Côte d'Ivoire : Bouaké, envahie par les mendiants, la ville ne respire plus
Des fillettes mendiantes dans les rues de Bouaké (ph KOACI)
Du matin jusqu'au soir dans la capitale de la région de Gbêkê, les mendiants sont partout. Aux carrefours, aux feux tricolores, dans les marchés, devant les boutiques et dans les quartiers, ils ont envahi Bouaké, deuxième ville ivoirienne. Enfants, femmes, vieilles personnes, ils se promènent de rue en rue, la main tendue, pour quémander de l'argent.
À chaque feu rouge, ce sont les mêmes scènes. Des enfants envoyés au milieu de la circulation pour frapper aux vitres des véhicules et accoster aussi les motards qui s'arrêtent au feu. Des vieilles personnes assises au bord de la route avec des enfants devant elles. Des mamans accompagnées de plusieurs enfants qui font du porte-à-porte dans les quartiers pour demander de l'argent à ceux qui sont assis dans les coins.
Les habitants le disent sèchement, la quasi-totalité de ces mendiants, selon eux, ne seraient pas des Ivoiriens, mais des étrangers venus des pays frontaliers et d'autres pays africains. À Bouaké, on ne peut plus traverser un carrefour sans être interpellé. La mendicité est devenue un spectacle permanent qui fatigue, qui dérange et qui inquiète.
Ce qui choque le plus, c'est l'utilisation des enfants. Des enfants très jeunes, exposés au soleil, à la poussière et au danger de la route, envoyés par des adultes pour demander de l'argent à chaque véhicule qui s'arrête. Ces enfants ne sont pas à l'école, ils ne jouent pas, ils mendient.
D'autres vieilles personnes parcourent la ville avec des enfants devant elles, transformant la mendicité en une véritable activité organisée du matin au soir. On ne parle plus de quelques personnes dans le besoin, on parle d'un système qui s'installe et qui prend toute la ville en otage.
Pourtant, d'autres pays africains ont déjà agi. Au Ghana, le Service de l'immigration a lancé en mai 2025 une opération pour rapatrier les étrangers qui mendient dans les rues d'Accra et des grandes villes. Plus de 2 200 personnes avaient été arrêtées, en majorité des Nigériens, et plus de 900 déjà rapatriées. Le Niger, lui, a aussi rapatrié plus d'un millier de ses ressortissants qui mendiaient à Dakar, dont 478 enfants.
Les habitants le disent, c'est à déplorer. Bouaké, la deuxième ville du pays, mérite mieux que des rues transformées en lieux de mendicité permanente. Il est temps que les autorités regardent ce phénomène en face, qu'elles protègent les enfants exposés dans les carrefours, et qu'elles redonnent à la ville son visage, sa tranquillité et sa dignité.
T.K.Emile
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