Côte d'Ivoire : Bouaké, arnaque à ciel ouvert, de l'eau du robinet vendue comme eau de source
De l'eau Awadji (ph KOACI)
Malgré l'interdiction par la loi ivoirienne de la production, de la commercialisation et de l'utilisation des sachets plastiques, le phénomène prend de l'ampleur à Bouaké. Distributeurs, revendeurs et fabricants de ce qu'on appelle communément l'eau « Awadji » pullulent dans tous les quartiers de la capitale de la région de Gbêkê. À bord de tricycles, sur les marchés, aux carrefours et devant les établissements scolaires, le commerce se fait sans aucun contrôle apparent.
L'arnaque est totale. Sur le marché, le sachet d'eau est vendu au détail à 25 francs CFA avec la mention « 500 ml » inscrite sur l'emballage. Le pack de 30 sachets est quant à lui cédé à 250 francs CFA aux revendeurs.
Mais derrière cette mention « 500 ml » se cache une double tromperie. D'abord sur la qualité : les producteurs inscrivent sur leurs emballages « eau de source », « eau de forage » ou « eau pure » pour attirer la clientèle, alors que la quasi-totalité de ces unités utilisent l'eau du robinet Ensuite sur la quantité : aucun contrôle n'est effectué pour vérifier si le sachet contient réellement 500 ml.
Dans des locaux de fortune, avec des machines semi-artisanales, cette eau du robinet est mise en sachet puis écoulée à grande échelle, sans traitement particulier ni respect des normes d'hygiène. Le consommateur pense ainsi acheter 500 ml d'eau minérale ou traitée, alors qu'il consomme de l'eau du réseau public, à un volume incertain, revendue au prix fort. Une pratique qui constitue également un manque à gagner considérable pour la SODECI, dont l'eau destinée à la consommation domestique est détournée à des fins commerciales.
Et l'ironie de l'histoire, c'est que ces soi-disant producteurs d'« eau de source » et d'« eau de forage » n'ont ni source, ni forage. Si la SODECI coupe l'eau pendant des jours, voire des semaines, à cause d'une panne ou de travaux, ces unités fermeront tout simplement boutique. Sans le robinet de la SODECI, il n'y a plus d'« eau de source » à vendre.
Au-delà de la tromperie sur la qualité et la quantité, c'est une question de santé publique. Les conditions de production, de conservation et de transport laissent à désirer. Exposés au soleil pendant des heures sur les tricycles, les sachets en plastique libèrent des particules nocives pour l'organisme.
Et pendant ce temps, qui paie ? C'est la SODECI qui est pillée, c'est l'État qui perd des taxes, et c'est le consommateur qui est trompé et empoisonné.
Dans cette chaîne de l'informel, tout le monde gagne des millions sauf ceux qui devraient gagner. Le propriétaire de la machine artisanale, le distributeur en tricycle, le revendeur au carrefour, etc..., chacun se frotte les mains avec l'eau de la SODECI détournée à vil prix et revendue comme de l'or.
Il est temps d'interpeller tout le monde, notamment la SODECI qui doit tracer ses gros consommateurs domestiques, le Ministère du Commerce qui doit fermer ces usines clandestines, la mairie de Bouaké qui doit assainir les marchés, et l'ONEP qui doit dire qui a vraiment le droit de vendre de l'eau.
Car, tant que chacun fermera les yeux, le robinet de la SODECI continuera de couler directement dans les poches de l'informel.
T.K.Emile
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