Côte d'Ivoire : Foncier urbain, Moussa Sanogo appelle à repenser la gestion des villes ivoiriennes
La croissance rapide des villes ivoiriennes impose de revoir en profondeur la manière dont le foncier urbain est géré et sécurisé. C’est l’un des principaux constats dressés par le ministre de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de vie, Moussa Sanogo, lors du Forum national sur le foncier et la cohésion sociale qui se tient à Yamoussoukro.
Organisée sur trois jours à la Fondation Félix Houphouët-Boigny à l’initiative du Médiateur de la République, cette rencontre réunit plusieurs acteurs autour d’un même objectif : mieux prévenir les conflits liés à la terre et renforcer la cohésion sociale. Le Vice-Premier ministre Téné Brahima Ouattara a également pris part aux travaux.
Prenant la parole autour du thème « Gouvernance foncière en milieu urbain : défis, enjeux et perspectives pour une cohésion durable », Moussa Sanogo a mis en évidence les effets de l’urbanisation accélérée sur l’organisation des villes. Il a notamment rappelé que le taux d’urbanisation du pays est passé de 32 % en 1975 à 56 % en 2026, tandis que la population vivant en milieu urbain approche désormais les 17 millions d’habitants.
Pour le ministre, cette concentration de la population s’accompagne d’une forte demande en logements, en terrains, en emplois et en services. Elle contribue aussi à accentuer les tensions autour de l’accès à la terre et à favoriser l’extension de quartiers qui ne sont pas toujours intégrés aux schémas d’aménagement.
Les difficultés observées sur le terrain sont multiples. Elles vont des conflits entre pratiques coutumières et règles du droit moderne aux doubles attributions de parcelles, en passant par les occupations sans titre, les lotissements irréguliers et les constructions réalisées en dehors des normes prévues.
Moussa Sanogo estime ainsi que la gestion du foncier ne peut plus reposer uniquement sur des contrôles administratifs. Il appelle à renforcer les dispositifs techniques afin d'intervenir suffisamment tôt dans le processus d'aménagement. L’objectif est notamment d’éviter que des populations s’installent sur des espaces qui ne disposent pas des équipements ou des conditions nécessaires à leur urbanisation.
La sécurisation de la propriété constitue également un axe majeur des réformes engagées par l’État. Le gouvernement mise notamment sur la digitalisation des procédures pour rendre l’accès au titre foncier plus simple, plus rapide et davantage sécurisé. Pour le ministre, cette transformation doit permettre de réduire les difficultés rencontrées par les citoyens souhaitant régulariser leurs terrains.
Des avancées sont également enregistrées dans la planification urbaine. Selon les données communiquées par Moussa Sanogo, la couverture du territoire national par les schémas directeurs d’urbanisme est passée de 12 % à environ 70 %. Mais cette progression ne suffit pas, à elle seule, à garantir un développement maîtrisé des villes. Encore faut-il que les aménagements réalisés sur le terrain respectent effectivement les orientations retenues dans ces documents de planification.
Le ministre a également insisté sur la nécessité de développer les villes secondaires afin de mieux répartir les populations, les activités économiques et les infrastructures. Il propose en outre de revoir les mécanismes de viabilisation des terrains pour permettre aux ménages aux revenus modestes d’accéder eux aussi à des parcelles aménagées et sécurisées.
À travers ces différentes orientations, le gouvernement entend agir à la fois sur la sécurisation du foncier, la maîtrise de l’urbanisation et la prévention des conflits. Pour Moussa Sanogo, la restauration de l’ordre urbain nécessite une action coordonnée sur plusieurs fronts, dans un contexte où la croissance des villes continue de modifier profondément les besoins des populations.
Jean Chresus, Abidjan
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