Côte d'Ivoire : Cacao, face aux turbulences, négociants et exportateurs affichent leur unité pour sauver la compétitivité de la filière à l'horizon 2030
Alors que le prix bord-champ du cacao a été fixé à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne principale 2026-2027, suscitant la déception des organisations de producteurs, les négociants et exportateurs ivoiriens veulent regarder au-delà du prix. Réunis mercredi 2 septembre au Parc des expositions de Port-Bouët, en marge des Journées nationales du cacao et du chocolat (JNCC) 2026, ils ont affiché leur volonté de renforcer le dialogue avec le Conseil du Café-Cacao, d’accélérer la transformation, de réussir la traçabilité et de consolider la compétitivité de la filière à l’horizon 2030.
Une filière qui veut rester leader, mais qui doit désormais apprendre à produire autrement, à mieux se structurer et surtout à créer davantage de valeur sur son territoire. C’est, en substance, le message porté mercredi 2 septembre par les principaux acteurs de la chaîne ivoirienne du café-cacao, réunis autour du Groupement professionnel des exportateurs de café et de cacao (GEPEX), en marge des JNCC 2026.
La rencontre, organisée au Parc des expositions de Port-Bouët, s’est déroulée dans un cadre particulièrement sélectif, réunissant négociants, exportateurs, coopératives, producteurs, industriels, partenaires financiers, représentants de l’administration et responsables du Conseil du Café-Cacao. Un rendez-vous placé sous le thème : « Un écosystème, une vision : Café-Cacao Côte d’Ivoire 2030 ».
L’enjeu est de taille pour la première origine mondiale de cacao. Le gouvernement ivoirien a fixé à 1 200 FCFA le kilogramme le prix bord-champ de la fève pour la campagne principale, qui s’étend sur trois mois. Un niveau jugé insuffisant par plusieurs organisations de producteurs, qui appellent à un meilleur accompagnement et à une amélioration durable de leurs revenus.
Face à ces préoccupations, négociants et exportateurs ont choisi de mettre l’accent sur la construction d’une filière plus résiliente et plus compétitive.
Prenant la parole au nom du Groupement des négociants ivoiriens (GNI), son président, Malick Tohé, a insisté sur la nécessité de professionnaliser davantage les entreprises nationales afin qu’elles puissent prendre une place plus importante dans la chaîne de valeur.
Pour lui, la filière fait désormais face à des défis multiples : volatilité des marchés, nouvelles exigences réglementaires, traçabilité, compétitivité et nécessité de conserver davantage de valeur en Côte d’Ivoire.
« La résilience de notre filière, la conformité et la traçabilité, la compétitivité de nos entreprises et la capacité de la Côte d'Ivoire à créer et conserver davantage de valeur sur notre territoire sont des enjeux que nous partageons pleinement », a-t-il souligné.
Le président du GNI estime que les négociants ivoiriens doivent disposer de moyens supplémentaires pour consolider leurs activités. Il plaide notamment pour un meilleur accès aux capitaux, le renforcement des compétences et une connaissance plus fine des marchés internationaux.
Le négociant, rappelle-t-il, occupe une position stratégique puisqu’il se trouve à l’interface entre producteurs, coopératives, marchés et acheteurs. D’où l’urgence, selon lui, de faire émerger des opérateurs capables « de grandir, d’investir et de s’inscrire dans la durée ».
Malick Tohé a également insisté sur la transmission des savoir-faire et la préparation de la relève. À ses yeux, la compétitivité future dépendra aussi de la capacité des organisations professionnelles à former une nouvelle génération de négociants ivoiriens.
L’ambition est clairement affichée : faire du négociant ivoirien un acteur plus solide, plus professionnel et mieux positionné dans les échanges internationaux.
Le directeur général du Conseil du Café-Cacao, Koné Brahima Yves, a, pour sa part, salué l’initiative du GEPEX et plaidé pour l’instauration de rencontres régulières entre les différents responsables de la filière.
Il souhaite que ce type de cadre d’échanges puisse être organisé périodiquement, tous les trois ou quatre mois, afin de permettre aux acteurs de mieux se connaître, de renforcer les liens et surtout de discuter des intérêts communs de la filière.
« Nous devons renforcer le dialogue, la transparence et la confiance entre vous-mêmes et nous en tant qu’organe en charge de la filière », a-t-il déclaré.
Pour le patron du Conseil du Café-Cacao, les bouleversements auxquels le secteur est confronté ne concernent pas uniquement l’administration. Producteurs, coopératives, négociants, exportateurs, industriels et pouvoirs publics doivent, selon lui, agir ensemble. « Nos défis sont communs », a-t-il insisté.
Le responsable a notamment mis en avant le Système national de traçabilité (SNT), présenté comme un outil déterminant pour permettre à la Côte d’Ivoire de répondre aux nouvelles exigences des marchés internationaux.
Il a rappelé que le recensement des producteurs et des plantations, engagé dès 2019 et achevé en 2020, avait permis de jeter les bases de cette nouvelle architecture de traçabilité.
À ses yeux, la Côte d’Ivoire doit désormais être au rendez-vous des exigences internationales et poursuivre les efforts engagés.
Koné Brahima Yves a également dévoilé ce qu’il considère comme l’un des grands chantiers des prochaines années : la recherche.
La Côte d’Ivoire, première productrice mondiale de cacao, ne pourra pas, selon lui, continuer à produire avec les mêmes méthodes. Il faut améliorer les pratiques, développer des variétés plus performantes et introduire davantage de mécanisation.
« C’est la recherche qui doit nous permettre de mécaniser notre agriculture, le café et le cacao », a-t-il affirmé.
L’ambition dépasse le seul cacao. Le directeur général du Conseil du Café-Cacao souhaite également que la Côte d’Ivoire retrouve une place de premier plan dans la production mondiale de café.
