Cameroun : Mrc, la démission de Maurice Kamto plonge le parti dans une crise de légitimité
La démission annoncée mardi par Maurice Kamto de ses fonctions de président national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), suivie de celle de son vice-président Mamadou Mota, fait la une de la presse camerounaise, , ce mercredi matin. Loin d'apaiser les tensions internes qui traversent le parti depuis plusieurs mois, ces annonces ravivent un conflit de légitimité déjà ancien autour de la direction de la formation politique.
Lectures opposées
Au sein même du directoire national du Mrc, la portée de cette démission fait débat. Pour Willy Mengue, membre du directoire, l'annonce n'a tout simplement pas de sens juridique : selon lui, Maurice Kamto aurait perdu la qualité de président national dès le 25 juin 2025, à la suite d'une précédente démission, et n'aurait donc jamais recouvré cette fonction, faute d'avoir organisé une convention élective dans le délai statutaire de 60 jours. « Démission sur démission ne vaut !», résume-t-il, estimant que le parti est privé de président national -et plus largement d'instances dirigeantes légitimes - depuis cette date.
Un second membre du directoire, Okala Ebode, conteste pour sa part la régularité de la procédure engagée pour organiser la succession. Dans une déclaration détaillée, il relève plusieurs irrégularités qu'il attribue au communiqué signé par Roger Justin Noah Secrétaire national adjoint et responsable de la communication annonçant la convocation d'une Convention nationale extraordinaire pour le 10 octobre 2026.
Il relève l'absence de précision sur les textes statutaires réellement applicables — ceux de décembre 2023 ou ceux issus d'une convention en ligne de décembre 2025, dont la validité est contestée ;
Le non-respect allégué de l'article 68 du règlement intérieur, qui exigerait que le directoire constate la démission à la majorité des quatre cinquièmes de ses membres, sans que la composition du vote soit précisée ; ainsi qu’un calendrier de dépôt des candidatures jugé non conforme à l'article 32 des statuts, qui imposerait un délai de trente jours avant la convention ;
Et, une confusion entre appel à candidatures individuelles et scrutin de liste, tel que le prévoiraient les articles 28 et 30 ; enfin, un flou entretenu autour du statut de Tiriane Noah, présentée comme un retour au statu quo antérieur sans que sa fonction — présidente nationale ou simple intérimaire — soit clairement établie.
Ces éléments, avancés par des responsables se présentant comme membres du directoire du Mrc, constituent des interprétations et n'ont pas fait l'objet, à ce stade, d'une réponse publique de Maurice Kamto ou de Roger Justin Noah.
Crise
Les contestations de légitimité au sommet d'un parti, à l'occasion d'un changement de direction, ne sont pas propres au Mrc. Des formations comme l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) ou le Social Democratic Front (SDF) ont, par le passé, traversé des épisodes comparables au Cameroun, marqués par des conventions parallèles ou contestées et des recours à l'administration en charge des partis politiques. Ailleurs sur le continent, des crises de succession similaires - reposant sur des désaccords autour de l'application des statuts internes plutôt que sur des divergences de programme -ont fragilisé des partis d'opposition dans plusieurs pays d'Afrique subsaharienne, avec des conséquences variables : scission, arbitrage judiciaire, ou reconstitution progressive d'une direction reconnue par l'ensemble des courants internes.
Prochaines étapes
La Convention nationale extraordinaire du Mrc reste, en l'état, fixée au 10 octobre 2026. Selon le calendrier communiqué par le parti, la clôture des candidatures serait prévue la veille, un point explicitement contesté par Okala Ebode comme contraire aux statuts. L'issue de cette convention, et la manière dont elle sera ou non reconnue par l'ensemble des courants du parti, devrait déterminer si le Mrc parvient à sortir de cette période d'incertitude institutionnelle ou si la crise ouverte en juin 2025 se prolonge sous une nouvelle forme.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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