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Cameroun : Préparatifs du 20 mai, ce n'est pas la santé du général Meka qui inquiète, voici ce que son absence révèle
 

Cameroun : Préparatifs du 20 mai, ce n'est pas la santé du général Meka qui inquiète, voici ce que son absence révèle

 
 
 
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© Koaci.com - mardi 19 mai 2026 - 11:38

Chef d’état-major des armées camerounaises, le général Claude Meka (Ph),



Le général René Claude Meka, chef d’état-major des armées camerounaises n'était pas là lors des préparatifs militaires de la fête nationale. Il a été remplacé par un autre général Saly Mohamadou. C'est tout ce qu'il a fallu. Une chaise vide lors des répétitions du défilé de la fête de l'Unité, un général remplacé par un autre, et en moins d'une journée, le Cameroun entier spéculait sur la mort de son chef d'état-major. De sources officielles, l’homme est vivant. Mais la rumeur, elle, dit une vérité plus profonde sur la société qui l'a produite.



Cet épisode dit moins sur la santé du général Meka que sur celle d'une société entière.



La rumeur, un terreau



La mécanique est désormais rodée. Un homme de pouvoir disparaît du champ visible — une cérémonie manquée, une photo absente, un silence radio de quelques jours — et la machine s'emballe. Les groupes WhatsApp relaient, les pages Facebook amplifient, les proches paniquent, les journalistes reçoivent des appels. La rumeur ne naît pas du néant : elle naît d'un vide.



Ce vide, au Cameroun, est structurel. Dans un système où les hauts responsables ne tiennent pas de conférences de presse, où les institutions communiquent avec parcimonie et où la santé des dirigeants est traitée comme un secret d'État, chaque silence devient une invitation à l'interprétation. Le grand public, privé d'informations officielles fiables, comble l'absence avec ce qu'il a sous la main : la rumeur.



Le général Meka est en poste depuis septembre 2001. Vingt-cinq ans de commandement, vingt-cinq ans de discrétion. Pour beaucoup de Camerounais, il est une silhouette, un nom sur un organigramme, une présence protocolaire lors des cérémonies officielles. Une figure sans visage quotidien. Quand une telle figure disparaît de la scène - même provisoirement, même pour des raisons banales - le vide laissé est immense.



Baromètre politique



Au Cameroun, le 20 mai n'est pas une fête anodine. Jour de la fête nationale de l'Unité, il est l'un des rares moments où l'État camerounais s'exhibe dans toute sa verticalité : drapeaux, uniformes, formations militaires impeccables, hiérarchie visible. Le chef d'état-major des armées y a un rôle central. Son absence aux répétitions - remplacé par le général Saly Mohamadou, chef d'état-major des Forces terrestres- n'est pas passée inaperçue.



Dans un contexte sécuritaire tendu, entre la crise anglophone au Nord-Ouest et au Sud-Ouest, les incursions de Boko Haram dans l'Extrême-Nord et les instabilités régionales aux frontières est du pays, l'armée camerounaise n'est pas un décor. Elle est un pilier. Tout mouvement en son sommet est scruté, interprété, amplifié.



La question n'est donc pas : « Meka est-il mort ? » La question est : « Pourquoi une simple absence suffit-elle à faire trembler l'opinion ? »


 

Le démenti qui ne dément pas tout



Le samedi 9 mai 2026, le Professeur Vincent de Paul Djentcheu, directeur du Centre Hospitalier Universitaire de Yaoundé, a publié un communiqué formel. Koaci en a eu copie. Le démenti est clair : les informations circulant sur la mort ou l'état critique du général Meka sont sans fondement.



C'est utile. C'est nécessaire. Mais ce n'est pas suffisant.



Car le communiqué répond à la rumeur sans répondre aux conditions qui l'ont produite. Il éteint l'incendie sans s'interroger sur la sécheresse. Demain, une nouvelle absence, un nouveau silence, et la machine repartira. Parce que le vrai problème n'est pas la rumeur — c'est l'absence chronique de communication institutionnelle qui la rend possible, crédible, et virale.



Un chef d'état-major qui donne régulièrement des signaux de présence — une conférence, une sortie publique, une prise de parole — n'est pas sujet à ce type de spéculation. La transparence est le meilleur des démentis préventifs.



La société parle parce que le régime Biya ne lui parle pas



Ce phénomène dépasse le général Meka. Il est la règle, pas l'exception. Ces dernières années, des rumeurs similaires ont circulé sur plusieurs figures du pouvoir camerounais - Président de la République, ministres, généraux, proches de la présidence- chaque fois dans le même scénario : absence prolongée, silence officiel, explosion des spéculations, démenti tardif.



Les réseaux sociaux ont radicalement accéléré ce cycle. Ce qui prenait autrefois plusieurs semaines pour se propager dans les marchés et les quartiers se fait aujourd'hui en quelques heures sur WhatsApp et Facebook. La rumeur n'a pas changé de nature — elle a changé de vitesse.



Mais pointer du doigt les réseaux sociaux serait une erreur d'analyse. Ils sont le canal, pas la source. La source, c'est la culture du secret qui entoure les institutions camerounaises. C'est la conviction, largement partagée, que « ce qu'on nous dit officiellement n'est pas forcément la vérité ». Cette conviction ne tombe pas du ciel : elle est le fruit de décennies de communications officielles opaques, de vérités partielles, de communiqués sibyllins.



 

Un haut commis de l’Etat, qui nous recevait affirmait lors d’un échange que « l’administration camerounaise fonctionne à l’image du président Biya. Ici, le silence est la règle d’or.»



Quand les citoyens ne font plus confiance aux institutions pour leur dire ce qui se passe, ils se tournent vers d'autres sources. Parfois elles ont raison. Souvent, elles ont tort. Mais toujours, elles parlent.



Ce que cet épisode nous oblige à regarder en face



L'affaire général Meka qui a été vu le 9 mai 2026 au centre hospitalier -si l'on peut appeler ainsi ce non-événement devenu événement -est un test. Elle révèle l'état de la relation entre les Camerounais et leurs institutions.



Une rumeur sur la mort d'un chef d'état-major qui se propage en vingt-quatre heures et nécessite un démenti officiel d'un directeur d'hôpital universitaire : c'est le signe que quelque chose est cassé dans la chaîne de confiance. Ce n'est pas une crise sécuritaire. Ce n'est pas une crise militaire. C'est une crise de communication publique, profonde et durable.



La solution ne viendra pas des fact-checkeurs — aussi utiles soient-ils. Elle viendra le jour où les institutions camerounaises décideront que la transparence n'est pas une faiblesse, mais la condition première de leur crédibilité.



En attendant, le général Meka est vivant. Le défilé du 20 mai aura lieu. Et la prochaine absence inexpliquée d'un haut responsable produira exactement la même rumeur, dans exactement le même délai.



Certaines leçons résistent à toutes les répétitions.




-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com


 
 
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