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Côte d'Ivoire : Abidjan, de Gonzagueville à Abobo, ces rues qui se transforment en marchés la nuit tombée, le casse-tête des taxes municipales
 

Côte d'Ivoire : Abidjan, de Gonzagueville à Abobo, ces rues qui se transforment en marchés la nuit tombée, le casse-tête des taxes municipales

 
 
 
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© Koaci.com - mercredi 19 août 2026 - 14:47


À la tombée de la nuit, plusieurs artères d’Abidjan changent de visage. Trottoirs et parfois chaussées sont progressivement investis par des vendeurs ambulants et des commerçants installés à même l’espace public. De Gonzagueville « Terre rouge » à Port-Bouët au carrefour « Sans manquer » à Abobo, le phénomène alimente embouteillages, insécurité pour les piétons et interrogations sur la responsabilité des autorités. Une question revient avec insistance : ces occupants de l’espace public paient-ils réellement des taxes municipales ?


À Abidjan, la scène est devenue familière. Dès que le jour baisse, des étals apparaissent sur les trottoirs et aux abords des grandes voies. Fruits, légumes, vêtements, produits alimentaires, accessoires divers : les marchandises s'installent progressivement jusqu'à réduire considérablement l'espace réservé aux piétons.


À Gonzagueville « Terre rouge », dans la commune de Port-Bouët, le phénomène est particulièrement visible. Le soir venu, des vendeurs investissent les abords de la voie, au point de perturber la circulation. Même constat à Abobo, notamment au carrefour « Sans manquer », où l'activité commerciale nocturne contribue à transformer l'axe en un véritable marché à ciel ouvert.


Dans plusieurs autres communes de la capitale économique, des situations comparables sont régulièrement observées. Abidjan se retrouve ainsi confrontée à une équation difficile : comment préserver les activités génératrices de revenus d'une population qui doit vivre de son commerce tout en garantissant la libre circulation, la sécurité et l'ordre dans l'espace public ?


Cette occupation anarchique ne relève pas uniquement d'une question esthétique ou de salubrité. Elle comporte des conséquences concrètes pour les usagers.

Lorsque les trottoirs sont occupés, les piétons sont contraints de marcher sur la chaussée, parfois au milieu d'une circulation dense. Le risque d'accident s'en trouve mécaniquement accru. Pour les automobilistes, la réduction de la largeur des voies et les arrêts intempestifs de véhicules à proximité des étals favorisent les ralentissements et les embouteillages.


À certaines heures, le déplacement sur ces axes relève alors du parcours du combattant.

Le problème est d'autant plus préoccupant que le commerce ambulant et l'occupation anarchique de l'espace public sont officiellement dans le viseur du District autonome d'Abidjan. Dès 2024, le District avait annoncé l'interdiction du commerce ambulant sur les grandes artères, ainsi que l'usage des charrettes à bras et la mendicité, au nom de la sécurité, de la fluidité routière et de l'amélioration du cadre de vie.


Sur le terrain, pourtant, la réalité semble plus complexe. En mars 2026, la Brigade spéciale de lutte contre le désordre urbain (BSLDU) a mené une opération de libération des voies publiques occupées par des commerçants à Koumassi, en collaboration avec la police municipale. Le District avait alors réaffirmé sa volonté de restaurer durablement l'ordre urbain et de sécuriser les espaces réservés aux piétons et à la circulation.


Quelques mois plus tard, en juillet 2026, une nouvelle vaste opération a été engagée sous les ponts et échangeurs de Treichville, Marcory et Koumassi. Cette intervention ciblait notamment les occupations anarchiques des emprises publiques.

Ces opérations montrent donc que les autorités ne sont pas totalement inactives. Mais elles soulèvent une autre interrogation : pourquoi, malgré les opérations de déguerpissement et les interdictions annoncées, les installations commerciales réapparaissent-elles si rapidement sur certains axes ?


C'est l'un des points qui méritent d'être éclaircis. Oui, certains petits commerçants peuvent légalement être soumis à des taxes communales, notamment à la taxe forfaitaire des petits commerçants et artisans. Cette fiscalité est présentée par l'administration ivoirienne comme une taxe communale collectée par les communes.


