Côte d'Ivoire : Délestages à répétition, Abidjan révèle les failles du système électrique ivoirien
Depuis le début de l’année, les coupures d’électricité se multiplient à Abidjan, révélant une tension croissante sur le réseau énergétique ivoirien. Cette situation, déjà observée en 2021 et 2024, met en lumière les fragilités structurelles d’un système confronté à une demande en forte hausse.
La capitale économique, moteur du développement du pays, concentre aujourd’hui une part majeure de la consommation énergétique nationale. Portée par une urbanisation accélérée, l’expansion des zones industrielles et une croissance démographique soutenue, la demande en électricité y progresse de 10 % à 14 % chaque année.
Selon des sources du secteur, les infrastructures actuelles peinent à suivre ce rythme. « Nous faisons face à une véritable crise de croissance de la consommation », confie un responsable du secteur énergétique. Les nouvelles zones urbaines et les projets d’infrastructures, comme la rocade Y4, accentuent encore cette pression.
En deux décennies, la Côte d’Ivoire a fait du raccordement à l’électricité une priorité nationale. Le nombre d’abonnés est ainsi passé de 1 à 5 millions, avec environ 500 000 nouveaux raccordements par an. Une politique ambitieuse qui a permis d’améliorer considérablement l’accès à l’énergie, mais qui contribue aujourd’hui à saturer le réseau.
Contrairement à certains pays qui limitent les connexions en attendant de renforcer leurs capacités, les autorités ivoiriennes ont choisi d’élargir rapidement l’accès. Résultat : une demande qui dépasse désormais les capacités de production, de transport et de distribution.
Entre 2011 et 2025, plus de 15 milliards d’euros ont été investis dans le secteur énergétique. La capacité de production est passée de 1 391 à 3 200 mégawatts. Un progrès notable, mais encore loin de l’objectif de 4 000 mégawatts.
Des efforts ont également été réalisés dans le transport et la distribution, avec des milliers de kilomètres de lignes électriques déployés. Malgré cela, les infrastructures restent sous-dimensionnées face à l’explosion de la demande.
Après une crise de rationnement en 2021, puis une flambée des prix en 2023, le pays est désormais confronté à une crise de capacité. Pour de nombreux observateurs, ces difficultés récurrentes traduisent les limites du modèle énergétique actuel.
Certains experts plaident pour une réforme de la gouvernance du secteur, notamment la création d’un ministère exclusivement dédié à l’énergie, aujourd’hui rattachée au portefeuille des Mines et du Pétrole.
Autre point de fragilité, la lente diversification du mix énergétique. Malgré des objectifs ambitieux, les énergies renouvelables ne représentent qu’environ 10 % de la production, loin de la cible de 45 % fixée par les autorités.
Le système reste largement dépendant des centrales thermiques et hydroélectriques, ce qui limite sa résilience face aux variations climatiques et à la hausse de la demande.
Face à une demande appelée à continuer de croître, la Côte d’Ivoire se trouve à un moment charnière. Accélération des investissements, modernisation des infrastructures et transition vers des sources d’énergie plus diversifiées apparaissent désormais indispensables pour éviter une aggravation des délestages.
Wassimagnon
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
