Côte d'Ivoire : Depuis Abidjan, les États d'Afrique de l'Ouest se mobilisent pour faire des espaces frontaliers des leviers d'intégration plutôt que d'isolement
Abidjan accueille depuis ce mardi 7 avril 2026, l’Assemblée générale de la Plateforme d’Échanges et de Coordination de la Gestion des Espaces Frontaliers (PECOGEF), un rendez-vous stratégique qui pourrait marquer un tournant décisif dans la gouvernance des frontières en Afrique de l’Ouest.
Dès l’ouverture des travaux, le Secrétaire exécutif de la PECOGEF, Konaté Diakalidia, a donné le ton en appelant à une rupture avec les approches traditionnelles. « Nous n’ouvrons pas seulement une assemblée générale, nous engageons une nouvelle étape de l’intégration ouest-africaine », a-t-il déclaré, soulignant l’urgence d’adapter les réponses politiques à des défis désormais transnationaux.
Face à des menaces sécuritaires, économiques et sociales qui ignorent les limites géographiques, il a dénoncé les limites des réponses strictement nationales. « Les crises que nous affrontons ne respectent aucune frontière. Nous ne pouvons plus continuer à y répondre de manière isolée », a-t-il insisté.
Dans cette dynamique, le Secrétaire exécutif a plaidé pour une redéfinition profonde du rôle des frontières. « La frontière n’est plus un mur, mais un espace de vie, d’échanges et d’opportunités », a-t-il affirmé, invitant les États à faire des zones frontalières des leviers d’intégration plutôt que des marges fragiles.
Il a également appelé à une montée en puissance de la PECOGEF, appelée à devenir un véritable outil stratégique régional. L’ambition, c'est d'en faire un centre d’intelligence, une plateforme opérationnelle de coordination et un catalyseur capable de transformer les initiatives dispersées en actions structurées et efficaces. « Investir dans les frontières, ce n’est pas investir à la périphérie, c’est investir au cœur de la stabilité de nos États », a-t-il martelé.
Prenant la parole au nom du gouvernement ivoirien, le ministre délégué chargé de l’Intégration africaine, Adama Dosso, a salué une rencontre « décisive » pour l’avenir de la coopération régionale. Selon lui, cette Assemblée générale illustre la volonté commune des États ouest-africains de bâtir un cadre solide et cohérent de gouvernance des espaces frontaliers.
Le ministre a dressé un constat sans détour des défis auxquels font face les zones transfrontalières : insécurité persistante, trafics illicites, tensions communautaires, mobilités non maîtrisées et vulnérabilité socio-économique. Mais il a également insisté sur le potentiel de transformation de ces espaces.
« Nos frontières doivent devenir des zones d’intégration, de coopération et de développement partagé », a-t-il affirmé, appelant à une approche renouvelée, plus inclusive et orientée vers les populations.
Adama Dosso a par ailleurs, mis en lumière les efforts engagés par la Côte d’Ivoire, notamment l’adoption en 2025 de la Politique nationale de gestion intégrée des frontières (PNGIF-CI). Ce cadre stratégique vise à renforcer la sécurité, améliorer la gouvernance et promouvoir le développement dans les zones frontalières.
Insistant sur la nécessité d’une action coordonnée, il a exhorté les partenaires techniques et financiers à aligner leurs interventions sur les priorités nationales afin de maximiser l’impact des initiatives. Il a également rappelé que l’intégration régionale ne peut être uniquement institutionnelle. « Elle se construit aussi sur le terrain, à travers les collectivités, les communautés et les services techniques », a-t-il souligné.
De son côté, le président de la PECOGEF, Francis Langumba Keili, a salué la mobilisation des États membres et des partenaires, y voyant la preuve d’un engagement collectif en faveur d’une intégration régionale renforcée. Il a insisté sur l’importance de cette Assemblée générale, appelée à consolider les bases institutionnelles de l’organisation et à définir une stratégie régionale cohérente.
Face aux défis persistants, notamment en matière de sécurité et de trafics illicites, il a appelé à des échanges « francs, constructifs et orientés vers des solutions concrètes ». Pour lui, la PECOGEF doit s’imposer comme un véritable catalyseur d’initiatives au service de la stabilité régionale.
Cette Assemblée générale s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis la réunion de Cotonou en 2025, qui avait permis de redynamiser l’organisation et de poser les bases d’une nouvelle gouvernance. Les travaux en cours à Abidjan devraient notamment aboutir à l’adoption des textes fondamentaux, à la validation des organes de gouvernance et à l’approbation d’un plan d’action triennal pour la période 2026-2028.
Au-delà des décisions attendues, une conviction s’impose au fil des échanges : l’avenir de l’intégration ouest-africaine se joue désormais aux frontières. Et à Abidjan, les acteurs régionaux semblent déterminés à en faire un véritable levier de stabilité et de développement.
Wassimagnon
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