Il existe également, selon les communes et les situations, des mécanismes de paiement de taxes journalières pour certains commerçants sans lieu fixe. La plateforme eRegulations de Côte d'Ivoire indique, par exemple, que dans la commune du Plateau, une taxe journalière peut être appliquée à certains commerçants, avec un montant déterminé notamment en fonction de la superficie occupée, de la nature de l'activité et de l'estimation du chiffre d'affaires.


 

Mais payer une taxe ne signifie pas automatiquement disposer d'un droit d'occuper n'importe quel trottoir ou n'importe quelle chaussée.


C'est précisément là que se situe l'ambiguïté. Une contribution fiscale peut être due au titre d'une activité commerciale sans pour autant constituer une autorisation générale d'occupation du domaine public. Les informations officielles disponibles indiquent d'ailleurs que la localisation sur un domaine public interdit peut constituer un motif de refus de délivrance d'une patente.

Autrement dit, la perception éventuelle d'une taxe par un commerçant ne saurait, à elle seule, légaliser une occupation irrégulière de la voie publique.


La question devient toutefois plus sensible lorsque des commerçants affirment verser quotidiennement ou périodiquement de l'argent à des agents se présentant comme collecteurs.


Dans ce contexte, une clarification publique des mairies concernées serait utile : quels commerçants sont effectivement assujettis à une taxe ? Pour quel montant ? Au titre de quelle activité ? Quelle taxe correspond à quelle occupation ? Et surtout, cette taxe est-elle liée à une autorisation d'occuper l'espace public ou simplement à l'exercice d'une activité commerciale ?


Ces questions ne sont pas secondaires. Elles touchent directement à la transparence de la gestion des recettes municipales et à la compréhension, par les populations, des règles applicables.


La Direction générale des Impôts continue d'ailleurs de publier les dispositifs fiscaux et les modalités de paiement applicables en 2026, tandis que les communes disposent de leurs propres mécanismes de perception des recettes locales.


Derrière le désordre visible se trouve aussi une réalité sociale : pour de nombreux vendeurs, le petit commerce constitue une source indispensable de revenus. Les déguerpissements successifs peuvent donc déplacer le problème plutôt que le résoudre durablement si aucune solution de relocalisation ou d'encadrement n'est proposée.


Mais l'argument économique ne peut pas non plus justifier l'appropriation des espaces destinés à la circulation.

Le défi pour les pouvoirs publics est donc de sortir d'une logique exclusivement fondée sur l'alternance entre tolérance et déguerpissement. La question est désormais celle de l'organisation : identifier les espaces réellement disponibles, aménager des sites commerciaux adaptés, faire respecter les emprises réservées aux piétons et à la circulation et assurer une fiscalité transparente.


Le paradoxe est saisissant. D'un côté, les autorités affichent leur volonté de faire d'Abidjan une métropole moderne, ordonnée et attractive. De l'autre, certaines rues continuent, chaque soir, de se transformer en marchés improvisés.


 

Le District autonome d'Abidjan affirme avoir engagé une politique de lutte contre le désordre urbain et multiplie les opérations sur le terrain. Mais la persistance du phénomène montre que la seule répression ne suffira probablement pas.


Reste surtout cette question, qui appelle des réponses précises des municipalités concernées : les commerçants installés sur ces espaces publics paient-ils effectivement des taxes municipales, à qui les paient-ils, et surtout, que leur paiement autorise-t-il exactement ?


Une clarification des mairies de Port-Bouët, Abobo et des autres communes concernées permettrait de distinguer ce qui relève de la fiscalité régulière, de l'autorisation d'occupation du domaine public et, éventuellement, de pratiques de collecte qui n'auraient aucun fondement légal.


À Abidjan, la bataille contre le désordre urbain ne se gagnera donc pas uniquement à coups de déguerpissements. Elle passera aussi par la transparence des recettes, la responsabilisation des commerçants et des collecteurs, l'aménagement d'espaces commerciaux adaptés et une application cohérente des règles par les autorités.




Wassimagnon




 
 
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