en 2022 et qui court jusqu'en 2032. Ce contrat va se poursuivre... »
Pourtant, sur le terrain, c'est l'insubordination qui règne. Malgré l'arbitrage du Premier ministre, Transatlantic SA continue d'assurer le service de scanning, créant un bicéphalisme opérationnel qui plonge les entreprises dans le désarroi.
Cacophonie
La situation relève du grotesque : Sur le terrain Transatlantic SA, poursuit ses activités. Alors que le système douanier continue d'exiger le paiement au profit de SGS Scanning Cameroun SA, dont les installations sont… totalement inopérantes.
« Nous sommes face à une extorsion administrative légalisée », dénonce en substance le Syndicat des Industries du Cameroun (Syndustricam), présidé par Samuel Njanga Kondo Ngande. Dans un communiqué alarmiste, l'organisation patronale décrit un « cri de détresse » face à des dysfonctionnements qui « empêchent l'enlèvement des conteneurs et entraînent surcoûts, pénalités, retards d'approvisionnement et perturbations de la production ».
Situation ruineuse
Les conséquences de cette gabegie dépassent largement le cadre portuaire. C'est toute la chaîne industrielle camerounaise qui vacille. Les entreprises accumulent les pénalités de surestaries, leurs approvisionnements sont bloqués, leur production perturbée. L'image économique du Cameroun, déjà fragilisée, s'effondre un peu plus aux yeux des investisseurs internationaux.
Le Syndustricam propose des mesures d'urgence : mécanisme de consignation des frais, reconnaissance d'un régime de force majeure administrative, rétablissement rapide de la cohérence opérationnelle. Mais ces appels semblent se perdre dans le vide d'une administration où les conflits de compétences et d'intérêts priment sur l'intérêt général.
Au-delà du dossier technique du scanning, c'est la question de l'autorité gouvernementale qui se pose avec acuité. Comment comprendre que, dans un État de droit, un arbitrage du Premier ministre puisse être ouvertement ignoré ? Quelles forces obscures permettent qu'un contrat gouvernemental soit contourné par « ceux qui ne l'ont pas signé » ?
Pendant que les instances dirigeantes se déchirent, l'économie camerounaise s'enfonce dans le chaos. Et le secteur privé, otage de ces querelles bureaucratiques, continue de payer le prix fort d'une cacophonie administrative sans fin.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com
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