Côte d'Ivoire : De pays apprenant à référence mondiale, le modèle REDD+ ivoirien inspire le Cambodge
Une délégation de haut niveau du Royaume du Cambodge a effectué une visite d’étude dans le Sud-Ouest ivoirien pour s’imprégner de l’expérience du Programme de Paiement des Réductions d’Émissions autour du Parc National de Taï. Une reconnaissance internationale qui confirme le leadership de la Côte d’Ivoire en matière de finance carbone forestière.
Pendant trois jours, du 15 au 17 juin 2026, la Côte d’Ivoire a accueilli une importante mission de partage d’expériences sur la REDD+ et les paiements carbone. Organisée dans le cadre du programme SCALE de la Banque mondiale, cette visite Sud-Sud a réuni une délégation de dix représentants du Royaume du Cambodge, des experts de la Banque mondiale ainsi que les principales institutions ivoiriennes impliquées dans la gestion durable des forêts.
L’objectif de cette mission était clair : permettre au Cambodge de s’inspirer de l’expérience ivoirienne dans la mise en œuvre du Programme de Paiement des Réductions d’Émissions autour du Parc National de Taï (PRE), considéré aujourd’hui comme l’un des programmes REDD+ les plus avancés au monde.
La mission a débuté à Abidjan par une audience officielle au Ministère de l’Environnement et de la Transition écologique avant de se poursuivre à Grand-Béréby, dans la région de San-Pédro, au cœur de la zone d’intervention du PRE.
À l’ouverture de l’atelier technique, le Directeur général de l’Office ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR), le Général Adama Tondossama, représentant le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, a salué la présence de la délégation cambodgienne comme une preuve de la crédibilité acquise par la Côte d’Ivoire dans le domaine de la finance carbone.
« Hier, la Côte d’Ivoire allait chercher des expériences ailleurs ; aujourd’hui, d’autres pays viennent s’inspirer de l’expérience ivoirienne », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette évolution est le résultat d’une volonté politique forte portée au plus haut niveau de l’État et de réformes ambitieuses engagées pour restaurer le couvert forestier national et lutter contre les changements climatiques.
Le représentant du ministre a rappelé que le PRE a permis de générer près de 20 millions de tonnes équivalent CO₂ vérifiées entre 2020 et 2023, tandis que près de 8 millions de tonnes supplémentaires sont en cours de certification pour l’année 2024.
Sur le terrain, les résultats sont tout aussi significatifs avec plus de 71 000 hectares de terres dégradées restaurés grâce aux activités de reboisement et d’agroforesterie, ainsi que plus de 3 500 hectares de forêts conservés.
Partenaire clé du programme à travers le Fonds de Partenariat pour le Carbone Forestier (FCPF), la Banque mondiale a également mis en avant les performances du PRE.
Son Task Team Leader, Jean-Dominique Bescond, a souligné que plus de 21 000 bénéficiaires ont déjà reçu des paiements directs via Mobile Money, dont 10,7 % de femmes. Il a également relevé que près de 2 900 personnes ont pu accéder à des documents d’identité grâce au programme.
Pour lui, l’expérience ivoirienne démontre qu’il est possible d’associer efficacement lutte contre les changements climatiques, préservation des forêts et amélioration des conditions de vie des populations.
« Ces résultats montrent que l’action climatique peut générer des bénéfices sociaux et économiques concrets pour les communautés rurales », a-t-il affirmé.
Le responsable de la Banque mondiale a estimé que le PRE constitue désormais une référence internationale et un exemple réussi de coopération Sud-Sud.
Le Royaume du Cambodge, qui développe actuellement un mécanisme similaire de réduction des émissions dans le cadre de ses engagements climatiques, a choisi la Côte d’Ivoire comme destination d’apprentissage en raison des résultats obtenus dans le Sud-Ouest ivoirien.
Selon Son Excellence Monsieur Paris Chuop, Secrétaire d’État au ministère de l’Environnement du Royaume du Cambodge et chef de délégation, cette mission visait à comprendre les mécanismes qui ont permis à la Côte d’Ivoire de générer, certifier et commercialiser des crédits carbone tout en assurant une redistribution effective des revenus aux communautés.
