Côte d'Ivoire : Cacao, face au swollen shoot, le CNRA sort l'artillerie scientifique pour sécuriser les vergers menacés et booster les rendements
À l’occasion des Journées nationales du cacao et du chocolat (JNCC), le Centre national de recherche agronomique (CNRA) a présenté ses avancées dans la recherche cacaoyère. Variétés performantes, agroforesterie, fertilisation des sols, lutte biologique contre les ravageurs et stratégies de lutte contre le swollen shoot : les chercheurs entendent mettre la recherche au service de la productivité et de la résilience des vergers ivoiriens.
La recherche agronomique veut jouer pleinement son rôle dans l’amélioration de la productivité des plantations de cacao en Côte d’Ivoire. À la station de recherche du CNRA de Divo, les travaux consacrés à cette culture portent notamment sur la sélection variétale, la fertilisation, l’agroforesterie ainsi que la lutte contre les maladies et les ravageurs.
Directeur de la station de recherche de Divo, Coulibaly Klotioloma souligne que l’ensemble des activités de recherche sur le cacao conduites dans la région s’inscrivent dans un objectif majeur : contribuer à assurer durablement la productivité des vergers cacaoyers.
Parmi les différentes variétés développées par les chercheurs, une retient particulièrement l’attention des producteurs : le « cacao Mercedes ». Cette appellation, précise le responsable du CNRA, a été donnée directement par les planteurs, séduits par les performances de cette variété.
« Mercedes » se distingue notamment par sa précocité et son potentiel de production. Selon les résultats de recherche présentés par Coulibaly Klotioloma, lorsque les itinéraires techniques sont correctement respectés, le producteur peut atteindre 2,5 tonnes par hectare avec cette variété.
Face aux performances observées, le CNRA encourage les producteurs à privilégier les variétés sélectionnées et à s’approvisionner auprès des structures habilitées.
« Tout producteur qui veut faire de la cacaoculture doit s’adresser aux centres pour pouvoir obtenir des variétés sélectionnées », recommande le directeur de la station de Divo.
Un dispositif qui présente également l’avantage d’être accessible aux planteurs. Selon lui, les semences de cacao ne sont pas commercialisées en Côte d’Ivoire. Elles sont mises à la disposition des producteurs gratuitement dans le cadre du dispositif piloté par le Conseil du Café-Cacao, à travers ses délégations régionales.
Au-delà de la mise au point de nouvelles variétés, le programme Cacao du CNRA travaille sur plusieurs leviers destinés à améliorer la conduite des plantations.
Chef du programme Cacao, N’Guessan Walet Pierre explique que les chercheurs développent et mettent à la disposition des producteurs des techniques adaptées aux réalités des cacaoyères ivoiriennes.
L’agroforesterie figure parmi les axes importants de ces recherches. La fertilité des sols constitue également une préoccupation majeure, notamment dans les anciennes zones de production où les terres ont été exploitées pendant plusieurs années.
Le CNRA mène ainsi des travaux sur les biofertilisants, le compost et d’autres solutions susceptibles de contribuer à la restauration et au maintien de la fertilité des sols.
La lutte contre les maladies et les ravageurs constitue un autre volet essentiel. Le programme Cacao développe notamment des méthodes de lutte biologique destinées à limiter les dégâts causés par les insectes et les maladies qui affectent les plantations.
« Toutes ces solutions sont disponibles à notre centre », assure N’Guessan Walet Pierre, qui invite les producteurs à se rapprocher des équipes du CNRA afin de bénéficier de conseils et de solutions adaptées à leurs préoccupations.
Le travail du CNRA ne se limite pas à la station de Divo. Les chercheurs conduisent des essais dans plus de 20 départements répartis dans les principales zones de production cacaoyère du pays.
Cette présence sur le terrain permet, selon le chef du programme Cacao, de confronter les acquis de la recherche aux réalités des producteurs et d’identifier de nouvelles contraintes.
Le changement climatique, l’apparition de nouveaux ravageurs et l’émergence de nouvelles maladies imposent notamment d’adapter en permanence les stratégies de recherche.
Pour N’Guessan Walet Pierre, une grande partie des pratiques aujourd’hui considérées comme ordinaires dans les plantations sont pourtant le résultat de plusieurs années de recherche. Les méthodes de traitement contre les maladies et les insectes, les écartements entre les plants ou encore certaines pratiques culturales sont autant d’acquis issus des travaux scientifiques.
Sur la question particulièrement préoccupante du swollen shoot, le CNRA rappelle également son rôle dans la recherche de solutions.
Selon N’Guessan Walet Pierre, le CNRA a été à l’origine de l’alerte sur cette maladie dès 2003. Après plusieurs années à rechercher des financements, le centre a obtenu en 2008 les premiers moyens nécessaires pour engager des travaux approfondis.
Les recherches ont notamment porté sur l’identification de l’agent pathogène, du vecteur et des plantes hôtes, mais également sur le développement de variétés tolérantes et la mise en place de méthodes de lutte intégrée et agronomique.
Aujourd’hui, le CNRA dispose d’acquis importants sur ces différents aspects.
Interrogé sur un nouveau biofertilisant présenté comme une solution contre le swollen shoot, le responsable du programme Cacao se veut toutefois prudent. Il précise que ce produit n’a pas été développé par le CNRA. Le centre en a été informé et se dit disposé à l’évaluer s’il est officiellement sollicité à cet effet.
En attendant, les chercheurs disposent déjà de bonnes pratiques et de variétés tolérantes permettant de contribuer à la lutte contre la maladie.
Pour le CNRA, l’utilisation d’une variété tolérante ne peut toutefois pas constituer, à elle seule, une réponse suffisante.
« La lutte contre la maladie du swollen shoot, c’est un tout. C’est un ensemble de mesures qu’on adopte », insiste N’Guessan Walet Pierre.
Il recommande ainsi aux producteurs confrontés à la maladie de se rapprocher des agents agricoles ou du CNRA afin de bénéficier d'un accompagnement adapté. L’arrachage et la replantation, associés aux autres mesures recommandées, peuvent permettre à certaines parcelles de retrouver leur capacité de production.
Le chercheur cite le cas de producteurs ayant suivi les recommandations du CNRA : après l’arrachage et la replantation de leurs parcelles, certains continuent aujourd’hui à produire du cacao alors même que des foyers de swollen shoot persistent dans leur environnement.
À l’inverse, le non-respect des recommandations peut compromettre la reprise des plantations.
À travers sa participation aux JNCC, le CNRA entend donc rappeler que la recherche agronomique constitue un levier essentiel pour l’avenir de la filière cacao.
Pour les responsables du centre, l’enjeu est désormais de renforcer le dialogue avec les producteurs, les coopératives et l’ensemble des acteurs de la filière. Les préoccupations exprimées sur le terrain doivent permettre d’orienter les futurs programmes de recherche et de développer des solutions toujours plus adaptées.
Dans un contexte marqué par le vieillissement des vergers, l’épuisement des sols, le changement climatique et la pression croissante des maladies et ravageurs, le CNRA entend ainsi poursuivre ses efforts pour rendre la cacaoculture ivoirienne plus productive et plus résiliente.
Wassimagnon
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