Cameroun : L'or évaporé, le dossier qui teste la volonté de réforme de l'État camerounais
Parmi les dossiers qui se sont accumulés durant les 74 jours d'absence de Paul Biya, celui du secteur aurifère occupe une place à part. Il ne s'agit plus seulement d'un problème de gouvernance administrative, mais d'une affaire qui interroge directement la capacité de l'État à contrôler ses propres ressources - et à en tirer les conséquences judiciaires.
Écart vertigineux
Selon des données que les autorités, y compris le ministère des Mines, n'ont pas contestées, environ 44 tonnes d'or auraient quitté le territoire camerounais à destination de Dubaï entre 2021 et 2025. Or, sur cette même période, les registres douaniers officiels ne recensent que 148 kilogrammes exportés — un rapport de plus de 1 pour 290 entre ce qui est réellement sorti du pays et ce qui a été déclaré. La valeur de l'or ainsi disparu des circuits officiels est évaluée à près de 2 000 milliards de francs CFA, soit un montant comparable à certains postes majeurs du budget national.
Face à ces révélations, le gouvernement a écarté toute implication de l'État tout en admettant l'ampleur du problème posé par les filières informelles et illégales d'exploitation et d'exportation.
Administration fragilisée
Ce dossier survient alors que le ministère en charge des Mines fonctionne lui-même dans une forme de vacance institutionnelle : Fuh Calistus Gentry en assure la direction à titre intérimaire depuis deux ans, à la suite du décès de Gabriel Dodo Ndoke, cumulant ce portefeuille avec ses fonctions initiales. C'est pourtant ce même ministre qui a annoncé, en juillet, avoir reçu de la présidence de la République l'instruction d'assainir le secteur aurifère.
L'enjeu dépasse la seule question comptable. Un assainissement crédible suppose, selon plusieurs observateurs, qu'il s'accompagne de poursuites judiciaires permettant d'établir les responsabilités dans la disparition de ce volume d'or — faute de quoi l'annonce risque de rester un simple exercice de communication.
Chantiers
Le retour du président braque également les projecteurs sur l'appareil judiciaire, dont l'organe de pilotage -le Conseil supérieur de la magistrature -vient d'être renouvelé après six années sans la moindre session, la dernière réunion remontant au 20 août 2020. Cette paralysie a eu des effets concrets : plusieurs promotions d'auditeurs de justice attendent toujours une affectation définitive, obligeant le ministre de la Justice à déployer plusieurs centaines d'entre eux à titre provisoire dans les parquets dès décembre 2024.
Pour les acteurs économiques, une justice qui fonctionne normalement conditionne pourtant des éléments essentiels : l'exécution des contrats, le règlement des litiges commerciaux, la protection des investissements et la prévisibilité des décisions rendues. La reprise effective des travaux du Conseil supérieur de la magistrature serait donc, au-delà de son aspect institutionnel, un signal adressé aux investisseurs.
C'est précisément à l'intersection de ces trois chantiers - assainissement du secteur minier, traçabilité de la production aurifère et remise en marche de l'appareil judiciaire -que se mesurera la volonté réelle de réforme de l'exécutif. Un arbitrage politique de grande ampleur est attendu sur l'organisation des titres miniers, le contrôle des exportations et la gouvernance de la filière or, dans un contexte où la confiance des milieux d'affaires reste, selon leurs propres représentants, entamée par la lenteur des décisions structurantes.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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