Cameroun : 21 trafiquants arrêtés à l'ouest, mais pourquoi le grand banditisme ne cesse-t-il pas de grimper au Cameroun ?
Du 5 au 12 août 2026, la Compagnie de Gendarmerie de Baham a mené une vaste opération dans les Hautes-Plateaux, région de l’Ouest. Bilan, 21 présumés trafiquants de stupéfiants interpellés, âgés de 22 à 60 ans, dans plusieurs localités de la région.
Les forces de l’ordre ont saisi 7 motos, 2 pistolets artisanaux, du Tramadol estimé à 8 millions FCFA ainsi que du chanvre indien et de la drogue "cailloux" pour 4 millions FCFA. Les suspects ont été présentés le 13 août 2026 au Commissaire du Gouvernement.
La Gendarmerie parle d’un "coup porté au grand banditisme". Mais ce coup de filet soulève surtout une question plus profonde.
Au delà des interpellations quels sont les vrais moteurs de l'insécurité ?
Cette opération montre une chose : l’État réagit. Mais elle montre aussi autre chose : le problème s’enracine.
21 personnes arrêtées en 1 semaine dans une seule région.12 millions FCFA de drogue saisie. Des armes artisanales en circulation. On ne parle plus de délinquance isolée. On parle d’un réseau.
Alors, pourquoi l’insécurité est-elle sans cesse croissante au Cameroun ?
Pourquoi la drogue circule-t-elle autant et si facilement ?
Le Tramadol à 8 millions, le "cailloux" et le chanvre à 4 millions. Ces montants prouvent qu’il y a une demande massive. Qui consomme ? Qui finance ? Le trafic prospère là où le chômage des jeunes est élevé. À 22 ans, certains de ces suspects n’avaient probablement pas d’autre issue économique. La drogue devient un business de survie.
D’où viennent les armes artisanales ?
Deux pistolets fabriqués localement ont été saisis. Ce détail est inquiétant. Ça veut dire que le grand banditisme s’industrialise. Qui fabrique ces armes ? Qui les vend ? Et surtout, pourquoi des civils sentent-ils le besoin de s’armer ? Est-ce par peur, ou pour protéger leur trafic ?
Pourquoi les réseaux s’étendent-ils sur plusieurs villes ?
Baham, Bandjoun, Bafoussam, Bamendjou, Bandenkop... Le gang ne s’est pas limité à une ville. Il a tissé un maillage. Cela suppose des complicités, des points de chute, des moyens de transport. Comment un réseau de cet ampleur a-t-il pu se structurer sans être repéré plus tôt ?
Et après les interpellations, que se passe-t-il ?
La Gendarmerie fait son travail. Mais la justice suit-elle ? Combien de ces 21 personnes seront réellement condamnées ? Combien reviendront dans le circuit 6 mois plus tard ? Sans une réponse judiciaire ferme et sans politique de réinsertion, on arrête aujourd’hui pour arrêter demain les mêmes.
Le grand banditisme est-il devenu un symptôme d’un mal plus profond ?
Derrière le trafic, il y a la pauvreté, le découragement, l’absence de perspectives. Dans l’Ouest comme ailleurs, quand l’école, l’emploi et l’encadrement font défaut, la rue propose d’autres "opportunités". La lutte contre le banditisme ne peut donc pas se résumer à des rafles. Elle doit aussi passer par la prévention.
L’opération de Baham est à saluer. Elle montre la détermination des forces de défense.
Mais 21 arrestations ne suffiront pas si on ne traite pas les causes : précarité, accès facile aux stupéfiants, circulation des armes, lenteur judiciaire.
La vraie question n’est donc pas seulement "combien on arrête", mais "pourquoi ils sont de plus en plus nombreux à entrer dans le banditisme".
Tant que cette question restera sans réponse, la Gendarmerie devra continuer à mener des opérations... chaque semaine.
-Armand Ougock, correspondant permanent de koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de koaci au WhatsApp 237 691154277 ou cameroun@koaci.com
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