Côte d'Ivoire : Promotion de l'éducation inclusive, l'UNESCO et le gouvernement notent des avancées, mais de nombreux défis persistent
La Côte d’Ivoire a fait de l’éducation inclusive une orientation importante de sa politique éducative. Depuis 2013, le gouvernement s’est engagé à garantir l’accès à l’école à tous les enfants, y compris ceux en situation de handicap. Avec l’appui de partenaires techniques et financiers, notamment l’UNESCO, la Fondation AVSI et l’ONG Society Without Barriers-Côte d’Ivoire (SWBCI), plusieurs initiatives ont ainsi été développées pour favoriser l’intégration des apprenants présentant notamment des handicaps sensoriels dans les établissements scolaires ordinaires.
Ces efforts s’inscrivent dans le cadre de la Stratégie nationale de l’éducation inclusive (SNEI) 2023-2028 et répondent également à l’Objectif de développement durable 4, qui vise à assurer à tous une éducation de qualité, inclusive et équitable.
C’est dans cette perspective que l’UNESCO, la Fondation AVSI et SWBCI, sous la conduite du ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique, ont réalisé une étude consacrée aux défis des parcours scolaires et de l’insertion socio-professionnelle des apprenants en situation de handicap en Côte d’Ivoire.
L’étude, menée dans sept localités représentatives du pays à savoir, Abidjan, Bouaké, Daloa, Man, Korhogo, San Pedro et Abengourou, vise à mieux comprendre les difficultés rencontrées par les personnes en situation de handicap tout au long de leur parcours éducatif et professionnel.
Les résultats ont été présentés le jeudi 24 septembre 2026, lors d’un atelier organisé à la salle polyvalente de la Direction des examens et concours (DECO), au Plateau, en présence notamment du représentant du Bureau de l’UNESCO en Côte d’Ivoire, Mame Omar Diop, du représentant pays d’AVSI Côte d’Ivoire, Dr Lassiné Bamba, de la conseillère technique du ministre de l’Éducation nationale, Marie Christ Allou, ainsi que de représentants de SWBCI et de plusieurs acteurs du secteur de l’éducation et de la formation.
Les conclusions de l’étude font apparaître une réalité contrastée. Si des initiatives existent et que des progrès ont été enregistrés en matière d’accès à l’éducation, le dispositif d’accueil reste encore insuffisant. Les parcours scolaires sont marqués par un taux d’abandon élevé et un faible taux d’obtention de diplômes, estimé à environ 30 % dans le cadre de l’étude. À cela s’ajoute une insertion professionnelle encore limitée.
Pour Mame Omar Diop, représentant du Bureau de l’UNESCO en Côte d’Ivoire, ces résultats doivent surtout constituer un appel à l’action.
Saluant l’engagement de la Fondation AVSI en faveur de l’inclusion et de la formation des personnes vulnérables, il a estimé que l’étude rappelle que derrière les statistiques se trouvent des personnes, des talents et des potentialités qui doivent pouvoir s’exprimer.
À quelques années de l’horizon 2030, il a également relevé les insuffisances qui persistent dans la mise en œuvre de l’éducation inclusive. Selon lui, « très peu d’écoles inclusives ont été ouvertes », tandis que la formation des enseignants à la pédagogie inclusive demeure encore récente et que les supports didactiques accessibles restent insuffisants.
Pour le représentant de l’UNESCO, ces difficultés ne doivent toutefois pas être considérées comme une fatalité. Elles doivent plutôt conduire à accélérer les actions en faveur d’une éducation véritablement inclusive.
L’organisation réaffirme ainsi son engagement à accompagner le gouvernement ivoirien, les organisations de personnes handicapées et les partenaires internationaux dans plusieurs domaines, notamment la formation des enseignants, la mise à disposition de ressources pédagogiques accessibles, le renforcement des politiques publiques et l'amélioration de l’insertion professionnelle.
L’un des principaux enseignements de l’étude est que l’inclusion ne peut se limiter à l’entrée de l’enfant en situation de handicap dans le système éducatif.
Pour Marie Christ Allou, conseillère technique du ministre de l’Éducation nationale, l’éducation constitue un droit fondamental et la responsabilité des pouvoirs publics consiste à garantir son effectivité pour tous les enfants, sans distinction ni exclusion.
Toutefois, reconnaît-elle, l’accès à l’école ne suffit pas. Il faut désormais s’intéresser à l’ensemble du parcours de l’apprenant, son accueil, son maintien à l’école, ses conditions d’apprentissage, sa progression, l’obtention de son diplôme et, à terme, son accès à la formation professionnelle et à l’emploi.
