Côte d'Ivoire : Tabac, le Gouvernement déclare la guerre aux nouveaux produits à nicotine et impose le paquet neutre dès août 2026
La Côte d’Ivoire a réaffirmé son engagement dans la lutte contre le tabagisme et les nouveaux produits à base de nicotine à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale sans tabac 2026, organisée à Anyama sous le thème : « Démasquer l’attrait : lutter contre la dépendance à la nicotine et aux produits du tabac ».
Réunissant autorités gouvernementales, représentants de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), acteurs de la société civile, organisations de protection de l’enfance et partenaires techniques, cette cérémonie a été marquée par un appel fort à la vigilance face aux stratégies de séduction déployées par l’industrie du tabac, particulièrement à l’endroit des jeunes.
Prenant la parole au nom du Représentant résident de l’OMS en Côte d’Ivoire, empêché, le Dr Ané a salué les progrès significatifs réalisés par le pays dans la lutte antitabac.
Il a rappelé que la Côte d’Ivoire a ratifié la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac en 2010 ainsi que le Protocole pour éliminer le commerce illicite des produits du tabac en 2016. L’adoption de la loi nationale de lutte contre le tabagisme en 2019, suivie de plusieurs décrets d’application portant notamment sur les avertissements sanitaires, la traçabilité des produits du tabac et l’interdiction de fumer et de vapoter dans les lieux publics, témoigne selon lui d’une volonté politique affirmée.
L’OMS a également salué l’engagement du gouvernement ivoirien en faveur de la mise en œuvre du conditionnement neutre des produits du tabac, une mesure considérée comme une référence dans la Région africaine.
« Ces réalisations sont exemplaires et constituent aujourd’hui un modèle pour de nombreux pays africains », a souligné le représentant de l’institution onusienne.
Malgré ces avancées, l’OMS met en garde contre les nouvelles stratégies développées par l’industrie du tabac pour recruter de nouveaux consommateurs.
Selon le message délivré par le Dr Ané, l’objectif de cette industrie demeure inchangé : remplacer les fumeurs qui arrêtent ou décèdent afin de préserver ses profits. Les adolescents et les jeunes adultes restent les principales cibles de ces campagnes de marketing.
Le représentant de l’OMS a insisté sur la vulnérabilité particulière du cerveau des jeunes face à la nicotine. Il a rappelé que près de neuf fumeurs quotidiens sur dix ont commencé à fumer avant l’âge de 18 ans.
Cette situation apparaît particulièrement préoccupante en Afrique, où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans. En Côte d’Ivoire, les jeunes représentent près de 75 % de la population.
« Il n’existe aucune forme sûre de consommation du tabac ou de la nicotine », a-t-il martelé, citant les cigarettes classiques, le tabac chauffé, les cigarettes électroniques, les sachets de nicotine et autres produits similaires, tous susceptibles d’entraîner une dépendance et des conséquences graves sur la santé.
Représentant le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre Dimba, le Professeur Soro Kountélé, Directeur de cabinet adjoint, a mis en lumière les résultats obtenus grâce aux politiques publiques engagées ces dernières années.
Il a rappelé que la lutte contre le tabagisme constitue une priorité nationale, conformément aux Objectifs de développement durable et à la vision du Président de la République, Alassane Ouattara.
Depuis l’adoption de la loi de 2019 relative à la lutte contre le tabac, plusieurs textes réglementaires ont renforcé le dispositif national, notamment l’interdiction de fumer dans les lieux publics et les transports publics, y compris pour les cigarettes électroniques, la chicha et les autres dispositifs électroniques de consommation de nicotine.
Le gouvernement a également renforcé les mécanismes de traçabilité, de vérification fiscale et d’authentification des produits du tabac, tout en multipliant les campagnes de sensibilisation dans les écoles, les gares et les espaces publics.
Ces efforts ont permis d’obtenir des résultats encourageants. Selon les données présentées lors de la cérémonie, la prévalence du tabagisme chez les jeunes âgés de 13 à 15 ans est passée de 14,7 % en 2009 à 4,5 % en 2023.
« Cette baisse significative témoigne de l’efficacité des actions menées par l’ensemble des acteurs engagés dans cette lutte », a déclaré le représentant du ministre.
Si les chiffres du tabagisme classique sont en recul, les autorités sanitaires s’inquiètent désormais de la progression des nouveaux produits contenant de la nicotine.
Selon l’Enquête mondiale sur le tabagisme chez les jeunes réalisée en 2023, 14,4 % des garçons et 6,6 % des filles âgés de 13 à 15 ans déclarent avoir déjà utilisé une cigarette électronique.
Pour les autorités ivoiriennes, ces produits représentent une menace croissante. Souvent présentés comme moins nocifs, ils séduisent les jeunes grâce à des arômes attractifs, des emballages colorés et des stratégies marketing sophistiquées.
Le Professeur Soro Kountélé a dénoncé des produits dont l’apparence rappelle parfois des bonbons, des jouets ou des gadgets technologiques, contribuant ainsi à banaliser leur consommation auprès des adolescents.
Le conditionnement neutre obligatoire dès le 1er août 2026
Face à cette situation, le gouvernement entend renforcer sa riposte. L’une des principales annonces faites lors de la cérémonie concerne l’entrée en vigueur du conditionnement neutre obligatoire pour tous les produits du tabac commercialisés en Côte d’Ivoire.
À compter du 1er août 2026, les fabricants et distributeurs devront commercialiser leurs produits dans des emballages uniformisés, dépourvus de tout élément promotionnel susceptible d’en renforcer l’attractivité.
Cette mesure s’inscrit dans une stratégie globale visant à réduire l’influence de l’industrie du tabac et à mieux protéger les populations, en particulier les enfants et les adolescents.
Au terme de cette célébration, l’OMS et le gouvernement ivoirien ont lancé un appel à l’ensemble des acteurs de la société.
Parlementaires, régulateurs, organisations de la société civile, éducateurs, parents et jeunes ont été invités à unir leurs efforts pour contrer les tactiques de l’industrie du tabac et préserver les acquis obtenus au cours des dernières années.
Les autorités ont également adressé un message direct à la jeunesse ivoirienne : ne jamais commencer à fumer.
Aux personnes déjà dépendantes, elles ont rappelé qu’il n’est jamais trop tard pour arrêter, soulignant que les bénéfices de l’arrêt du tabac sont rapides, durables et observables à tout âge.
Alors que la Côte d’Ivoire s’apprête à franchir une nouvelle étape avec la généralisation du conditionnement neutre, les acteurs de la lutte antitabac espèrent consolider les progrès enregistrés et construire une génération mieux protégée contre les effets dévastateurs du tabac et de la nicotine.
Wassimagnon
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