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Cameroun : Libération d'Ondo Ndong et Belinga, quand les détourneurs de fonds publics deviennent des héros
 

Cameroun : Libération d'Ondo Ndong et Belinga, quand les détourneurs de fonds publics deviennent des héros

 
 
 
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© Koaci.com - lundi 23 février 2026 - 09:20

Emmanuel Gérard Ondo Ndong (Ph)


Deux anciens hauts responsables de l'État camerounais, condamnés pour avoir détourné des milliards de francs CFA, ont recouvré leur liberté vendredi. Leur accueil triomphal soulève des interrogations sur l'efficacité de la lutte contre la corruption au Cameroun. 



Emmanuel Gérard Ondo Ndong, ancien directeur général du Fonds spécial d'équipement et d'intervention intercommunale (Feicom), et Gilles Roger Belinga, ex-directeur général de la Société immobilière du Cameroun (SIC), ont été libérés vendredi dernier. Arrêtés en 2006 dans le cadre de l'opération « Épervier » - cette vaste campagne anti-corruption lancée par le président Paul Biya pour assainir les finances publiques - ces deux hommes avaient été accusés de détournements s'élevant à plus de 36 milliards de FCFA. Ondo Ndong, initialement condamné à 50 ans de prison, a vu sa peine réduite à 20 ans en appel, qu'il a finalement purgés en entier. Belinga a connu un sort similaire.



 Ce qui choque encore plus que leur libération, c'est la manière dont elle s'est déroulée dans l'espace public. Les vidéos de leur sortie de prison ont rapidement envahi les réseaux sociaux camerounais, où on les voit accueillis par des applaudissements, salués comme des figures respectables, voire héroïques. Certains commentateurs n'hésitent pas à les comparer à des « Robin des Bois » ayant redistribué une partie de leur butin dans leurs villages et régions d'origine. D'autres les présentent même comme des victimes d'un système politique impitoyable.


 À peine libérés, ils ont tenu à remercier publiquement le chef de l'État pour leur libération - une scène perçue par beaucoup comme une provocation envers un peuple qui continue de souffrir des conséquences directes de ces prévarications.



Bilan judiciaire insuffisant 



Le préjudice causé par Ondo Ndong à l'État camerounais est estimé à plus de 30 milliards de FCFA. En 2022, la Société de recouvrement des créances (SRC) a mis aux enchères ses biens mobiliers. L'année suivante, en 2023, elle a publié la liste des biens immobiliers saisis à son profit : plusieurs villas à Yaoundé, des duplex, des immeubles à étages, un complexe hôtelier, une mini-cité universitaire et une station-service. Un patrimoine colossal construit sur le dos des contribuables. Cependant, pour de nombreux observateurs, ce recouvrement partiel de biens ne suffit pas. Vingt ans de prison pour des dizaines de milliards détournés : est-ce vraiment une sanction proportionnée ? Cette question mérite d'être posée, surtout que la prison ne semble pas avoir été un véritable tournant dans leur parcours social.



Ce que font les autres pays


 

À l'international, la manière de traiter les crimes de corruption à grande échelle suit souvent une logique bien différente. En Chine, la campagne anticorruption lancée par Xi Jinping en 2012 a entraîné la condamnation de milliers de hauts fonctionnaires, dont certains ont même été exécutés. Par exemple, en 2015, Zhou Yongkang, ancien membre du Politburo et ex-responsable de la sécurité intérieure, a été condamné à la réclusion à perpétuité et à la confiscation totale de ses biens. 


Au Rwanda, les personnes reconnues coupables de corruption sont soumises à une publicité dissuasive : leurs noms, jugements et biens saisis sont rendus publics, et la réintégration sociale est compliquée par une culture institutionnelle qui stigmatise activement la corruption. Le pays est souvent cité parmi les moins corrompus d'Afrique subsaharienne selon Transparency International. 


Chez le voisin nigérian, la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) a intensifié les condamnations, accompagnées de restitutions complètes et d'interdictions d'exercer des fonctions publiques. Bien que les résultats ne soient pas parfaits, l'idée de sanction civique - au-delà de la simple peine de prison - est au moins établie en principe. 


En France, les condamnés pour détournement de fonds publics font face à des peines complémentaires, telles que l'inéligibilité, la perte de droits civiques et la confiscation de leurs biens mal acquis, dans le cadre d'une justice qui vise à rendre le crime non rentable.



L'article 66, une disposition constitutionnelle lettre morte



Le Cameroun a une multitude de textes à sa disposition. L'article 66 de sa Constitution impose aux hauts responsables de l'État de déclarer leurs biens. Cependant, depuis son adoption dans la loi fondamentale en 1996, cet article est resté presque sans application. Ce n'est qu'en 2018 qu'une loi d'application a été mise en place. Les déclarations ne sont pas accessibles au public, personne ne les vérifie vraiment, et les sanctions sont presque inexistantes. En d'autres termes, on connaît l'entrée, mais pas la sortie, et personne n'est chargé de s'interroger sur l'écart entre les deux. 


Dans ce contexte, l'opération Épervier, malgré ses ambitions affichées, est souvent perçue comme un outil de règlement de comptes politiques plutôt que comme une véritable initiative pour moraliser la vie publique.



Quel message pour la jeunesse ?



 

Peut-être que c'est là que se cache le danger le plus profond de cette situation. Dans un pays où les détournements de fonds publics sont, depuis des décennies, l'une des principales façons pour les élites de s'enrichir, que pense la jeunesse camerounaise en voyant des hommes sortir de prison après avoir gaspillé des milliards, accueillis comme des figures respectées, remerciant même celui qui les a fait incarcérer ?


 Le message sous-jacent est dévastateur : on peut voler à grande échelle, purger quelques années derrière les barreaux, et ressortir pour profiter de ses gains, tout en conservant une réputation intacte dans sa communauté. Dans ce contexte, la prison n'est pas une fin, mais juste une pause. 


Tant que la corruption sera lucrative - tant que les sanctions pénales ne seront pas à la hauteur des profits réalisés, tant que les biens mal acquis ne seront que partiellement récupérés, et tant que les condamnés pourront retrouver un statut social enviable à leur sortie - le Cameroun aura du mal à lutter contre les fléaux des détournements de fonds publics et de la corruption. La vraie question n'est pas de savoir si Ondo Ndong et Belinga méritaient d'être libérés, mais plutôt ce que l'État compte faire des milliards qui, eux, n'ont pas été restitués. Et quel message il choisit d'envoyer à ceux qui, aujourd'hui, gèrent l'argent public.



-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com







 
 
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