Côte d'Ivoire : Sécurité alimentaire, vers une interdiction de l'importation du riz ? Les précisions de Bruno Koné
Bruno Koné (Ph Koaci)
Nommé à la tête du ministère de l’Agriculture fin janvier, Bruno Nabagné Koné hérite d’un secteur stratégique pour la Côte d’Ivoire, mais confronté à de nombreux défis. Entre crise du cacao, faiblesse du financement agricole et impératif de souveraineté alimentaire, le nouveau ministre entend consolider les acquis tout en accélérant les réformes nécessaires, comme il l’a laissé entendre dans une interview accordée à Jeune Afrique en marge du SIA 2026 à Paris.
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire continue de jouer un rôle clé sur le marché international. Avec le Ghana, le pays représente près de 60 % de l’approvisionnement mondial. Face aux difficultés récentes du secteur, notamment liées à l’écoulement des récoltes, les autorités ont ajusté leur stratégie. La réduction du prix d’achat des fèves et le rachat d’une partie de la production visent à réguler le marché et à soutenir les producteurs. Parallèlement, l’accent est mis sur la transformation locale, avec un objectif de 50 % des fèves transformées sur place d’ici deux ans, contre environ 40 % actuellement.
Le système de commercialisation du cacao, souvent critiqué, reste néanmoins un pilier de la politique agricole ivoirienne. S’il a permis de préserver le pouvoir d’achat des producteurs et de structurer la filière, il fait aujourd’hui l’objet d’une évaluation. Le gouvernement entend analyser ses forces et ses faiblesses avant de décider d’éventuelles évolutions, a laissé entendre le nouveau Ministre de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné.
Au-delà du cacao, la Côte d’Ivoire confirme ses ambitions sur d’autres filières comme l’anacarde et l’hévéa, où elle occupe des positions de premier plan au niveau mondial. L’enjeu reste toutefois le même : renforcer le lien entre production et transformation afin de capter davantage de valeur ajoutée localement. Dans le secteur du coton, le défi est encore plus marqué, avec la nécessité de relancer une industrie textile aujourd’hui vieillissante afin de limiter l’exportation de matière brute.
Mais le principal obstacle demeure le financement du secteur agricole. En Côte d’Ivoire, seulement 6 % des financements accordés aux entreprises sont destinés à l’agriculture. Pour inverser cette tendance, le gouvernement mise sur plusieurs leviers : identification des producteurs, développement de l’assurance agricole et renforcement des capacités du secteur bancaire à comprendre les spécificités agricoles. L’objectif est clair : réduire les risques pour attirer davantage d’investissements.
La question de la souveraineté alimentaire s’impose également comme une priorité. Le pays consomme près de 3 millions de tonnes de riz par an, mais n’en produit qu’environ 1,5 million. Cette dépendance aux importations, qui coûte plus d’un milliard d’euros chaque année, est jugée insoutenable. Pour y remédier, les autorités misent sur l’irrigation, l’amélioration des semences et l’optimisation des techniques de production. L’hypothèse d’une restriction des importations de riz n’est pas exclue, même si elle reste à l’étude.
Enfin, le ministre plaide pour un rééquilibrage du modèle agricole ivoirien en réconciliant cultures de rente et cultures vivrières. Longtemps complémentaires, ces deux approches se sont progressivement dissociées, fragilisant la sécurité alimentaire du pays. Leur réassociation apparaît désormais comme une condition essentielle pour garantir un développement durable du secteur.
Dans un contexte international marqué par la volatilité des prix et les effets du changement climatique, la Côte d’Ivoire entend ainsi renforcer la résilience de son agriculture. Un chantier ambitieux pour Bruno Nabagné Koné, qui devra concilier performance économique, inclusion des producteurs et indépendance alimentaire.
Jean Chresus, Abidjan
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