Côte d'Ivoire : Déguerpissement à Port-Bouët Vridi-Canal, un père de trois enfants retrouvé mort dans un camion après avoir perdu sa maison
Les décombres du déguerpissement à Vridi-Canal (Ph Koaci)
Il était parti mettre sa famille à l'abri avant de revenir sauver ce qu'il pouvait encore l'être de toute une vie réduite en décombres. Mais il ne rentrera jamais auprès des siens. À Vridi-Canal, la découverte du corps sans vie d'Issouf Bougoum vient rappeler, avec une cruauté bouleversante, le drame humain qui accompagne parfois les grandes opérations de déguerpissement.
Selon un communiqué de la mairie de Port-Bouët, le corps de cet homme, mécanicien de profession, a été retrouvé le vendredi 12 juin 2026 dans la cabine d'un camion stationné dans le garage où il travaillait. Le défunt était en état de putréfaction lorsque les autorités compétentes ont procédé à l'enlèvement de sa dépouille.
Derrière ce constat glaçant se dessine l'histoire d'un père de famille confronté à la détresse la plus absolue. D'après le témoignage de son frère, Issouf Bougoum aurait vu son habitation détruite lors des récentes opérations de déguerpissement menées par le District autonome d'Abidjan. Dans l'urgence, il avait conduit sa conjointe et leurs trois enfants à Vridi Ako afin de les mettre en sécurité.
Puis, comme tant d'autres confrontés à la perte soudaine de leurs repères, il serait revenu sur les lieux pour récupérer quelques effets personnels arrachés au chaos. À la tombée de la nuit, incapable de traverser la lagune pour rejoindre les siens et sans endroit où trouver refuge, il aurait choisi de passer la nuit dans la cabine d'un camion. Un choix dicté non par le confort, mais par la nécessité. Un ultime abri de fortune qui deviendra son dernier refuge.
Comment cet homme a-t-il trouvé la mort ? Quelles circonstances exactes ont conduit à ce dénouement tragique ? Pour l'heure, les réponses demeurent entre les mains des autorités chargées de faire la lumière sur cette affaire. Une enquête devra établir les causes précises de ce décès qui suscite déjà une vive émotion au sein de la population.
En attendant que la vérité émerge, une famille pleure un époux, un père, un frère. Trois enfants grandiront désormais avec l'absence irréparable de celui qui avait tenté, jusqu'au bout, de préserver un peu de dignité au milieu de l'épreuve. Au-delà des chiffres et des engins de démolition, la disparition d'Issouf Bougoum rappelle que derrière chaque déguerpissement se cachent des existences fragilisées, des histoires brisées et des vies humaines dont la douleur ne saurait être ignorée.
À Port-Bouët comme ailleurs, ce drame laisse un goût amer et pose une question douloureuse : comment reconstruire lorsque, en une nuit, on perd à la fois son toit, ses repères et l'un des siens ?
Jean Chresus, Abidjan
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