Côte d'Ivoire : Forêts classées, un syndicat de la SODEFOR dénonce une gestion opaque des concessions et menace de suspendre la trêve sociale
Le Syndicat libre des agents de la Société de développement des Forêts (SYLIA) est monté au créneau ce matin à l’occasion d’une conférence de presse très attendue. Face à une grogne grandissante au sein des agents forestiers de la SODEFOR, le syndicat majoritaire, conduit par le Lieutenant Ouattara Ziépleu Lacina, Secrétaire général du SYLIA, a dénoncé de graves dysfonctionnements dans l’attribution et la gestion des concessions forestières en Côte d’Ivoire. Des pratiques jugées contraires à l’esprit du Code forestier et susceptibles, selon lui, de fragiliser davantage le patrimoine forestier national.
À l’origine de cette sortie médiatique : une inquiétude généralisée exprimée par les agents forestiers il y a environ deux semaines, aggravée par l’absence de communication de la direction de la SODEFOR et du ministère de tutelle.
« Quand la direction ne communique pas, c’est qu’il y a un problème », a martelé le Secrétaire général du SYLIA, soulignant que plusieurs organes de presse avaient tenté, en vain, d’obtenir des éclaircissements officiels.
Avant toute action, le syndicat dit avoir consulté sa base sur l’ensemble du territoire national afin de comprendre les motivations profondes de cette grogne. Verdict : des revendications jugées légitimes et fondées, touchant directement à la protection de la forêt ivoirienne.
Au cœur de la contestation : la mise en œuvre de la Stratégie de préservation, de réhabilitation et d’extension des forêts (SPREF), censée répondre à la déforestation alarmante du pays. Si le SYLIA reconnaît la pertinence de cette stratégie, il dénonce cependant de graves dérives dans son application, notamment à travers le système de concessions forestières introduit par le nouveau Code forestier.
Selon le syndicat, le projet initial concernait 76 forêts classées, principalement très dégradées (catégories 3 et 4). Or, au moment de la publication du décret, la liste est passée à 86 forêts, avec l’ajout inexpliqué de 10 forêts supplémentaires, dont certaines pourtant bien conservées, abritant une biodiversité sensible, voire récemment érigées en réserves naturelles, comme Boussémathié ou le Cavally.
Plus grave encore, ces concessions auraient été attribuées sans réunion du comité interministériel, sans validation des plans d’aménagement, et sans implication formelle de la SODEFOR, pourtant gestionnaire légal des forêts classées.
Cette situation a entraîné de sérieuses tensions sur le terrain. Des opérateurs privés se présentent dans les forêts avec des documents officiels, tandis que les agents forestiers, pourtant responsables de la gestion, ne sont ni informés ni associés.
Résultat : incompréhensions, conflits d’intérêts, risques sécuritaires et, dans certains cas, des affrontements physiques.
« Qui contrôle les concessionnaires si le gestionnaire de la forêt n’a même pas copie du contrat ni du cahier des charges ? », s’interroge le syndicat.
Autre point de crispation majeur : les reboisements compensatoires liés aux activités minières et aux projets étatiques. Bien que la SODEFOR dispose d’une expertise reconnue depuis 1966, avec des résultats financiers et opérationnels aujourd’hui positifs (comptes certifiés, résultats d’exploitation excédentaires, 37 000 hectares reboisés en 2025), ces travaux sont confiés à des sociétés privées.
Le SYLIA cite notamment, 5000 hectares à Badénou (2024), 500 hectares à Foumbou (mars 2025), des volumes largement à la portée de la SODEFOR, selon le syndicat.
Le syndicat dénonce également le recours systématique à des prestataires privés pour la délimitation des forêts, notamment dans le cadre du projet Tchologo, alors même que la SODEFOR dispose d’un service cartographique et que le ministère des Eaux et Forêts possède un service de cadastre.
Pour le SYLIA, cette logique affaiblit progressivement la société d’État, menace les emplois (près de 800 à 880 agents, dont 354 syndiqués SYLIA), et va à l’encontre de la politique de renforcement de la SODEFOR engagée par l’État.
Tout en affirmant son attachement au dialogue social, le SYLIA prévient : la trêve sociale pourrait être suspendue si aucune clarification n’est apportée rapidement.
Après cette conférence de presse, le syndicat annonce une série de démarches auprès de la Direction générale, SODEFOR, Conseil d’administration, ministère de tutelle, Primature, Présidence de la République.
« Si les autorités ne réagissent pas, elles seront comptables de leur silence. Nous avons tiré la sonnette d’alarme », a averti le Secrétaire général.
Pour le SYLIA, l’enjeu dépasse les revendications syndicales. Il s’agit de préserver la forêt ivoirienne et d’atteindre l’objectif fixé à l’horizon 2030 en matière de reconquête du couvert forestier.
« Nous ne voulons qu’une chose : le respect de l’esprit et de la lettre du Code forestier », conclut le syndicat, qui promet de revenir devant la presse après ses démarches institutionnelles.
Wassimagnon
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