Côte d'Ivoire : Cyberarnaque, un faux cadeau Wave mène à un réseau présumé et plus de 231 millions FCFA de pertes
Le présumé cerveau (Ph Koaci)
Un message annonçant un cadeau de 37 000 FCFA a suffi à faire basculer B.A.K.J. dans un piège qui aurait fait des centaines d’autres victimes. Derrière cette fausse promesse se trouverait un réseau de cyberescroquerie dont le préjudice cumulé est estimé à 231 257 725 FCFA, selon les éléments communiqués par la Police de Lutte contre la Cybercriminalité (PLCC).
Tout commence lorsque B.A.K.J. reçoit sur son téléphone un message lui annonçant qu’il aurait remporté un cadeau attribué sous le nom de Wave. Pour récupérer les 37 000 FCFA annoncés, il est invité à cliquer sur un lien et à renseigner quelques informations.
Rien ne semble, à première vue, inhabituel. Le destinataire fournit son numéro de téléphone, puis son code secret, pensant simplement suivre les étapes nécessaires pour recevoir son prétendu gain.
Mais le cadeau promis ne sera jamais versé.
Quelques heures plus tard, B.A.K.J. constate au contraire que son compte a été débité à plusieurs reprises. Trois transactions qu’il affirme ne pas avoir effectuées ont entraîné une perte totale de 584 480 FCFA. Les fonds auraient été transférés vers une plateforme de paiement dénommée MyTouchpoint.
Face à cette situation, la victime saisit la PLCC. Les enquêteurs commencent alors à exploiter les traces laissées par les transactions afin de remonter jusqu’aux personnes susceptibles d’être impliquées dans l’opération.
Les investigations conduisent à l’interpellation de plusieurs individus, parmi lesquels T.D., T.I.K., K.K.D. et K.A.A. Les enquêteurs s’intéressent particulièrement à T.D., présenté dans le dossier comme l’un des principaux organisateurs présumés du système.
Lors de son audition, T.D. aurait expliqué avoir découvert le principe des faux cadeaux à travers une publication sur Facebook. Il aurait ensuite effectué des recherches avant d’entrer en contact avec des personnes susceptibles de lui fournir des liens frauduleux.
Le procédé reposait sur une technique connue de l’hameçonnage. Des messages utilisant l’image d’un prétendu cadeau Wave étaient envoyés à des victimes potentielles. Celles qui se laissaient convaincre étaient redirigées vers une page où leur numéro de téléphone et leur code secret étaient demandés.
Ces informations auraient ensuite été utilisées pour effectuer des opérations financières frauduleuses. D’après les éléments de l’enquête, les fonds auraient transité par différents services financiers, notamment NAFOLO, TING BUSINESS et SMART FIN PATRIMOINE.
En poursuivant leurs investigations, les policiers découvrent que le cas de B.A.K.J. est loin d’être isolé. Au total, 503 plaintes auraient été enregistrées dans des affaires présentant des similitudes avec ce mode opératoire.
Le montant du préjudice cumulé est évalué à 231 257 725 FCFA, soit plus de 231 millions de francs CFA.
Entre-temps, T.D. aurait pris la fuite après l’interpellation de plusieurs personnes liées au dossier. Les enquêteurs poursuivent leurs recherches pendant plusieurs mois avant de parvenir à le localiser et à l’interpeller.
Les investigations ont également conduit à la mise hors de cause de K.D. et K.A.A., tandis que deux autres personnes, identifiées comme J. et P., sont toujours recherchées selon les informations communiquées dans le cadre de la procédure.
T.D. a finalement été conduit devant le Parquet du Pôle pénal économique et financier. Il doit répondre de faits présumés d’accès frauduleux, d’obtention frauduleuse d’avantage et d’utilisation frauduleuse d’éléments d’identification de personnes physiques et morales en bande organisée, sur le fondement de la législation ivoirienne relative à la lutte contre la cybercriminalité.
Cette affaire illustre une nouvelle fois les risques liés aux messages qui promettent des gains faciles sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie. Un prétendu cadeau peut servir de porte d’entrée à une tentative de récupération de données confidentielles.
Dans le cas de B.A.K.J., les 37 000 FCFA annoncés n’ont jamais été reçus. À la place, 584 480 FCFA auraient été prélevés de son compte. À l’échelle du dossier, la facture dépasse désormais les 231 millions de FCFA.
Jean Chresus, Abidjan
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