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Cameroun : 3 442 enseignants fantômes fonctionnaires en exil, pourquoi les jeunes Camerounais fuient-ils ?
 

Cameroun : 3 442 enseignants fantômes fonctionnaires en exil, pourquoi les jeunes Camerounais fuient-ils ?

 
 
 
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© Koaci.com - mardi 24 février 2026 - 10:19


Des milliers de fonctionnaires camerounais continuent de toucher leur salaire depuis l'étranger, selon les dernières informations. D'après un communiqué de la ministre des Enseignements secondaires, Nalova Lyonga, 3 442 enseignants camerounais ont quitté le pays pour s'installer à l'étranger tout en restant sur les listes de paie de l'État. 


Ces enseignants, bien qu'ils soient géolocalisés ailleurs, continuent d'enseigner sans être physiquement présents et reçoivent leur salaire sans pointage. Ils existent sur le papier, mais ont disparu dans la réalité. Le préjudice financier est énorme : l'État réclame environ 46 milliards de FCFA à ces agents, selon les premières estimations. 


Phénomène répandu 


Si le cas des enseignants a suscité une vive réaction, le problème va bien au-delà du secteur de l'éducation. Le ministère de la Fonction publique évoque environ 20 000 déserteurs dans l'ensemble de la fonction publique camerounaise. Parmi eux, on compte environ 5 000 enseignants et 2 500 professionnels de la santé, y compris médecins, infirmiers et autres personnels paramédicaux. Des listes nominatives, établies à partir des données recueillies dans les aéroports camerounais, auraient été envoyées au Minesec et au ministère des Finances (Minfi). La ministre a donné un délai de 14 jours à ces agents pour se présenter dans son ministère et justifier leur situation, sous peine de sanctions, y compris la suspension de leur salaire.


Pourquoi les jeunes Camerounais fuient-ils ?


Derrière le scandale administratif se cache une question profonde, à la fois brutale et légitime : qu'est-ce qui pousse tant de Camerounais, qu'ils soient diplômés ou non, à quitter leur pays ? Les raisons sont nombreuses et bien connues, même si elles ne sont pas souvent abordées par les autorités. 


Premièrement, les salaires sont dérisoires : un instituteur camerounais gagne en moyenne 90 000 FCFA par mois, tandis que son homologue sénégalais peut toucher entre 137 000 et 347 000 FCFA. Un professeur de lycée au Cameroun, quant à lui, perçoit environ 158 000 FCFA, ce qui, en euros, représente moins de 250 euros par mois. Face à un poste d'assistant au Canada ou en Europe, la comparaison est sans appel.


Ensuite, il y a le chômage des jeunes diplômés : chaque année, des milliers de jeunes sortent des universités camerounaises sans aucune perspective d'emploi stable. Les postes dans la fonction publique se font rares, les intégrations prennent des années, et les vacataires attendent une titularisation comme on attend la pluie en saison sèche.


La mauvaise gouvernance et l'injustice sociale jouent également un rôle : favoritisme, corruption, lenteur des administrations, promotions au mérite bafouées... toutes ces frustrations s'accumulent et finissent par convaincre les plus compétents que leurs talents seront mieux récompensés ailleurs.


 

Les conditions de vie sont également dégradées : coupures d'électricité fréquentes, absence d'eau potable dans de nombreux quartiers, routes en piteux état, accès aux soins insuffisant... le quotidien au Cameroun reste éprouvant, même pour ceux qui ont un emploi.


Enfin, la crise anglophone. Depuis 2017, le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a accentué l'instabilité et a poussé de nombreuses personnes à partir, en particulier vers le Canada et les États-Unis.


Canada, nouvel Eldorado, des chiffres qui donnent le vertige


Les dernières données mettent en lumière l'ampleur de l'exode. Entre janvier et avril 2024, près de 6 000 Camerounais ont fait le grand saut vers le Canada, plaçant le Cameroun au rang de deuxième pays d'origine de main-d'œuvre pour le Canada, juste derrière la France. Au premier semestre de 2025, 10 355 nouveaux Camerounais ont posé leurs valises au Canada, marquant une augmentation de 32 % par rapport à la même période en 2024. En 2024, les Camerounais constituaient 34 % de tous les résidents permanents francophones admis au Canada, hors Québec — un record sans précédent pour un seul pays. 


Durant les neuf premiers mois de 2024, plus de 12 000 Camerounais ont reçu une invitation à demander la résidence permanente au Québec dans le cadre du Programme régulier des travailleurs qualifiés (PRTQ), représentant 52 % des invitations délivrées. Une telle domination a poussé le gouvernement québécois à instaurer un quota de 25 % par pays pour limiter cette concentration. 



Alors que ces chiffres s'accumulent dans les bureaux des ministères, la réalité se fait sentir dans les écoles. Des classes surchargées, des enseignants vacataires mal rémunérés qui tentent de combler les vides laissés par ceux qui partent, et des élèves qui, en silence, subissent les conséquences d'une gestion défaillante. 


Cette fuite ne concerne pas seulement l'éducation. Banquiers, magistrats, ingénieurs, médecins, infirmiers, entrepreneurs, artistes : c'est toute une génération de talents qui s'en va, emportant avec elle les investissements que l'État a consentis pour leur formation.


 

La lutte contre les « fonctionnaires fantômes » est tout à fait justifiée. Il est normal qu'un État s'assure que ses agents soient effectivement présents à leur poste pour toucher un salaire. Les sanctions annoncées par le Minesec et le Minfi reposent sur des bases juridiques solides. Cependant, couper leur salaire sans se pencher sur les raisons profondes de leur départ serait une réaction hâtive et risquée. 



Tant que les conditions de travail resteront précaires, tant que le mérite sera moins valorisé que les relations politiques, et tant que l'accès à l'électricité sera considéré comme un privilège plutôt qu'un droit, l'attrait irrésistible de l'Occident continuera d'exercer son influence. 



La véritable question n'est pas : comment punir ceux qui sont partis ? Mais plutôt : pourquoi ne souhaitent-ils plus rester ?



-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com


 
 
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