Côte d'Ivoire : Yopougon, Marché Gouro rasé, les commerçants alertent sur un risque de pénurie et de vie chère et demandent la réactivation du Comité présidentiel de suivi
Réunis ce dimanche au complexe hôtelier Asthoria Palace de Yopougon, les représentants du Collectif des Organisations Professionnelles de Commerçants (OPC), conduits par l’Union des Commerçants et Entrepreneurs de Côte d’Ivoire (UCEAO) et le Syndicat des Commerçants et Artisans Professionnels de l’Afrique de l’Ouest (SYCAOPAO), ont exprimé leur profonde préoccupation après la démolition du marché Gouro de Siporex. Tout en réaffirmant leur soutien à la lutte contre le désordre urbain engagée par les autorités, ils dénoncent les conséquences économiques et sociales de cette opération et formulent plusieurs recommandations urgentes à l’endroit du gouvernement.
Dans leur déclaration, les organisations professionnelles de commerçants ont tenu à préciser qu’elles ne s’opposent pas à la politique de déguerpissement menée dans le District autonome d’Abidjan. Selon elles, la nécessité de lutter contre l’occupation anarchique des espaces publics et de prévenir les risques liés à la saison des pluies est largement admise.
Toutefois, elles regrettent la manière dont ces opérations sont conduites. Les responsables des OPC dénoncent notamment l’absence de concertation avec les personnes directement affectées, ainsi que le manque d’accompagnement avant, pendant et après les démolitions.
« Ce qui est déplorable, ce n’est pas l’objectif poursuivi, mais l’absence de prise en charge opérationnelle et émotionnelle des commerçants impactés », ont-ils souligné.
Les organisations affirment n’avoir été associées à aucune étape du processus, malgré leur rôle de représentation des acteurs du secteur commercial.
Des pertes importantes et une menace sur l'approvisionnement des marchés
Le Collectif estime que la destruction du marché Gouro de Siporex a entraîné des pertes matérielles et financières considérables pour des centaines de commerçantes et commerçants qui y exerçaient leurs activités depuis plusieurs années.
Au-delà des préjudices individuels, les OPC alertent sur les conséquences plus larges de cette opération sur la chaîne d’approvisionnement des marchés d’Abidjan. Selon eux, la disparition de cette plateforme commerciale risque d’entraîner une raréfaction de certains produits vivriers ainsi qu’une hausse des prix dans plusieurs communes, notamment à Yopougon.
Les responsables du Collectif s’interrogent également sur les mécanismes prévus pour compenser les pertes enregistrées et prévenir les perturbations du marché.
Les commerçants rappellent que face aux critiques suscitées par les premières opérations de déguerpissement, le Président de la République, Alassane Ouattara, avait évoqué la question lors de son adresse à la Nation du 6 août 2024. À cette occasion, un Comité de direction et de suivi des déguerpissements avait été créé afin d'encadrer le processus et d'en limiter les impacts sociaux.
Pour le Collectif, cet organe doit aujourd'hui être réactivé afin de restaurer le dialogue entre les autorités et les populations concernées.
Au terme de leur déclaration, les organisations professionnelles de commerçants ont formulé cinq recommandations majeures qu’elles jugent indispensables pour éviter une aggravation de la situation, Réactiver le Comité de direction et de suivi des déguerpissements, le Collectif demande la remise en activité effective du comité créé par le Chef de l’État le 6 août 2024 afin de garantir un meilleur encadrement des opérations et une prise en compte des préoccupations des populations affectées, l'Associer les acteurs du commerce aux décisions. Les OPC souhaitent que le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat ainsi que les représentants des organisations professionnelles de commerçants participent systématiquement aux discussions et aux mécanismes de suivi des opérations de déguerpissement. Indemniser les victimes des démolitions, les commerçants réclament le dédommagement de tous les opérateurs économiques ayant perdu leurs marchandises, leurs équipements ou leurs lieux d’activité à la suite des déguerpissements, Mettre en place une cellule de crise sur les produits vivriers, face aux tensions observées sur les marchés, le Collectif préconise la création urgente d’une cellule de crise chargée de suivre l’évolution des prix et de prévenir les risques de pénurie des denrées alimentaires dans le District autonome d’Abidjan, Suspendre les contrôles des prix ou accorder une subvention aux commerçants, estimant que la destruction de certaines plateformes d’approvisionnement perturbe fortement l’activité commerciale, les OPC demandent au gouvernement soit de suspendre temporairement les contrôles liés au respect des prix, soit de mettre en place un mécanisme de subvention destiné à amortir les pertes et à préserver les marges des commerçants.
Par cette déclaration, le Collectif des Organisations Professionnelles de Commerçants appelle les autorités à privilégier une approche plus inclusive et concertée dans la conduite des opérations de déguerpissement. Tout en reconnaissant la nécessité de réorganiser l’espace urbain, les commerçants plaident pour des solutions conciliant impératifs d’aménagement, protection des activités économiques et préservation des moyens de subsistance de milliers de familles.
La déclaration a été lue par Denis Gbogbo, président de l’Union des Commerçants et Entrepreneurs de Côte d’Ivoire (UCEAO), au nom de l’ensemble des organisations signataires.
Wassimagnon
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