Côte d'Ivoire : Sidi Tiémoko Touré plaide à Abidjan pour une nouvelle vision de la migration Afrique-Europe
À Abidjan, la Fondation Friedrich Naumann défend une migration perçue comme un levier de développement et non comme une menace
Changer le regard porté sur la migration et en faire un facteur de développement partagé entre l'Afrique et l'Europe. Tel est le message fort porté par les responsables libéraux africains et européens réunis, jeudi 16 juillet 2026, à Abidjan-Plateau, à l'occasion d'un Forum libéral de dialogue politique consacré au thème : « Migration, sécurité et développement : repenser le partenariat Afrique-Europe».
Organisée par la Fondation allemande Friedrich Naumann pour la liberté, la rencontre a réuni responsables politiques, experts et partenaires internationaux autour d'une conviction commune : la migration ne doit plus être considérée comme une menace, mais comme un pont entre les peuples et un moteur de prospérité.
Ouvrant les travaux, la directrice régionale Afrique de l'Ouest de la fondation, Alexandra Heldt, a dénoncé les discours qui présentent les migrants comme responsables des difficultés économiques des pays d'accueil. Selon elle, l'histoire montre que les politiques d'expulsion n'ont jamais produit les résultats escomptés.
« Plusieurs gouvernements ont cru trouver dans l'expulsion d'une communauté migratoire une solution aux crises économiques. Aucun de ces épisodes n'a apporté la prospérité promise. Bien souvent, ce sont les compétences, les entrepreneurs et le savoir-faire qui quittent le pays avec les personnes expulsées », a-t-elle déclaré.
Pour Alexandra Heldt, le paradoxe est évident : alors que de nombreuses économies européennes souffrent d'une pénurie de main-d'œuvre et du vieillissement de leur population, le débat public continue souvent de présenter l'immigration comme une menace.
Elle a rappelé que les migrations ont toujours accompagné le développement des sociétés en favorisant les échanges économiques, l'innovation, l'entrepreneuriat ainsi que la circulation des compétences et des connaissances.
La responsable de la Fondation Friedrich Naumann a également mis en garde contre la montée des discours xénophobes et racistes, estimant qu'ils ternissent l'image internationale des États concernés et interrogent leur engagement en faveur des droits humains.
Selon elle, la migration crée davantage de passerelles entre les peuples qu'elle n'érige de barrières. Elle a exprimé le souhait que les échanges du forum permettent de répondre à plusieurs interrogations essentielles : comment concilier sécurité, souveraineté et mobilité humaine ? Comment bâtir un partenariat Afrique-Europe fondé sur les opportunités plutôt que sur les peurs ? Et comment faire de la migration un véritable levier de développement partagé ?
Elle a enfin réaffirmé l'engagement de sa fondation à poursuivre le plaidoyer en faveur d'une approche plus équilibrée et plus constructive des questions migratoires.
Invité d'honneur de la rencontre, le ministre des Ressources animales et halieutiques, Sidi Tiémoko Touré, également vice-président de l'Internationale libérale, a abondé dans le même sens.
S'appuyant sur l'exemple ivoirien, il a rappelé que la Côte d'Ivoire est à la fois un pays d'accueil, de transit et de départ.
« Des femmes et des hommes venus de toute la sous-région ont planté notre cacao, récolté notre café, animé nos marchés et bâti nos villes. Aujourd'hui, plus d'un habitant sur cinq est de nationalité étrangère. Dans le même temps, plus d'un million de nos compatriotes vivent, étudient ou entreprennent hors du continent africain », a-t-il souligné.
Pour le ministre, cette triple réalité impose une approche lucide de la migration, loin des caricatures comme des discours angéliques.
Défendant les valeurs libérales, il a insisté sur le caractère fondamental de la liberté de circuler.
« Pour les libéraux que nous sommes, cette mobilité est l'expression d'une liberté fondamentale : celle de rechercher la dignité, de trouver des moyens de subsistance et d'offrir une vie meilleure à sa famille. Derrière chaque statistique, il y a un visage, un projet de vie et le courage de vouloir s'en sortir », a-t-il affirmé.
Intervenant par visioconférence, l'eurodéputé allemand Jan-Christoph Oetjen, membre du Parti libéral allemand, a salué l'organisation de cette rencontre.
À son tour, il a déconstruit l'idée selon laquelle la migration constituerait un danger pour les sociétés européennes. Pour lui, les mouvements migratoires traduisent avant tout une aspiration à la liberté, à l'émancipation et à de meilleures perspectives de vie.
À travers ce forum, les organisateurs espèrent ainsi contribuer à faire évoluer les politiques publiques et les perceptions sur la migration afin qu'elle soit davantage envisagée comme un facteur de coopération, de croissance et de développement mutuel entre l'Afrique et l'Europe.
Wassimagnon
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