Côte d'Ivoire : Ports ivoiriens, 8000 dockers haussent le ton et menacent de tout paralyser si le SEMPA ne fait rien pour améliorer leur situation socio-professionnelle
La tension monte dans les ports d’Abidjan et de San Pedro. Réunis ce mardi à la Méditech de Treichville, les responsables de la Fédération nationale des dockers de Côte d’Ivoire (FENAD-CI) et de la Fédération syndicale des dockers réunis (FSDR) ont animé une conférence de presse conjointe pour exposer leurs revendications et alerter sur les risques de paralysie du secteur portuaire.
Devant la presse nationale et internationale, les partenaires sociaux et plusieurs responsables syndicaux, les deux faîtières ont affiché une détermination sans équivoque : si leurs préoccupations ne sont pas prises en compte dans un « délai raisonnable », elles « aviseront ».
Prenant la parole au nom des 8 000 dockers ivoiriens, Guéhi Adéhi Ka Pliké, Secrétaire général national de la FENAD-CI, a rappelé qu’une trêve sociale de cinq ans avait été signée en décembre 2024 à Grand-Bassam sous l’égide des autorités portuaires et du ministère de tutelle.
Mais selon lui, depuis ces assises, « aucune initiative patronale sérieuse n’a été engagée pour poursuivre le dialogue sur les dossiers restés en suspens ». Toutes les relances syndicales seraient restées sans réponse.
Les syndicats dénoncent notamment l’attitude du gestionnaire opérationnel du Bureau de la main-d’œuvre dockers (BMOD), accusé de ne pas tenir compte des avis des travailleurs, alors même que la création de cette structure serait historiquement liée aux luttes des dockers.
La principale pomme de discorde reste l’application du décret n°2019-102 du 30 janvier 2019 portant statut particulier des dockers. Selon les syndicats, ce texte fondamental demeure « paralysé » depuis son adoption.
Les revendications s’articulent autour de deux axes majeurs, l'application effective des dispositions du décret, les onze points contenus dans le courrier adressé le 4 février 2026 à la présidente du Conseil d’administration du SEMPA/BMOD.
Parmi ces points figurent notamment, la cogestion de la main-d’œuvre docker avec les manutentionnaires, l’élaboration d’une nouvelle convention collective, la réactivation de la commission permanente chargée des profils de carrière, le paiement rétroactif des indemnités de garantie aux dockers permanents, le paiement des primes de présence aux dockers occasionnels, la réactivation des matricules suspendus, la réhabilitation des sanitaires et la création d’un comité hygiène, santé et sécurité, l’audit de la gestion de l’auto-assurance maladie sur la période 2008-2025, le rétablissement du fonds social.
La menace d’une cogestion imposée
L’un des points les plus sensibles concerne la gestion de la main-d’œuvre docker. Les syndicats revendiquent la mise en place immédiate d’un comité paritaire dockers–manutentionnaires, avant la création à moyen terme d’un bureau de main-d’œuvre cogéré.
Selon Guéhi Adéhi Ka Pliké, le décret de 2019 aurait écarté le SEMPA/BMOD de la gestion directe des dockers au profit d’un organisme concessionnaire, ce qui justifierait aujourd’hui une réforme profonde du système.
« Le docker n’est ni la propriété du SEMPA/BMOD ni celle des entreprises de manutention », a-t-il martelé.
Les syndicats dénoncent également des « faits nouveaux susceptibles de créer un blocage dans les ports » :
L’attribution de nouvelles cartes professionnelles en dehors de tout cadre réglementaire et sans visite médicale préalable, l'affectation de personnels d’encadrement dans les sociétés de manutention en violation des accords paritaires, malgré l’injonction de l’inspection du travail de la zone portuaire de Vridi.
Pour les dockers, ces pratiques alimentent un climat d’incertitude sur l’avenir de leurs carrières.
Autre sujet majeur, la création et l’agrément officiel de la Mutuelle sociale des dockers de Côte d’Ivoire (MUDOCK-CI), désormais immatriculée sous le numéro 1E/0762026/CI par arrêté ministériel du 7 janvier 2026.
Si cette avancée constitue un pas important, les syndicats réclament un audit complet de l’auto-assurance maladie, dont un déficit de 480 millions FCFA avait été révélé en 2012. Ils exigent également une révision de la contribution des manutentionnaires afin de stabiliser le système.
Au fil de la conférence, le ton s’est fait plus ferme. « Les dockers sont fatigués et veulent enfin bénéficier des dispositions de leur décret », a déclaré le SGN de la FENAD-CI.
Toutefois, les organisations syndicales disent privilégier le dialogue. Elles saluent la proposition du Conseil d’administration du SEMPA de mettre en place cinq groupes de travail pour examiner les différents points de revendication, à l’issue d’une rencontre tenue le 26 février 2026.
Mais elles préviennent : ces discussions devront aboutir rapidement.
En conclusion, les faîtières ont lancé un appel au ministre des Transports et des Affaires maritimes afin qu’il prenne les mesures nécessaires pour préserver la paix sociale dans les ports, « poumons de l’économie ivoirienne ».
Car au-delà des revendications corporatistes, c’est toute la chaîne logistique nationale et sous-régionale qui pourrait être impactée en cas de durcissement du mouvement.
Pour l’heure, la balle est dans le camp des autorités et du patronat portuaire. Mais une chose est sûre : les dockers ivoiriens semblent déterminés à ne plus attendre indéfiniment.
Wassimagnon
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