Côte d'Ivoire : Effondrements d'immeubles, les professionnels du bâtiment tirent la sonnette d'alarme et appellent à une révolution des pratiques
À Abidjan, architectes, ingénieurs et experts du BTP unissent leurs voix pour promouvoir une construction plus sûre, plus durable et plus économique. Une initiative qui intervient dans un contexte marqué par la multiplication des effondrements d’ouvrages et la nécessité de renforcer la culture de la qualité dans le secteur du bâtiment.
Face aux nombreux cas d’effondrements d’immeubles enregistrés ces dernières années en Côte d’Ivoire, les acteurs du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) ont décidé de passer à l’action. À l’initiative de l’entreprise Génie Arch Pro CI et du cabinet d’architecture ARCHICREA, une conférence consacrée aux enjeux de la construction s’est tenue le week-end autour du thème : « Secteur du bâtiment en Côte d’Ivoire : enjeux, opportunités et méthodes pour construire de manière sûre et économique ».
L’événement a réuni des représentants de ministères, des chefs d’entreprise, des maîtres d’ouvrage, des professionnels du bâtiment ainsi que de nombreux étudiants des filières BTP. Au cœur des échanges : la sécurité des constructions, la responsabilité des différents acteurs et la nécessité de faire appel à des professionnels qualifiés.
Pour Marius Tiwa Kouadio, président du comité d’organisation et consultant spécialisé en marketing et communication pour les entreprises du BTP et de l’immobilier, cette conférence répond à une urgence nationale.
« La qualité de nos constructions conditionne la sécurité des populations, la valorisation des investissements et le développement durable de notre pays », a-t-il déclaré.
Selon lui, de nombreux porteurs de projets continuent de commettre des erreurs évitables : mauvaise préparation des chantiers, choix techniques inadaptés, sous-estimation des coûts, absence d’accompagnement professionnel ou encore méconnaissance des procédures réglementaires.
Face à cette réalité, les organisateurs ont souhaité créer un cadre d’échanges permettant de rapprocher les experts des citoyens et de diffuser les bonnes pratiques en matière de construction.
Invité d’honneur de la rencontre, Joseph Amon, président de l’Ordre des Architectes de Côte d’Ivoire, a salué une initiative qu’il juge essentielle pour sensibiliser la population.
Selon lui, la plupart des drames observés dans le secteur sont liés à l’absence de professionnels dans le processus de conception et de réalisation des ouvrages.
« Il y a très peu, voire pratiquement pas, d’immeubles qui s’effondrent lorsqu’un projet a été conçu par un architecte et réalisé avec l’intervention des ingénieurs et des entreprises qualifiées », a-t-il affirmé.
Le président de l’Ordre des Architectes estime que les effondrements ne résultent pas d’une fatalité mais d’une succession de manquements techniques, administratifs ou organisationnels.
Pour lui, les particuliers et les investisseurs doivent comprendre que le recours à des architectes, ingénieurs, bureaux d’études et laboratoires spécialisés représente avant tout un investissement pour la sécurité.
« Lorsqu’un bâtiment s’effondre, c’est tout un investissement qui disparaît. Les honoraires des professionnels coûtent toujours moins cher que les conséquences d’un sinistre », a-t-il insisté.
Conférencier principal de l’événement, l’ingénieur Evrard Kouassi, diplômé de l’Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement (2iE) et cofondateur de Génie Arch Pro CI, a présenté une approche méthodique destinée à limiter les risques dans les projets de construction.
Très suivi sur les réseaux sociaux pour ses contenus de sensibilisation aux bonnes pratiques du BTP, il a résumé sa méthode autour de trois étapes fondamentales :
Avant la construction : disposer de tous les plans réalisés par des professionnels qualifiés et s’assurer de la qualité des matériaux.
Pendant la construction : veiller au respect des plans validés et contrôler régulièrement la qualité des matériaux utilisés.
Après la construction : mettre en place un suivi technique et effectuer des vérifications périodiques pour garantir la pérennité de l’ouvrage.
Selon lui, le manque d’information et de sensibilisation demeure l’une des principales causes des dysfonctionnements observés dans le secteur.
De son côté, l’architecte Kangou Baroan, fondatrice du cabinet ARCHICREA et ancienne chargée de communication de l’Ordre des Architectes de Côte d’Ivoire, a insisté sur l’importance des études préalables.
« Un projet ne commence pas au démarrage du chantier. Il commence bien avant, avec les études préliminaires et la mobilisation des compétences adaptées à chaque étape », a-t-elle expliqué.
Pour l’architecte, le rôle du professionnel est d’accompagner le maître d’ouvrage dès les premières réflexions afin de sécuriser les investissements et d’éviter les erreurs coûteuses.
Elle estime que les effondrements observés ces dernières années sont également le reflet d’un déficit de professionnalisme et d’une rupture de dialogue entre les porteurs de projets et les experts du cadre bâti.
Profitant de cette rencontre avec les étudiants présents, Joseph Amon a également lancé un appel à la jeunesse ivoirienne.
À travers plusieurs anecdotes tirées de son parcours personnel, il a encouragé les futurs architectes et ingénieurs à développer leur esprit d’initiative, à multiplier les démarches sur le terrain et à rechercher activement des opportunités de stage et d’apprentissage.
Pour lui, la curiosité, la persévérance et la capacité à proposer des solutions concrètes constituent aujourd’hui des qualités essentielles pour réussir dans les métiers du bâtiment.
Au terme de la conférence, les intervenants ont exprimé leur volonté de multiplier ce type de rencontres à Abidjan mais également dans les villes de l’intérieur du pays.
L’objectif est clair : sensibiliser davantage les populations aux enjeux de la construction, promouvoir le recours aux professionnels qualifiés et réduire durablement les risques d’effondrements d’ouvrages.
Dans un contexte de forte croissance urbaine et immobilière, les acteurs du secteur estiment que seule une culture de la qualité, de la rigueur technique et du respect des normes permettra de bâtir des villes plus sûres et plus résilientes.
Car derrière chaque bâtiment qui s’effondre se cachent non seulement des pertes financières considérables, mais aussi des vies humaines qui auraient pu être préservées.
Une réalité que les professionnels du cadre bâti entendent désormais combattre par l’information, la formation et la sensibilisation.
Wassimagnon
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
