Côte d'Ivoire : Gesco, deux ans après les démolitions, les victimes qui dénoncent une "récolonisation d'Abidjan", réclament toujours réparation devant les tribunaux
Les victimes des deguerpissement de Gesco (Ph Koaci)
À l'approche de l'audience judiciaire prévue le 25 juin prochain, les victimes des opérations de déguerpissement menées à Gesco, dans la commune de Yopougon, ont décidé de faire entendre à nouveau leur voix. Réunies au sein d'un collectif regroupant notamment les habitants des cités Éden et Pays-Bas ainsi que plusieurs résidents des sous-quartiers de Gesco, elles ont organisé une conférence de presse mardi 23 juin 2026 pour dénoncer ce qu'elles considèrent comme deux années d'abandon et d'injustice.
Face aux journalistes, la porte-parole du collectif, Rose Koné, elle-même touchée par les démolitions, a décrit une situation sociale toujours préoccupante pour de nombreuses familles. Selon elle, les opérations conduites au début de l'année 2024 ont laissé derrière elles des centaines de ménages sans véritable solution durable, plongeant plusieurs victimes dans une précarité qui perdure encore aujourd'hui.
Les membres du collectif contestent par ailleurs le caractère irrégulier attribué à leurs habitations. Ils affirment que plusieurs propriétaires détenaient des documents administratifs reconnus par l'État, notamment des Arrêtés de concession définitive (ACD), tandis que d'autres étaient engagés dans des procédures de régularisation foncière. Pour eux, les destructions ont concerné des zones dont l'occupation avait été validée ou reconnue par les autorités compétentes.
Le bilan présenté lors de cette rencontre avec la presse se veut particulièrement alarmant. Les victimes évoquent la destruction partielle de la cité immobilière Éden, la disparition de plus de deux cents concessions privées ainsi que la fermeture forcée d'un établissement scolaire fréquenté par plus d'un millier d'élèves. Elles estiment que les pertes financières subies se comptent en centaines de millions de francs CFA.
Mais au-delà des dommages matériels, le collectif insiste surtout sur les conséquences humaines de cette crise. Plusieurs familles éprouveraient encore des difficultés à se reloger, à subvenir à leurs besoins essentiels ou à accéder aux soins de santé. Les responsables du mouvement affirment également que trois décès ont été enregistrés parmi les victimes depuis les événements de 2024.
Les occupants déguerpis dénoncent également l'absence de mesures d'accompagnement à la hauteur des préjudices subis. Bien qu'ils reconnaissent qu'une aide financière de 250 000 francs CFA ait été accordée à chaque ménage concerné, ils jugent cette assistance largement insuffisante pour compenser la perte de biens immobiliers parfois construits au prix de plusieurs années d'efforts et d'investissements.
Prenant à son tour la parole, Marcellin Goro Gbanan, président du collectif Yopougon Cours Gesco a dénoncé une sorte de "recolonisation d'Abidjan" en expliquant ces deguerpissement injustifiés.
Déterminé à obtenir réparation, le collectif a engagé une procédure judiciaire contre le District autonome d'Abidjan devant le Tribunal de première instance de Yopougon. Après plusieurs audiences tenues au cours des derniers mois, les victimes placent désormais leurs espoirs dans l'audience du 25 juin, qu'elles considèrent comme une étape décisive dans la reconnaissance de leurs droits et de leurs préjudices.
Au cours de la conférence de presse, les représentants des victimes ont également dénoncé ce qu'ils présentent comme des tentatives visant à fragiliser leur mouvement. Ils soutiennent que certains membres auraient fait l'objet de démarches destinées à les éloigner du collectif ou à donner une coloration politique à leur combat, ce qu'ils rejettent catégoriquement.
À quelques jours de l'échéance judiciaire, le collectif lance un appel à la mobilisation des organisations de défense des droits humains, des acteurs de la société civile et des médias. Pour ses membres, l'affaire de Gesco dépasse désormais le cadre d'un simple contentieux foncier.
Elle soulève, selon eux, la question plus large du respect des droits des citoyens confrontés à des décisions administratives aux lourdes conséquences sociales.
Jean Chresus, Abidjan
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