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Cameroun : Neuf maires dans le viseur du Contrôle Supérieur de l'État, retour sur une procédure aux lourds précédents
 

Cameroun : Neuf maires dans le viseur du Contrôle Supérieur de l'État, retour sur une procédure aux lourds précédents

 
 
 
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© Koaci.com - vendredi 18 septembre 2026 - 09:06


Un communiqué de presse daté du 17 septembre 2026, signé de la ministre déléguée à la Présidence de la République chargée du Contrôle Supérieur de l'État, Mbah Acha Rose Fomundam, vient jeter une lumière crue sur la gestion financière de plusieurs communes camerounaises. Neuf responsables d'exécutifs municipaux - huit maires en exercice et un ex-maire -sont convoqués « impérativement » et « pour affaire très urgente les concernant » au Secrétariat permanent du Conseil de Discipline Budgétaire et Financière (CDBF), au bâtiment B de l'immeuble du Consupe, en face du Parquet administratif de Yaoundé.


Qui sont les convoqués ?


Selon le tableau annexé au communiqué référencé n°26 00049/C/PR/CONSUPE/SP-CDBF/SCS, sont appelés à comparaître, Dr Noah Vincent de Paul, maire d'Okola, Eto Romain Roland, maire de Nanga Eboko, Akono Alinga André Rémi, maire d'Awaé, Njatou Ngadep Nazaire Brolin, ex-maire de Makénéné tous magistrats municipaux dans la région du Centre.


Viennent ensuite Ebwea Pierre Honoré, maire de Mouanko, Manfo Songong Jean René, maire de Penja, Manfred Njecacal, maire de Dibamba (Littoral). Ipoua Robert Olivier, maire de Campo (Sud) et Njoya Inoussa, maire de Foumbot (Ouest).


Ces communes sont réparties sur plusieurs régions -Centre, Sud, Ouest et Littoral - ce qui suggère une opération de contrôle relativement large plutôt qu'une action ciblée sur une seule zone géographique.


A ce stade, aucune de ces neuf personnalités n'a fait l'objet d'une condamnation. Une convocation devant le CDBF ouvre une procédure disciplinaire et budgétaire ; elle ne préjuge en rien de la culpabilité des intéressés, qui bénéficient de la présomption d'innocence jusqu'à décision contraire d'une juridiction compétente.


Convocation pas anodine


Dans le dispositif camerounais de contrôle des finances publiques, le CDBF est la juridiction administrative qui juge les fautes de gestion commises par les ordonnateurs du budget public. Son existence s'appuie sur un corpus juridique ancien — la loi de juillet 1976 relative au contrôle des ordonnateurs, gestionnaires et gérants de crédits publics, complétée par le décret du 17 janvier 2008 portant organisation et fonctionnement de l'institution.


 

Le journal en ligne Journal du Cameroun, qui a suivi cette affaire, rappelle qu'une convocation « pour affaire très urgente » signifie en général que l'audit du Consupe a déjà bouclé son rapport et a détecté des irrégularités graves, pouvant aller de la surfacturation à des détournements plus caractérisés. Autrement dit, quand le CDBF convoque, c'est généralement que le travail d'audit en amont -mission de contrôle sur le terrain, examen des comptes, des marchés publics et des mouvements de trésorerie - a déjà identifié des anomalies suffisamment sérieuses pour justifier une comparution.


Précédents 


L'histoire récente du contrôle budgétaire au Cameroun donne à ce type de convocation une résonance particulière, tant certains dossiers similaires se sont soldés par de lourdes condamnations.


Le cas le plus emblématique reste celui de l'ex-maire de Bafia, Issah. Une mission de contrôle du ministère de l'Administration territoriale déclenchée en 2010 avait mis au jour, de nombreuses malversations financières à travers le management communal, portant notamment sur les programmes d'emplois jeunes, les taxes sur les produits de base, les quittances de marché, des frais de mission indus et un retrait bancaire frauduleux d'une somme de 24 millions de francs CFA. Huit chefs d'accusation avaient été retenus contre lui à l'issue de l'instruction. L'affaire s'est conclue par une condamnation à perpétuité — bien que la défense ait pu faire valoir à décharge certaines réalisations, comme la construction d'une école publique à cycle complet et d'un pont.


Autre dossier révélateur des tensions institutionnelles actuelles : celui du maire de la commune de Ngomedzap, condamné par le CDBF pour faute de gestion. Sa décision a toutefois été cassée par la Chambre des comptes de la Cour suprême, saisie par l'intéressé, qui a rappelé sa compétence exclusive en matière de discipline budgétaire et financière. Ce cas illustre un conflit de compétence plus large et non résolu entre les deux institutions.


Au sommet de l'échelle des sanctions, le nom de l'ancien ministre des Finances Essimi Menye Lazare continue de servir de référence dans le débat public : il a été condamné à plusieurs reprises à perpétuité pour détournement de 938 millions de francs CFA, un dossier qui, bien qu'extérieur à la gestion municipale, a marqué les esprits quant à la sévérité potentielle des poursuites en matière financière au Cameroun.


Tension institutionnelle


La portée réelle de cette convocation s'inscrit dans un contexte de flou juridictionnel persistant. Depuis la loi du 11 juillet 2018 portant régime financier de l'État, la compétence pour sanctionner les fautes de gestion des ordonnateurs publics a en principe été transférée à la Chambre des comptes de la Cour suprême, dans un souci de conformité aux standards internationaux. Pourtant, le CDBF continue d'exercer ses activités et de convoquer des gestionnaires publics, ses responsables affirmant que la loi de 2018 ne supprime nullement le CDBF mais renforce au contraire le principe de pluralité des contrôles. La ministre chargée du Consupe elle-même a publiquement affirmé en avril dernier que « le CDBF n'est pas mort ».


 

Ce chevauchement de compétences n'est pas qu'une querelle de juristes : il soulève la question de savoir quelle instance aura, in fine, le dernier mot sur le sort judiciaire des neuf édiles convoqués — et si une éventuelle sanction du CDBF résistera, comme dans le cas de Ngomedzap, à un recours devant la Chambre des comptes.


Gouvernance locale


Au-delà du cas d'espèce, cette convocation collective de neuf maires relance un débat récurrent sur la gestion des collectivités territoriales décentralisées au Cameroun. La décentralisation, censée rapprocher la décision publique des citoyens, s'accompagne depuis plusieurs années de signalements réguliers de mauvaise gestion budgétaire au niveau communal — détournements de fonds destinés à des programmes sociaux, marchés publics passés sans couverture financière, opacité dans la gestion des recettes locales. Des cas similaires observés récemment dans d'autres collectivités, comme au conseil régional du Sud, où une gestion jugée « peu orthodoxe » a été mise en cause, confirment que ces dysfonctionnements ne sont pas isolés.


Pour les défenseurs de la bonne gouvernance, dont l’ancien bâtonnier Me Akere Muna, chaque convocation de ce type constitue un test de la capacité de l'État à faire respecter la reddition de comptes (accountability) au niveau local. Pour les observateurs plus critiques, la lenteur des procédures, la concurrence entre institutions de contrôle, et le sentiment persistant d'une justice à deux vitesses continuent d'alimenter la défiance des citoyens envers les mécanismes officiels de lutte contre la malversation.


L'issue de cette convocation du 17 septembre 2026 - auditions, éventuelles sanctions administratives du CDBF, transmission au parquet ou à la Chambre des comptes -sera à suivre de près dans les prochaines semaines.



-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.

-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com


 
 
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