L’enjeu est donc de passer d’une logique d’accès à une logique de parcours inclusif, continu et accompagné.
Cette approche suppose notamment de mieux identifier les besoins spécifiques des apprenants, de renforcer les capacités des enseignants et de rendre les établissements plus accessibles, aussi bien sur le plan physique que pédagogique.
De son côté, AVSI Côte d’Ivoire met en avant plusieurs années d’intervention dans le secteur de l’éducation.
Selon son représentant pays, Dr Lassiné Bamba, les programmes de la fondation ont contribué à améliorer l’accès à l’éducation de plus de 153 000 élèves, 5 000 enseignants et 25 000 parents, dans plus de 800 écoles primaires publiques et 30 collèges de proximité répartis dans 11 régions.
Ces interventions ciblent notamment les enfants vulnérables, dont ceux en situation de handicap, à travers l’appui aux écoles inclusives, la formation des enseignants, le renforcement des capacités des familles et l’amélioration de l’environnement scolaire.
L’accompagnement individualisé, la sensibilisation des communautés et la promotion de pratiques pédagogiques inclusives figurent également parmi les leviers utilisés pour favoriser le maintien et la réussite des apprenants.
Mais pour AVSI, le parcours ne doit pas s’arrêter au diplôme. L’organisation accorde également une attention à la transition vers la vie active à travers des programmes de formation professionnelle et d’insertion socio-professionnelle. En 2025, plus de 450 jeunes auraient ainsi intégré des parcours de formation qualifiante et d’apprentissage.
L'insertion professionnelle, l'autre grand défi
L’accès à l’emploi constitue en effet l’un des principaux défis de l’inclusion des personnes en situation de handicap. Un système éducatif véritablement inclusif doit permettre aux apprenants de développer leurs compétences et de disposer, au terme de leur parcours, de possibilités réelles de formation qualifiante, d’apprentissage et d’emploi.
Cette transition reste toutefois difficile. Les obstacles rencontrés à l’école peuvent se prolonger dans la formation professionnelle et sur le marché du travail, limitant ainsi les possibilités d’autonomie économique et sociale des personnes concernées.
L’enjeu consiste donc à construire une continuité entre éducation, formation professionnelle et emploi, afin que les efforts consentis durant la scolarité puissent déboucher sur de véritables perspectives d’insertion.
Face à ces défis, l’étude formule plusieurs recommandations destinées à renforcer le dispositif national d’éducation inclusive.
Elle préconise notamment le renforcement de la formation initiale et continue des enseignants à la pédagogie inclusive, l’amélioration de l’accessibilité physique et pédagogique des établissements scolaires ainsi que le développement de ressources éducatives adaptées aux différents types de handicap.
La mise en place d’un dispositif national de suivi et d’évaluation de l’inclusion scolaire des personnes handicapées apparaît également comme une priorité. Un tel mécanisme permettrait de mieux mesurer les progrès réalisés, d’identifier les difficultés persistantes et d’adapter les politiques publiques aux réalités du terrain.
L’étude insiste enfin sur la nécessité d’associer davantage les organisations de personnes handicapées à la mise en œuvre de la Stratégie nationale de l’éducation inclusive. Leur participation doit permettre de mieux prendre en compte l’expérience et les besoins des principaux concernés.
En Côte d’Ivoire, le défi de l’éducation inclusive ne consiste donc plus seulement à ouvrir les portes de l’école aux enfants en situation de handicap. Il s’agit désormais de faire en sorte qu’ils puissent y rester, apprendre dans de bonnes conditions, réussir, obtenir un diplôme et accéder à une formation ou à un emploi décent.
Les acteurs réunis lors de l’atelier de restitution ont ainsi souligné la nécessité d’une mobilisation collective associant l’État, les partenaires techniques et financiers, les organisations de personnes handicapées, les établissements scolaires, les familles et les communautés.
L’objectif, c'est est de transformer progressivement les engagements et les recommandations en actions concrètes. Car l’inclusion éducative ne se mesure pas uniquement au nombre d’enfants inscrits à l’école. Elle se mesure aussi à leur capacité à progresser dans leur parcours, à achever leurs études, à développer leurs compétences et à participer pleinement à la vie économique et sociale.
À l’approche de 2030, la Côte d’Ivoire dispose ainsi d’un cadre stratégique et de plusieurs expériences de terrain sur lesquels s’appuyer. Le principal défi reste désormais de passer de l’expérimentation et des engagements à une mise en œuvre plus large, durable et effective de l’éducation inclusive.
Wassimagnon
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