Cameroun : Recensement de la population, le PM prolonge encore jusqu'au 15 septembre 2026
Un agent recenseur (ph)
Par un arrêté signé le 31 juillet, le Premier ministre Joseph Dion Ngute vient d’accorder une 2e prorogation aux opérations de dénombrement du 4e recensement général de la population et de l’habitat, couplé pour la première fois au recensement général de l’agriculture et de l’élevage.
Lancé le 24 avril, le RGPH devait s’achever fin mai. Puis le 31 juillet. Il durera finalement près de 5 mois.
Un pays gouverné avec des chiffres de 2005
Le plus grave n’est pas la prolongation. C’est le retard historique qu’elle révèle.
Entre le 3e RGPH de 2005 et celui de 2026, 21 ans se sont écoulés. Les standards internationaux recommandent un recensement tous les 10 ans.
Résultat, depuis deux décennies, l’État planifie écoles, hôpitaux, routes, dotations budgétaires sur la base d’estimations.
Or entre-temps, le pays a connu des crises sécuritaires dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest (NoSo), ainsi qu'à l’Extrême-Nord, des déplacements massifs de populations, une explosion démographique urbaine.
Comment peut-on parler de "politique publique sérieuse" quand on ne connaît pas le nombre exact de ceux qu’on est censé servir ?
Officiellement, cette nouvelle prolongation vise à "garantir la qualité des données". Mais la première prorogation avait déjà coûté cher.
Le budget est passé de 13,3 milliards à 19,3 milliards FCFA, soit +6 milliards. Et ce, après un mémorandum de la coordination nationale des agents recenseurs. Ils réclamaient 150 000 FCFA de forfait, le paiement de la formation et la revalorisation du transport en zones enclavées. Ils dénonçaient aussi des retards logistiques qui avaient "amputé le temps réel de collecte".
Crédibilité
Si les moyens manquaient dès le départ, pourquoi avoir lancé l’opération le 24 avril ? Etait-ce une précipitation ou une mauvaise planification ?
A quoi sert de rallonger les délais si le problème de fond est logistique et humain ? Le 15 septembre suffira-t-il vraiment ?
Chaque report est vendu comme un gage de sérieux. Mais à force de repousser, l’effet inverse se produit. Le doute s’installe.
Doute sur la capacité de l’administration à tenir un calendrier qu’elle a elle-même fixé.
Doute sur l’indépendance des données qui sortiront. Dans un contexte pré-électoral, un recensement qui s’étire fait forcément jaser.
Doute sur la volonté politique réelle d’avoir une "démographie" à jour du pays.
L’heure des comptes arrive
Le 15 septembre 2026 est désormais la ligne rouge. Le gouvernement ne pourra plus invoquer le temps. Il devra rendre des résultats.
Le Cameroun ne peut pas continuer à planifier son développement avec des projections vieilles de 20 ans. Ce n’est pas seulement un problème technique. C’est un problème de souveraineté.
Un État qui ne connaît pas son peuple est un État qui navigue à vue. Et après deux reports, les Camerounais sont en droit de se demander : veut-on vraiment connaître le pays tel qu’il est aujourd’hui, ou préfère-t-on continuer à le gérer tel qu’il était en 2005 ?
-Armand Ougock, correspondant permanent de koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de koaci au WhatsApp 237 691154277 ou cameroun@koaci.com
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