Cameroun : Affaire Martinez Zogo, où en est le procès ?
Le procès de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo a connu une nouvelle étape ce lundi 13 juillet 2026 au Tribunal militaire de Yaoundé.
Après une journée d’audience dense, le tribunal a clôturé l’audition de l’expert judiciaire Oloumou Jean-Pierre, 33ᵉ témoin de l’accusation, et a programmé l’arrivée du 34ᵉ témoin, le Colonel Jean-Pierre Otoulou, pour ce mardi.
L’audience, suivie par un public nombreux, a débuté à 12h20 avec la suite de la cross-examination de l’expert. Ses deux rapports, versés au dossier sous les cotes PAC1 volume
1 et PAC2 volume
2, ont servi de base aux échanges souvent tendus avec les avocats et les accusés.
Échanges téléphoniques au cœur des débats
La défense du colonel Justin Danwe, dirigée par Me Jacques Mbuny, a ouvert le feu sur les 45 interactions téléphoniques recensées par l’expert entre son client et l’ancien patron de la DGRE, Maxime Eko Eko, entre le 11 et le 26 janvier 2023.
L’avocat a insisté sur le caractère strictement professionnel de ces échanges. L’expert a confirmé, citant notamment une demande de Danwe concernant le désengagement de plusieurs agents pour les tests de sélection à la Garde présidentielle.
Prenant la parole à son tour, Me Seri Zokou, conseil de Maxime Eko Eko, a relevé qu’après cette demande, son client n’avait plus répondu, transformant la suite des échanges en "monologue" de Justin Danwe.
Martin Savom, entre contradictions et zones d’ombre
L’essentiel de l’audience a porté sur Martin Savom, poursuivi pour complicité d’assassinat.
Interrogé par Me Clément Ananga, l’expert a reconnu avoir connu l’accusé avant la procédure, lors d’un voyage en Israël et d’un séminaire sur la cyber-guerre.
Deux points ont cristallisé les tensions.
Premièrement, le passage du rapport décrivant Martin Savom comme un "personnage à la renommée assez controversée". Sous la pression du président du tribunal, l’expert a expliqué ne pas avoir de "bonnes nouvelles" le concernant, mais a précisé que ce n’était pas sur cette base que Savom avait été mis en cause.
Ce sont les investigations du juge d’instruction qui l’y ont conduit.
Deuxièmement, la question du "deuxième commando". L’expert avait initialement écrit que Martin Savom dirigeait un second commando. Mais à la barre, il a déclaré ne plus retenir cette hypothèse après analyse de l’ensemble des téléphones mis à sa disposition.
Confronté à cette contradiction par la défense, il a finalement affirmé émettre "des réserves sur l’existence ou non d’un second commando". Il a aussi précisé n’avoir "jamais visionné la vidéo projetée au cours des audiences" montrant Martinez Zogo agonisant.
L’expert a par ailleurs indiqué que Martin Savom était le dernier contact que Martinez Zogo avait tenté d’appeler avant sa disparition, sans succès. Pour lui, les derniers contacts d’une victime sont des éléments déterminants en enquête.
La défense a contesté la solidité du travail. Me Mireille a qualifié le rapport de "léger, indigeste et bâclé".
L’expert n’a pas souhaité répondre. Les avocats ont aussi souligné une erreur sur un numéro de téléphone attribué à Martin Savom dans le téléphone de Justin Danwe, qui appartiendrait en réalité à son épouse.
Maxime Eko Eko, "J’espère être vivant à la prochaine audience"
Maxime Eko Eko a tenté de démontrer que toutes les initiatives venaient de Justin Danwe. Il a opposé l’analyse de l’expert, basée sur une vidéo, aux conclusions du médecin légiste qui retiennent la strangulation comme cause du décès. L’expert a reconnu que la détermination de la cause relevait du médecin.
L'ancien patron de la DGRE a déclaré être victime de menaces de mort. "J’espère être encore vivant lors des prochaines audiences afin de contribuer à la manifestation de la vérité", a-t-il lancé au tribunal. Il a également évoqué des messages retrouvés dans le téléphone de Martinez Zogo, échangés avec un contact "ANABUS 202 S", faisant état dès décembre 2022 de la préparation d’un "sale coup" au Secrétariat d’État à la Défense.
Le colonel Justin Danwe a eu une intervention brève.
L’expert a justifié l’absence d’exploitation de ses téléphones par un "sabotage".
Les conseils d’Amougou Belinga et de Bruno Bidjang ont choisi de ne pas poser de questions, estimant partager les conclusions de l’expert.
En fin d’audition, le commissaire du gouvernement a procédé à la réexamination de son témoin. Invité à trancher sur l’existence d’un second commando, l’expert a maintenu ses réserves.
Suspension et reprise avec le Colonel Otoulou
L’audience a été suspendue lundi à 19h00 à la demande de Me Hossana, invoquant un malaise de son client Maxime Eko Eko.
Avant la levée, le tribunal a procédé à l’identification et à la prestation de serment du 34ᵉ témoin de l’accusation : le Colonel Jean-Pierre Otoulou. Son interrogatoire principal, examination in chief, est prévu ce mardi 14 juillet 2026 à partir de 10h.
Avec la fin de l’audition de l’expert Oloumou, le procès entre dans une phase déterminante. Les contradictions relevées dans son rapport et ses revirements sur le "deuxième commando" pourraient peser dans la suite des débats.
L’arrivée du Colonel Otoulou est désormais attendue.
Il pourrait apporter de nouveaux éléments sur la chaîne de commandement et les circonstances entourant la mort de Martinez Zogo, enlevé le 17 janvier 2023 et retrouvé mort cinq jours plus tard.
Le tribunal militaire poursuit son travail dans un contexte de forte attente de l’opinion publique camerounaise et internationale, qui réclame que toute la lumière soit faite sur cet assassinat.
-Armand Ougock, correspondant permanent de koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de koaci au WhatsApp 237 691154277 ou cameroun@koaci.com
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