Cameroun : Plainte contre Paul Biya à Paris, la nouvelle bataille de légitimité d'Issa Tchiroma Bakary
Depuis la Gambie où il est en exil, après sa défaite contestée à la présidentielle d'octobre 2025, Issa Tchiroma Bakary poursuit son combat sur un nouveau terrain : celui de la justice française. L'ancien candidat, qui continue de se présenter comme « président élu » du Cameroun, a déposé deux plaintes auprès du parquet de Paris contre Paul Biya, -93 ans dont bientôt 44 au pouvoir-, et plusieurs hauts responsables camerounais, invoquant le principe de compétence universelle.
Au-delà de l'aspect strictement judiciaire, cette initiative s'inscrit dans une stratégie politique plus large. Privé de toute tribune institutionnelle au Cameroun et contraint à l'exil, Tchiroma cherche à maintenir sa présence dans le débat public et à conforter sa légitimité contestée. Saisir une juridiction internationale lui permet de continuer à exister politiquement, de capter l'attention médiatique, et de présenter son combat comme une croisade pour l'État de droit plutôt que comme une simple contestation électorale.
Face à cette offensive, le pouvoir en place affiche une indifférence calculée. Interrogé par RFI, Grégoire Owona, ministre et secrétaire général adjoint du RDPC (parti au pouvoir), a balayé la question d'un revers de main : « On est bien trop occupés pour parler de Tchiroma », expliquant que le parti se concentre déjà sur la préparation des prochaines échéances électorales.
Cette réponse, en apparence anodine, est révélatrice du rapport de force actuel. En refusant d'engager le débat, le RDPC tente de priver Tchiroma de la reconnaissance qu'il recherche : ne pas répondre, c'est nier l'importance de l'adversaire et le renvoyer à son statut d'opposant marginalisé, voire d'acteur déjà dépassé par l'agenda politique national.
Pour Tchiroma, au contraire, chaque action judiciaire ou déclaration publique est un moyen de rappeler qu'il reste un acteur incontournable de la scène camerounaise, malgré la distance et l'absence de relais institutionnel. La plainte déposée à Paris, qui dénonce la répression des manifestations post-électorales et la détention de plus de 3 000 personnes, sert ainsi un double objectif : porter la voix des victimes de la crise post-électorale, mais aussi entretenir sa propre existence politique sur la scène internationale.
Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits. Entre un pouvoir qui mise sur le silence et un opposant qui mise sur l'éclat médiatique, la confrontation se joue désormais autant dans les médias et les tribunaux que dans les urnes.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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