Côte d'Ivoire : Agroforesterie et marché carbone, l'initiative “Cacao Carbon Plus” lancée pour verdir durablement la filière café-cacao
Une nouvelle étape stratégique vient d’être franchie dans la transformation durable de la filière café-cacao ivoirienne. Réunis à l’occasion de la première Assemblée plénière de la Plateforme nationale de coordination des initiatives d’agroforesterie et des projets carbone, les principaux acteurs publics, privés et partenaires techniques ont acté le lancement officiel de l’initiative Cacao Carbon Plus, destinée à structurer le marché carbone au service des producteurs et de la préservation des forêts.
Au cœur des échanges, la nécessité de coordonner les initiatives, d’harmoniser les données et de bâtir une stratégie nationale cohérente face aux défis climatiques et aux nouvelles exigences du marché international.
Prenant la parole au nom du Directeur général du Conseil Café-Cacao, Coulibaly Wahatami a souligné l’importance historique de cette première Assemblée plénière.
Il a rappelé que la filière café-cacao constitue un pilier de l’économie ivoirienne, contribuant à près d’un tiers des recettes d’exportation et faisant vivre plus de cinq millions de personnes. « Elle doit désormais conjuguer performance économique et responsabilité environnementale », a-t-il insisté.
Face au défi majeur de la préservation du couvert forestier et de la transformation des systèmes agricoles, la Plateforme nationale vise à, coordonner les initiatives d’agroforesterie, harmoniser les interventions, consolider les données ;
renforcer la visibilité et l’impact des actions engagées.
« Notre ambition est claire : maximiser l’impact collectif et éviter la dispersion de nos efforts », a-t-il affirmé.
L’Assemblée plénière permettra notamment de dresser le bilan des activités de 2025, d’évaluer la contribution à l’ambition stratégique décennale, d’identifier les défis en matière de gouvernance et de financement, puis d’adopter les orientations pour 2026.
Le lancement de Cacao Carbon Plus constitue, selon lui, une étape structurante pour améliorer la traçabilité, la crédibilité des données et la valorisation des efforts d’agroforesterie à travers les mécanismes carbone.
Pour Blerta Cela, Représentante résidente du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), cette plateforme est « véritablement stratégique ». Elle organise l’action, aligne les acteurs et renforce la transparence.
Elle a rappelé l’ampleur des enjeux : la Côte d’Ivoire a perdu plus de 80 % de son couvert forestier depuis les années 1960, alors même que le cacao représente environ 15 % du PIB. « La durabilité de la filière n’est pas une option, c’est une priorité nationale », a-t-elle déclaré
Deux pressions majeures s’imposent aujourd’hui, le changement climatique, les exigences du marché international, désormais axées sur la zéro déforestation, la traçabilité et les engagements “net zéro”.
Dans ce contexte, l’agroforesterie constitue une réponse stratégique. Mais sans coordination, a-t-elle prévenu, aucun impact durable n’est possible.
La plateforme, désormais opérationnelle, a déjà permis une meilleure consolidation des données, des progrès en matière de traçabilité et un dialogue plus structuré entre l’État, le secteur privé et les producteurs.
Avec Cacao Carbon Plus, le pays entre dans une nouvelle phase.
« Le marché carbone représente une opportunité majeure. Bien structuré, il peut valoriser les efforts agroforestiers, financer la transition vers une agriculture durable et générer des revenus additionnels pour les producteurs », a expliqué la représentante du PNUD.
Mais elle a insisté sur un point crucial : « Le carbone exige rigueur et intégrité. Sans cadre clair, le risque de fragmentation et de perte d’impact est réel. »
L’initiative prévoit ainsi une gouvernance claire, une cohérence méthodologique, un alignement avec le cadre national et un partage équitable des bénéfices.
Intervenant au nom du Directeur général du Développement rural et du ministre de l’Agriculture, Ernest Attah a dressé un constat lucide de la situation.
La perte du couvert forestier, la dégradation des sols et l’accentuation des effets du changement climatique fragilisent à la fois l’environnement et la stabilité économique et sociale du pays.
« Le cacao n’est plus une simple matière première. Il constitue la principale source de revenus pour plusieurs millions de nos concitoyens », a-t-il rappelé.
Cependant, le modèle de croissance basé sur l’expansion des terres agricoles atteint ses limites. Les marchés internationaux exigent désormais des preuves tangibles du respect des standards environnementaux.
« Nous sommes à un tournant décisif : soit subir ces nouvelles exigences, soit transformer ces contraintes en opportunités stratégiques », a-t-il affirmé.
Il a reconnu que de nombreuses initiatives d’agroforesterie ont vu le jour ces dernières années, mais leur dispersion a parfois limité leur efficacité. D’où la nécessité de passer « d’une juxtaposition de projets à une stratégie nationale coordonnée, structurée et pleinement mesurable ».
L’Assemblée plénière doit ainsi assurer la revue stratégique annuelle de la plateforme et valider les orientations pour l’année à venir.
Les différentes interventions ont convergé vers un même objectif : bâtir une filière café-cacao ivoirienne à la fois compétitive, durable et génératrice de revenus équitables pour les producteurs.
Le succès de cette transformation repose sur un cadre réglementaire clair, un engagement durable du secteur privé, une implication centrale des producteurs, un alignement des financements des partenaires techniques et financiers et une rigueur scientifique garantie par la recherche.
« Le futur de la filière se construit ici. Il se construit ensemble », a conclu Blerta Cela, appelant à faire de la Côte d’Ivoire une référence internationale en matière de cacao durable.
Avec le lancement de Cacao Carbon Plus, la Côte d’Ivoire entend démontrer qu’une agriculture peut être à la fois productive, compétitive et respectueuse de l’environnement et que le carbone peut devenir un véritable moteur de prospérité pour les producteurs.
Wassimagnon
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
