Côte d'Ivoire : Cohésion nationale, le PARCNR prépare sa mue et se projette vers 2030 avec une ambitieuse réforme stratégique
Après trois années de mise en œuvre de ses activités, le Projet d'Appui au Renforcement de la Cohésion Nationale et de la Réconciliation (PARCNR) amorce un tournant décisif. Réunis les 16 et 17 juillet à Grand-Bassam, les principaux acteurs de la cohésion sociale en Côte d'Ivoire ont posé les bases d'un repositionnement stratégique du projet en vue de l'après-2026. L'objectif est clair : faire évoluer le PARCNR d'un simple projet d'intervention vers un véritable outil de coordination, de formation et de pilotage stratégique du secteur.
Mis en place en 2024 sous l'égide du Ministère de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté, le PARCNR avait pour mission de renforcer les mécanismes alternatifs de prévention et de résolution des conflits, de promouvoir le dialogue intercommunautaire et d'améliorer la coordination des initiatives en faveur de la cohésion sociale.
Cependant, après plusieurs années d'expérience, une enquête conduite auprès de 34 structures du secteur a mis en évidence des chevauchements de compétences, des insuffisances de coordination et la nécessité de repenser l'architecture institutionnelle.
C'est dans cette dynamique qu'institutions de la République, ministères techniques, organisations de la société civile et partenaires internationaux, notamment le PNUD, se sont retrouvés à Grand-Bassam afin de définir la nouvelle orientation stratégique du projet.
Le futur dispositif ne se limitera plus à conduire des activités sur le terrain. Les participants souhaitent faire du PARCNR une véritable structure d'expertise chargée de : coordonner et structurer les interventions du secteur de la cohésion sociale, former les acteurs et harmoniser les méthodes de travail, moderniser la gouvernance grâce à la digitalisation des processus et des données.
Selon le coordonnateur du PARCNR, Maurice Adjé, cette évolution est devenue indispensable.
« Nous ne pourrons pas continuer à transformer les mentalités sans disposer d'un instrument qui précède l'action. Nous souhaitons mettre en place une structure d'expertise capable d'inspirer les politiques publiques et d'assurer la formation initiale et continue des acteurs du secteur », a-t-il expliqué.
Il estime que la cohésion nationale constitue désormais un levier essentiel du développement et que le ministère doit disposer d'un outil capable d'accompagner durablement l'ensemble des structures intervenant dans ce domaine.
Représentant le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Magloire N'Dehi a salué l'initiative du Gouvernement ivoirien.
Selon lui, les actions de cohésion sociale demeurent encore insuffisamment visibles et doivent davantage s'appuyer sur l'analyse, la recherche et la capitalisation des expériences.
« La cohésion, c'est aussi la pensée et l'analyse », a-t-il souligné, appelant à faire du futur PARCNR un véritable centre national de connaissances capable d'anticiper les crises et d'éclairer les décideurs publics.
Il a également réaffirmé l'engagement du PNUD à accompagner la Côte d'Ivoire dans la mise en place de systèmes permettant de centraliser les données du secteur et de suivre les indicateurs de performance.
Présidant la cérémonie de clôture au nom de la ministre Myss Belmonde Dogo, le directeur de cabinet, Joël Yves Kouadio, a rappelé que la paix reste un processus permanent.
Il a insisté sur plusieurs priorités, renforcer la formation des acteurs institutionnels et des organisations de la société civile, moderniser la gouvernance du secteur, améliorer la coordination des interventions, mettre en place un système intégré de gestion des actions de cohésion sociale.
Selon lui, les conclusions de l'atelier permettront de bâtir une vision plus efficace du PARCNR post-2026 afin de mieux répondre aux défis liés à la préservation de la paix sociale.