Le défi est donc double : préserver le leadership ivoirien dans le cacao et faire progresser le café dans le classement mondial.
Dans les échanges, les préoccupations des producteurs et des coopératives n’ont pas été occultées. L’accent a notamment été mis sur la nécessité de renforcer les revenus des producteurs, mais également leur accompagnement technique et leur accès au financement, aux intrants et aux nouvelles technologies.
Les coopératives se disent engagées dans le processus de traçabilité et de mise en œuvre du SNT, mais demandent que cette transformation soit conduite avec pédagogie et responsabilité partagée.
Elles appellent également à une harmonisation de l’interprétation des règles du Conseil du Café-Cacao entre les différentes administrations, notamment la Direction générale des Impôts (DGI) et les Douanes ivoiriennes.
L’objectif : davantage de cohérence, de prévisibilité et d’efficacité dans la gestion de la filière.
Au nom du GEPEX, Lionel Soulard, directeur général de Cargill West Africa, a rappelé que les trois dernières années ont été particulièrement difficiles pour la filière.
Tensions sur l’offre mondiale, volatilité des cours, changement climatique, nouvelles exigences en matière de durabilité et de traçabilité : autant de facteurs qui ont profondément transformé l’environnement du cacao.
Mais ces crises ont également révélé, selon lui, une réalité fondamentale : « Nous formons un même écosystème. »
Producteurs, coopératives, négociants, exportateurs, transformateurs, Conseil du Café-Cacao, pouvoirs publics, banques, armateurs, transitaires et organisations non gouvernementales sont liés par un même destin.
C’est pourquoi le GEPEX entend placer sa nouvelle dynamique autour de quatre axes : dialogue et confiance ; partenariat pour une filière durable ; conformité et traçabilité ; compétitivité et résilience.
Pour Lionel Soulard, le dialogue entre les acteurs doit devenir un véritable outil de résolution des problèmes et d’anticipation des mutations.
Le GEPEX entend notamment travailler aux côtés du Conseil du Café-Cacao, des pouvoirs publics, du GNI, de l’UCCOPEXCI-Nouvelle et de l’ensemble des organisations professionnelles.
Sur le terrain de la durabilité, plusieurs défis ont été identifiés : réchauffement climatique, appauvrissement des sols, vieillissement des plantations, pauvreté rurale, travail des enfants, déforestation, swollen shoot et orpaillage illégal.
À cela s’ajoutent les exigences croissantes des pays consommateurs en matière de déforestation, de droits humains, de pesticides et de contaminants.
Dans ce contexte, le GEPEX considère la recherche et la mécanisation comme des leviers essentiels de transformation. Le Système national de traçabilité, un « game changer »
Autre chantier majeur : la mise en conformité avec les nouvelles réglementations européennes, notamment le Règlement de l’Union européenne sur la déforestation importée (RDUE).
Lionel Soulard a salué le travail du Conseil du Café-Cacao dans la mise en place du Système national de traçabilité, qu’il considère comme une étape majeure pour la filière.
La digitalisation pourrait, selon lui, produire des effets bien au-delà de la seule traçabilité du cacao.
Elle pourrait notamment faciliter l'accès des producteurs à des services financiers et à différents services numériques. « Ça peut être un game changer pour la filière », a-t-il estimé.
Le défi consiste toutefois à réussir cette transformation sans fragiliser la compétitivité des opérateurs et la capacité des différents maillons de la chaîne à poursuivre durablement leurs activités.
Sur le volet de la compétitivité, le GEPEX réclame également une interprétation harmonisée des règles de stabilisation par les différentes régies financières de l'État, notamment la DGI et les Douanes.
Pour Lionel Soulard, cette clarté institutionnelle est indispensable pour sécuriser les investissements et renforcer la résilience des entreprises.
La transformation locale constitue un autre axe stratégique. La Côte d’Ivoire s’est fixé l’objectif de transformer 60 % de sa production de cacao, avec l’ambition, à terme, d’aller davantage vers la fabrication de produits finis, notamment le chocolat.
Pour le GEPEX, cette orientation doit permettre au pays de conserver une part croissante de la valeur générée par sa production.
La rencontre du 2 septembre a également été l’occasion pour le GEPEX de présenter sa nouvelle identité visuelle.
« Parce qu’une nouvelle vision doit aussi se voir, parce qu’un nouvel élan mérite une nouvelle identité », le groupement a décidé de renouveler sa charte graphique.
Ce changement se veut le symbole d’un nouveau départ et d’une volonté de fédérer davantage les acteurs autour d’une vision commune.
Au-delà de la nouvelle identité, le message délivré à Port-Bouët est donc celui d’une filière qui entend tirer les leçons des crises récentes pour préparer l’avenir.
À travers les différentes interventions, un même objectif se dessine : faire de la filière café-cacao ivoirienne une chaîne de valeur plus durable, plus compétitive, plus inclusive et davantage créatrice de richesses locales.
Le maintien du leadership mondial de la Côte d’Ivoire dans le cacao ne devra plus seulement se mesurer aux volumes produits ou exportés, mais aussi à la capacité du pays à créer de la valeur sur son territoire, à renforcer ses entreprises, à améliorer les revenus des producteurs et à préparer la relève.
À l’horizon 2030, le défi est donc collectif. Comme l’a résumé Malick Tohé, « l’ambition doit être celle d’une filière qui ne se mesure pas uniquement à ses volumes de production ou d’exportation, mais également à sa capacité à créer davantage de valeur en Côte d’Ivoire ».
Une ambition que le Conseil du Café-Cacao, les exportateurs, les négociants, les coopératives et les producteurs disent désormais vouloir porter ensemble.
Wassimagnon
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