Cameroun : Funérailles d'Anicet Ekane, le MANIDEM interdit la présence du gouvernement aux obsèques de l'opposant
Dans un communiqué rendu public ce lundi 16 mars 2026, le bureau politique du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (MANIDEM) a signifié au gouvernement du Cameroun qu'il n'aura aucune place dans l'organisation ni dans le déroulement des obsèques de son président, Anicet Ekane. Une décision politique lourde de sens, qui referme - pour l'instant du moins -toute possibilité de réconciliation entre le parti et le pouvoir de Yaoundé.
Signé pour le Bureau Politique par Valentin DONGMO Fils, vice-président du parti, le document est d'une concision chirurgicale : « Aucune contribution de quelque nature que ce soit venant du pouvoir de Yaoundé ne sera acceptée. » Plus encore, le MANIDEM prévient qu'il « dénoncera énergiquement toute personne agissant en son nom qui ira à l'encontre de cette décision. » Une mise en garde adressée autant aux autorités qu'aux éventuels militants tentés par le compromis.
Le MANIDEM continue d’affirmer que l’opposant Ekane Anicet est mort entre les mains du gouvernement et pour cela, il considère que les autorités portent une responsabilité morale, sinon juridique, dans la mort de son leader.
Mort en détention dans des circonstances contestées
Pour comprendre la profondeur de ce rejet, il faut revenir sur les circonstances du décès d'Anicet Ekane. Figure de la gauche nationaliste, cet opposant de 74 ans avait été arrêté fin octobre 2025, peu avant l'annonce de la réélection de Paul Biya pour un huitième mandat. Transféré au Secrétariat d'État à la Défense (SED), un centre de détention de la capitale tristement connu des défenseurs des droits humains, Ekane y décède dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 2025.
Les conditions de cette détention sont au cœur de la controverse. La famille brandit une version accablante : Ekane « étouffait depuis une semaine », son matériel médical « avait été confisqué ». Ses avocats vont plus loin, parlant de privation d'oxygène jusqu'à son décès. Selon son avocat Me Emmanuel Simh, l'opposant souffrait de détresse respiratoire sévère avant son arrestation et son concentrateur d'oxygène lui avait été confisqué à son entrée en détention. Malgré les alertes répétées de ses proches et de ses conseils, aucune évacuation sanitaire n'avait été accordée.
Autopsie rejetée
Pendant près de trois mois, la dépouille d'Anicet Ekane est restée sous scellés judiciaires, sans être restituée à sa famille — une rétention dénoncée comme une forme d'acharnement posthume. Le rapport d'autopsie a finalement été remis au Commissaire du Gouvernement près le Tribunal Militaire de Yaoundé le 23 février 2026. Des examens complémentaires avaient été effectués au Centre Universitaire Romand de Médecine Légale en Suisse.
Le 24 février 2026, le ministère camerounais de la Défense a annoncé que l'opposant était mort de « cause naturelle », évoquant une absence totale de lésions traumatiques et la présence de graves pathologies liées à de lourds antécédents médicaux. Mais cette conclusion, aussi bien étayée scientifiquement soit-elle, n'a convaincu ni la famille, ni l'opposition.
La famille du défunt refuse de clore le dossier, tandis que l'UPC-MANIDEM pose publiquement la question : « Ekanè n'est pas mort dans son lit, ni au siège de son parti. Mais entre les mains du pouvoir qui l'avait enlevé en dépit de son état. De quel côté chercher le crime ? » Maurice Kamto, président du MRC et opposant camerounais, n'avait pas hésité, quant à lui, à parler de « crime d'État ».
Des funérailles transformées en acte politique
Le MANIDEM a fixé au samedi 25 avril 2026 la date de l'inhumation de son président, soit près de cinq mois après son décès. En excluant formellement le gouvernement des obsèques. La famille a prévenu : elle entend faire de ces funérailles un moment de recueillement national. Le risque d'affrontements avec les forces de l'ordre n'est pas nul.
Le MANIDEM, lui, a choisi son camp une fois pour toutes. En rejetant toute contribution du gouvernement, il refuse que la mort d'Anicet Ekane soit instrumentalisée ou que l'État puisse acheter, au prix de quelques couronnes mortuaires.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com
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