Les travaux se sont articulés autour de deux grandes thématiques. La première a porté sur le diagnostic stratégique du secteur à partir des résultats de l'étude menée auprès des 34 structures. Les participants ont analysé les forces, les faiblesses, les opportunités et les menaces (analyse SWOT) afin d'identifier les priorités pour l'horizon 2030.
La seconde thématique était consacrée à la transformation digitale du secteur. Les participants ont découvert le Système Intégré de Gestion du Secteur de la Cohésion Sociale (SIGES-CS), une plateforme numérique destinée à centraliser les informations relatives aux acteurs, aux interventions, à la couverture territoriale et au suivi des indicateurs de performance.
Cette démonstration a convaincu les participants de la nécessité d'abandonner progressivement les méthodes de gestion traditionnelles au profit d'un système numérique favorisant une prise de décision fondée sur des données fiables.
Les travaux en groupes ont ensuite permis de formuler plusieurs recommandations portant notamment sur la digitalisation des processus, la modernisation des outils de coordination et le renforcement des capacités des acteurs publics.
Parmi les principales orientations retenues figure la transformation du PARCNR en Programme d'Appui au Secteur de la Cohésion Sociale (PASCS).
Les participants recommandent notamment, de clarifier les responsabilités institutionnelles afin d'éviter les chevauchements de compétences, de formaliser le système d'alerte à travers un manuel de procédures, d'associer davantage les principales structures du ministère, notamment la Direction générale de la Cohésion nationale (DGCN), le Programme national de Cohésion sociale (PNCS) et l'Observatoire de la Solidarité et de la Cohésion sociale (OSCS), de mieux définir les niveaux d'intervention des différents acteurs, de concentrer les efforts de renforcement des capacités sur les institutions publiques.
Concernant le SIGES-CS, les recommandations portent sur la redéfinition du dictionnaire des données, la simplification du processus de validation des activités ainsi que l'amélioration de l'ergonomie de la plateforme.
À l'issue de l'atelier, le coordonnateur du PARCNR s'est félicité de l'adhésion des différents acteurs à cette réforme. Selon lui, le futur programme reposera sur trois piliers : la coordination des initiatives, la formation des acteurs et l'appui aux structures de la cohésion sociale.
Il a également dressé le bilan des trois premières années du projet. Parmi les acquis figurent l'élaboration d'un manuel de prévention et de règlement pacifique des conflits, la conception du SIGES-CS, les appuis matériels accordés aux directions centrales et régionales du ministère, l'acquisition de véhicules ainsi que les actions de renforcement des capacités et les initiatives génératrices de revenus destinées à renforcer la résilience économique des populations.
Le coordonnateur a annoncé que le guide de prévention des conflits fera prochainement l'objet d'une numérisation avant d'être progressivement traduit dans plusieurs langues nationales afin d'en faciliter l'appropriation par les communautés.
Pour Maurice Adjé, le principal chantier demeure désormais la digitalisation complète du secteur.
« Aujourd'hui, à l'heure de l'intelligence artificielle, nous ne pouvons plus continuer à gérer la cohésion sociale uniquement avec du papier », affirme-t-il.
Il considère également que la coordination de toutes les initiatives sous le leadership du ministère permettra d'avoir une meilleure visibilité des actions conduites sur l'ensemble du territoire.
Interrogé sur l'état de la cohésion nationale en Côte d'Ivoire, il rappelle que celle-ci constitue un processus permanent.
« La cohésion nationale est un objectif. Elle n'est jamais définitivement acquise, car les dynamiques sociales évoluent constamment. Notre mission est de prévenir toute rupture. Au regard de la stabilité que connaît aujourd'hui notre pays, nous pouvons dire que la cohésion nationale se porte bien », conclut-il.
À travers cette réforme, le Gouvernement entend ainsi doter la Côte d'Ivoire d'un instrument moderne, capable d'anticiper les tensions, de coordonner efficacement les interventions des différents acteurs et d'inscrire durablement la cohésion sociale au cœur des politiques publiques de développement.
Wassimagnon
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