Côte d'Ivoire : Financement climatique, l'État déploie sa taxonomie verte pour attirer 62 milliards de dollars d'investissements
La Côte d’Ivoire franchit un cap stratégique dans sa politique climatique. À travers l’atelier inaugural de l’Unité de Travail chargée du Suivi de la Taxonomie et de la Divulgation (UTSTD), le pays affiche clairement son ambition : transformer ses engagements climatiques en actions concrètes, mesurables et financées.
Créée au sein de la Commission nationale de lutte contre les changements climatiques (CNLCC), sous l’autorité du Premier ministre, l’UTSTD se positionne comme un outil clé de pilotage opérationnel de la taxonomie climatique ivoirienne. Contrairement à de nombreux référentiels conçus dans des contextes occidentaux, cette taxonomie repose sur les réalités nationales, les secteurs stratégiques du pays et ses vulnérabilités spécifiques.
Cet atelier inaugural marque une étape fondatrice : pour la première fois, l’ensemble des membres de l’unité se réunit afin de s’approprier le référentiel, harmoniser les approches et poser les bases d’une mise en œuvre rigoureuse. Trois priorités structurent cette rencontre : clarifier le cadre de fonctionnement et les responsabilités des membres, bâtir une compréhension commune de la taxonomie ivoirienne, définir les premières actions pour accompagner la divulgation extra-financière.
Au cœur de cette démarche se trouve un enjeu majeur : le financement de la transition climatique. La Côte d’Ivoire doit mobiliser plus de 62 milliards de dollars pour mettre en œuvre ses Contributions déterminées au niveau national (CDN 3.0).
La taxonomie climatique devient ainsi un instrument décisif. En identifiant clairement les activités économiques réellement durables, elle permet d’orienter les flux financiers vers des investissements alignés avec les objectifs climatiques. Elle ouvre également l’accès à de nouveaux instruments comme les obligations vertes, les prêts climatiques et les financements internationaux.
Au-delà, l’UTSTD assurera la supervision du cadre national de divulgation extra-financière, garantissant transparence, crédibilité et redevabilité.
Pour le Dr Mayeul Alex Lagaud, secrétaire exécutif de la CNLCC, l’enjeu est stratégique. « La taxonomie de transition et le cadre de divulgation constituent un référentiel essentiel pour distinguer les activités durables de celles à fort impact négatif. C’est un levier clé pour mobiliser les financements et limiter les risques de greenwashing. »
Il souligne également que cette initiative répond à des exigences internationales croissantes, notamment dans le cadre des engagements pris par le pays.
Représentant d’Expertise France, Guillaume Vermeulen a salué une évolution majeure.
« La Côte d’Ivoire passe d’une logique d’engagement à une logique d’exécution. La question n’est plus seulement d’avoir des ambitions, mais de pouvoir les mesurer, les suivre et les financer », a-t-il expliqué.
Selon lui, la combinaison entre taxonomie et divulgation crée un langage commun entre l’État, les investisseurs et le secteur privé. Toutefois, il met en garde : sans capacités techniques solides, données fiables et mécanismes de contrôle crédibles, ces outils pourraient rester sous-exploités.
Parmi les défis identifiés figurent, la qualité et la disponibilité des données, l’appropriation par le secteur privé, l’équilibre entre transparence et contraintes opérationnelles.
Pour Patricia Adiko, directrice de la CNLCC, cet atelier s’inscrit dans un renforcement global de la gouvernance climatique nationale : « Il devient impératif pour notre pays de se doter d’outils robustes pour répondre aux exigences internationales en matière de transparence et de finance climatique. »
Elle insiste sur la nécessité d’une collaboration étroite entre institutions, partenaires techniques et secteur privé pour garantir le succès du dispositif.
Un projet soutenu par des partenaires internationaux
L’initiative s’appuie notamment sur le Projet Transition Bas Carbone (TBC), financé par l’Union européenne à hauteur de 5,9 millions d’euros et mis en œuvre par Expertise France. Lancé en 2023 pour une durée de 48 mois, ce programme vise à renforcer la performance climatique du pays en cohérence avec l’Accord de Paris.
À travers cette réforme, la Côte d’Ivoire ambitionne de se positionner comme un acteur crédible sur les marchés internationaux de la finance verte. Plus largement, il s’agit d’engager une transformation structurelle de l’économie en orientant les investissements vers des activités durables et résilientes.
Comme l’a résumé Guillaume Vermeulen, « la transition bas-carbone n’est pas une option. La question est de savoir si nous allons la subir ou la structurer. »
Avec le lancement de l’UTSTD, la Côte d’Ivoire semble avoir choisi son camp.
Wassimagnon
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