Cameroun : Le fichier électoral s'essouffle
L'enthousiasme retombe. À un moment où la mobilisation citoyenne devrait s'intensifier, les chiffres d'ELECAM racontent une autre histoire : celle d'un électorat de moins en moins pressé de s'inscrire.
Le contraste est frappant. Entre janvier et fin août 2026, seuls 252 830 Camerounais ont rejoint les listes électorales — un score en net repli par rapport à la même période l'an dernier, où la barre des 373 000 nouvelles inscriptions avait déjà été franchie dès la fin juin. En clair : il aura fallu deux mois de plus en 2026 pour atteindre un résultat inférieur d'environ un tiers à celui de 2025.
Jeunesse présente
Le seul motif de satisfaction pour ELECAM réside dans la composition des nouveaux inscrits : près de sept sur dix sont des jeunes, soit 169 225 personnes, réparties entre 103 230 hommes et 65 995 femmes. Un signal positif en apparence, mais qui peine à masquer le tassement global de la dynamique d'enrôlement.
Autre déséquilibre notable : les hommes restent largement majoritaires parmi les nouveaux électeurs (150 954, contre 101 876 femmes), un écart qui interroge sur les freins -culturels, logistiques ou administratifs -qui continuent de limiter l'accès des femmes au fichier électoral. Quant aux personnes en situation de handicap, elles ne représentent que 176 inscriptions à l'échelle nationale, un chiffre qui donne la mesure des obstacles d'accessibilité persistants dans les centres d'enrôlement.
Centre et régions septentrionales en tête
Sur le plan géographique, la région du Centre s'impose avec 37 595 nouveaux inscrits (14,9 % du total national), suivie de l'Extrême-Nord (34 924), du Nord-Ouest (32 869), du Littoral (28 320) et du Sud-Ouest (28 112). À elles seules, ces cinq régions concentrent l'essentiel de la dynamique d'enrôlement, laissant supposer un essoufflement plus marqué ailleurs dans le pays — un déséquilibre territorial qui pourrait peser sur la représentativité du prochain scrutin.
Fichier "nettoyé" par la mortalité
Au-delà des nouvelles inscriptions, ELECAM a procédé à 39 681 opérations de mise à jour, dont 803 modifications et 14 362 transferts. Mais c'est un autre chiffre qui retient l'attention : 24 516 électeurs ont été radiés pour cause de décès. Une donnée qui, mise en perspective, éclaire un phénomène rarement commenté : le renouvellement naturel du corps électoral pèse presque autant que les nouvelles inscriptions sur l'évolution du fichier nationale.
Résultat de ces mouvements croisés : hors diaspora, le fichier électoral est passé de 7 976 053 électeurs fin 2025 à 8 204 133 fin août 2026, soit une progression nette de 228 080 inscrits — un chiffre à comparer aux 252 830 nouvelles inscriptions brutes, révélant l'ampleur de l'érosion démographique du fichier. Diaspora comprise, le total provisoire s'établit à 8 238 778 électeurs.
Abstention
Ce ralentissement s'inscrit dans un contexte où la participation aux processus électoraux successifs au Cameroun a souvent été questionnée, notamment lors des scrutins précédents où les taux d'abstention avaient déjà suscité des débats sur l'engagement citoyen. Si la tendance actuelle se confirme, elle pourrait annoncer une mobilisation en berne pour la prochaine échéance électorale, à un moment où la participation devrait, au contraire, être un enjeu prioritaire pour toutes les parties prenantes du processus démocratique.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