Le responsable cambodgien s’est dit particulièrement impressionné par la qualité de la gestion du Parc National de Taï ainsi que par les témoignages recueillis auprès des bénéficiaires du programme.
« Les enseignements tirés de cette mission contribueront à alimenter nos réflexions pour développer au Cambodge un mécanisme performant de réduction des émissions, de conservation des forêts et d’amélioration des moyens de subsistance des populations », a-t-il indiqué.
Des communautés rurales directement rémunérées pour leurs efforts
L’un des moments forts de la visite a été la rencontre avec des bénéficiaires du PRE dans la sous-préfecture de Doba.
Sur leurs parcelles agroforestières, plusieurs producteurs ont expliqué à la délégation cambodgienne comment l’intégration d’arbres forestiers dans leurs plantations de cacao a permis d’améliorer la résilience des exploitations tout en contribuant à la restauration du couvert forestier.
Ils ont également témoigné des paiements reçus via Mobile Money en récompense de leurs efforts de conservation.
Mme Kaboré Mariam a ainsi indiqué avoir perçu 47 400 FCFA, tandis que M. Beki Kouassi Junior a reçu 294 975 FCFA dans le cadre du programme.
Tous ont souligné que ces ressources constituent un complément de revenu important pour leurs familles et les encouragent à poursuivre les pratiques agroforestières.
Cette approche innovante fait aujourd’hui la singularité du modèle ivoirien : pour la première fois à une telle échelle en Afrique, des paiements issus du carbone forestier sont reversés directement aux communautés rurales grâce à des mécanismes transparents et traçables.
Présidant la cérémonie d’ouverture au nom du préfet de la région de San-Pédro, la sous-préfète de Grand-Béréby, Mme Siény Marie-Laure épouse Tia, a salué l’impact du programme sur les territoires.
Elle a rappelé que la préservation des forêts ne constitue pas seulement un enjeu environnemental, mais également un facteur de développement économique et social.
Selon elle, les effets positifs du PRE sont déjà visibles dans plusieurs localités du Sud-Ouest, où les communautés adoptent progressivement des pratiques agricoles durables tout en bénéficiant de nouvelles opportunités économiques.
Elle a notamment cité l’exemple d’un regroupement de trois villages de la région de San-Pédro qui devrait recevoir près de 80 millions de FCFA pour la préservation de ses forêts communautaires.
« C’est tout un territoire qui bénéficie aujourd’hui des retombées positives du mécanisme REDD+ : les communautés, les collectivités, les services de l’État et les générations futures », a-t-elle déclaré.
La dernière journée de la mission a conduit les participants au Parc National de Taï, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et considéré comme le plus grand massif de forêt primaire d’Afrique de l’Ouest.
Encadrée par les équipes de l’OIPR, la visite a permis à la délégation cambodgienne d’observer les dispositifs de conservation, de surveillance et de lutte contre le braconnage mis en œuvre dans le cadre du PRE.
Les participants se sont également rendus dans l’agroforêt classée de Rapides-Grah pour découvrir les activités de reboisement conduites par la SODEFOR et leur contribution à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Avec près de 20 millions de tonnes de CO₂ vérifiées, 55 millions de dollars déjà perçus au titre des réductions d’émissions et plus de 4,6 millions de dollars redistribués aux communautés, le Programme de Paiement des Réductions d’Émissions autour du Parc National de Taï s’impose aujourd’hui comme une référence mondiale.
Au-delà de ses performances environnementales, le programme démontre que la protection des forêts peut devenir un véritable levier de développement économique, de lutte contre la pauvreté et de résilience climatique.
La visite de la délégation cambodgienne marque ainsi une étape symbolique : celle d’une Côte d’Ivoire devenue exportatrice de savoir-faire climatique et acteur majeur de la coopération internationale en matière de finance carbone forestière.
Wassimagnon
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
