Côte d'Ivoire : Cacao, le kilo pourrait passer à 1 000 FCFA pour la campagne 2026-2027, le gouvernement entre prudence et pression des producteurs
À la veille de l’ouverture de la 10 è édition des Journées nationales du cacao et du chocolat, prévue du 1er au 3 septembre au Parc des expositions de Port-Bouët, le gouvernement ivoirien s’apprête à dévoiler le prix garanti du kilogramme de cacao pour la campagne commerciale 2026-2027. Selon des informations recueillies auprès de sources proches du dossier, le montant pourrait être fixé à 1 000 FCFA le kilogramme, un niveau présenté comme prudent et soutenable au regard des ventes déjà réalisées et de l’évolution des cours internationaux.
La filière cacao ivoirienne retient son souffle. Le prix du kilogramme de cacao pour la campagne commerciale 2026-2027 sera annoncé à l’ouverture de la première Journée internationale du café-cacao, qui se tiendra du 1er au 3 septembre au Parc des expositions de Port-Bouët.
L’annonce sera faite par le vice-président de la République, Tiémoko Meyliet Koné, à l’occasion de cette rencontre consacrée à l’un des principaux piliers de l’économie ivoirienne.
Selon des informations en notre possession, le prix retenu pourrait être de 1 000 FCFA le kilogramme. Un montant qui, s’il venait à être confirmé, traduirait la volonté des autorités de privilégier un prix soutenable plutôt qu’un niveau élevé difficile à financer.
Dans l’entourage du dossier, le niveau envisagé est présenté comme un « prix de vérité ». Autrement dit, un prix correspondant aux recettes effectivement dégagées par les ventes déjà réalisées et que l’État peut garantir sans avoir à recourir massivement aux subventions.
Cette approche vise à éviter le scénario d’un prix garanti supérieur aux possibilités réelles du marché mondial. Une telle situation obligerait, en cas de retournement des cours, l’État à mobiliser d’importantes ressources publiques pour compenser l’écart.
Le gouvernement entend ainsi tirer les leçons des précédentes campagnes et préserver l’équilibre financier du mécanisme de prix garanti.
Pour autant, le prix annoncé ne devrait pas être considéré comme définitif. Si les ventes à venir sont conclues à des niveaux plus favorables et que l'amélioration des cours internationaux se confirme, une révision à la hausse pourrait intervenir lors des prochains rendez-vous de la filière.
La prudence affichée par les autorités comporte toutefois un risque : celui de raviver l’intérêt des réseaux de commercialisation clandestine.
Dans la filière, plusieurs acteurs redoutent une intensification de la sortie frauduleuse des fèves ivoiriennes vers les pays voisins, notamment le Ghana, le Liberia et la Guinée, si les écarts de prix deviennent suffisamment importants pour rendre la contrebande attractive.
Le phénomène pourrait priver le circuit officiel de volumes importants de cacao. Or, chaque tonne exportée clandestinement échappe au dispositif formel qui permet notamment de financer le prix garanti et les différents mécanismes de soutien aux producteurs.
La surveillance des frontières, particulièrement à l’est et à l’ouest du pays, apparaît donc comme un enjeu majeur de la nouvelle campagne.
Face à ces risques, la filière dispose désormais d’un nouvel instrument de sécurisation des transactions : la carte du producteur.
Son utilisation devient obligatoire à compter du 1er septembre, parallèlement à la généralisation du Système national de traçabilité.
Équipée d'une puce bancaire, cette carte doit permettre de sécuriser le paiement du prix garanti et de transférer directement les revenus au producteur. Elle doit également contribuer à mettre progressivement fin aux paiements en espèces effectués au bord champ.
À fin mai, plus de 900 000 cartes avaient déjà été retirées sur environ 1,2 million de producteurs recensés.
Au-delà de la sécurisation des paiements, le dispositif doit renforcer la traçabilité du cacao ivoirien et compliquer les opérations frauduleuses. Le principe est simple : identifier le producteur, tracer le cacao commercialisé et sécuriser le paiement correspondant.
Pour les producteurs, l'enjeu ne se limite toutefois pas au montant annoncé. La question essentielle demeure celle de la capacité du système à garantir le paiement effectif du prix fixé.
Sur ce point, les autorités veulent rassurer. Le mécanisme de la campagne écoulée aurait permis de mobiliser jusqu’à 280 milliards de FCFA au bénéfice des producteurs, selon les données communiquées dans le cadre du dispositif. Le message adressé aux planteurs est donc celui de la prévisibilité : quel que soit le niveau finalement annoncé, le prix garanti devra être effectivement payé.
Dans un contexte marqué par la volatilité des cours mondiaux, le gouvernement mise ainsi sur un équilibre entre rémunération du producteur, soutenabilité financière du mécanisme et protection de la filière contre la fraude.
L'annonce du 1er septembre permettra de mesurer concrètement cette nouvelle orientation. Si le niveau de 1 000 FCFA venait à être confirmé, il appartiendrait ensuite aux autorités de suivre attentivement l'évolution du marché mondial afin de déterminer si les conditions permettent, dans les prochains mois, une éventuelle revalorisation.
Pour les quelque 1,2 million de producteurs recensés, l'attente est désormais concentrée sur un double enjeu : connaître le prix de la nouvelle campagne et s'assurer que chaque kilogramme de cacao vendu dans le circuit officiel puisse effectivement leur revenir au prix annoncé.
Wassimagnon
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