Cameroun : Jean-Pierre Biyiti Bi Essam est mort, l'ex-ministre emporte avec lui le mystère des fonds publics placés sur son compte personnel
Jean Pierre Biyiti Bi Essam (Ph)
L'ancien ministre de la Communication et ambassadeur du Cameroun en Israël est décédé dans la nuit du 22 au 23 avril 2026. Sa carrière reste indissociable d'une polémique jamais vraiment tranchée.
Jean Pierre Biyiti Bi Essam s'est éteint dans la nuit de mercredi à jeudi, des suites de maladie, selon des sources crédibles proches de sa famille. Figure bien connue de la scène politique camerounaise, il avait occupé successivement les fonctions de ministre de la Communication, puis celles de ministre des Postes et Télécommunications, avant d'être nommé ambassadeur du Cameroun en Israël, poste qu'il avait occupé pendant huit ans.
Il y a tout juste deux mois, Biyiti Bi Essam avait été remplacé à son poste diplomatique par Ndifontah Buma Nyamndi, dans le cadre d'un réaménagement de la représentation extérieure du pays. Sa mort survient donc peu après la fin de ses fonctions officielles.
Carrière hantée
Si son nom revient dans les mémoires, c'est avant tout en raison d'un épisode survenu en 2009, à l'occasion de la visite du pape Benoît XVI au Cameroun. À l'époque, entre 130 et 770 millions de FCFA - les sources divergent sur le montant exact - destinés à financer la couverture médiatique de l'événement avaient été déposés sur le compte bancaire personnel du ministre.
Entendu par la police judiciaire, Biyiti Bi Essam avait fermement nié toute intention malhonnête. Il avait expliqué avoir voulu "sécuriser" les fonds, affirmant que l'argent n'avait transité sur son compte qu'à titre provisoire — une simple "escale", selon ses propres mots. La justification n'avait convaincu ni l'opinion publique ni, semble-t-il, la présidence de la République.
« L'argent n'a fait qu'une escale sur mon compte », avait-il expliqué. Cette justification, restée célèbre, n'avait pas suffi à étouffer la polémique.
Paul Biya avait finalement décidé de mettre fin à ses fonctions diplomatiques à la suite de cette controverse. Mais l'affaire n'a jamais connu d'issue judiciaire. Aucune condamnation, aucun non-lieu prononcé publiquement : le dossier est resté en suspens, alimentant durablement les interrogations sur la destination réelle de ces deniers publics.
Grandeur et zones d'ombre
Au-delà de cette affaire, Biyiti Bi Essam avait eu un parcours institutionnel de premier rang. Membre de l'appareil d'État pendant plusieurs décennies, il avait exercé des responsabilités ministérielles dans des secteurs stratégiques et représenté son pays à l'étranger à un niveau élevé.
Sa disparition relance inévitablement le débat sur une affaire que beaucoup n'avaient pas oubliée. Pour une partie de l'opinion, il s'en va sans que la lumière n’ait jamais été pleinement faite sur l'utilisation de ces fonds publics. Ce silence institutionnel constitue peut-être, en définitive, la part la plus lourde de son héritage.
Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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