Côte d'Ivoire : Le SYNAP-CI met le gouvernement en garde, « si les 200 000 tonnes de cacao ne sont pas achetées, il y aura des remous »
Le président du Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d'Ivoire (Synap-CI), Moussa Koné, n'a pas tardé à réagir après la première édition de la Journée de l'Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) café-cacao, tenue le samedi 25 juillet 2026 à Duékoué. Lors d'un point de presse organisé mardi 28 juillet à Abidjan-Plateau, le responsable syndical a exprimé sa profonde déception, estimant que les préoccupations majeures des producteurs de cacao ont été reléguées au second plan.
La cérémonie, présidée par le ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, devait, selon les attentes des producteurs, permettre d'aborder les difficultés auxquelles fait face la filière, notamment la question du cacao invendu. Mais, à en croire Moussa Koné, cet enjeu essentiel n'a pas été traité.
Le président du Synap-CI dit avoir été surpris d'entendre les responsables de l'OIA expliquer que leur mission consiste avant tout à « accompagner la politique du gouvernement ».
« Les producteurs ne sont pas des politiciens. Si l'OIA est là pour accompagner le gouvernement avec les cotisations des producteurs, il y a un véritable problème », a-t-il déclaré, estimant que l'organisation devrait davantage défendre les intérêts des acteurs de la filière.
Selon lui, la rencontre de Duékoué devait marquer le lancement de la distribution de produits phytosanitaires et d'intrants agricoles, mais également servir de cadre de discussion sur les difficultés structurelles que connaissent les producteurs.
« Je suis sorti déçu de cette cérémonie. Les problèmes de fond n'ont pas été abordés », a-t-il regretté.
Pour Moussa Koné, la priorité ne devrait pas être la distribution d'intrants destinés à accroître la production, alors que d'importants volumes de cacao restent encore invendus dans les villages.
« Au lieu de distribuer des produits phytosanitaires pour produire davantage, il faut d'abord acheter ce qui est déjà produit. Aujourd'hui encore, des producteurs conservent du cacao chez eux. D'autres disposent de reçus de livraison mais n'ont toujours pas été payés », a-t-il dénoncé.
S'appuyant sur une contre-évaluation du ministère de l'Agriculture concernant les estimations du Conseil du café-cacao, il affirme que près de 300 000 tonnes de cacao étaient concernées. Selon lui, seulement 100 000 tonnes auraient été achetées, laissant 200 000 tonnes toujours entre les mains des producteurs.
« Ces 200 000 tonnes représentent une perte de plus de 600 milliards de francs CFA pour les paysans. Je confirme que ce cacao est toujours détenu par les producteurs. Avant l'ouverture de la prochaine campagne, il faut impérativement acheter le reste du stock », a insisté le leader syndical.
Le président du Synap-CI a également invité le gouvernement à exercer un contrôle plus rigoureux sur les responsables techniques chargés de la gestion de la filière café-cacao.
« Ce qu'ils disent et ce qu'ils font est souvent en décalage avec la réalité du terrain », a-t-il affirmé, estimant que les remontées faites aux autorités ne reflètent pas toujours la situation vécue par les producteurs.
Il avertit que si les stocks restants ne sont pas rapidement achetés, des tensions pourraient apparaître dans les zones de production.
« Si les 200 000 tonnes ne sont pas achetées, il risque d'y avoir des remous », a-t-il prévenu.
En conclusion, Moussa Koné a appelé les producteurs au calme tout en annonçant une prochaine rencontre nationale.
« Que les producteurs restent à l'écoute. Après la célébration de la fête de l'Indépendance, le 7 août, le Synap-CI prendra l'initiative de réunir à Abidjan tous ceux qui détiennent encore des volumes de cacao afin de faire un état des lieux précis, avant de décider des actions à entreprendre », a-t-il indiqué.
Wassimagnon
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