Cameroun : Vice-présidence, Maurice Kamto dénonce une révision aux contours illégaux
Après plusieurs mois d'absence sur la scène médiatique, le président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) a brisé le silence ce jeudi depuis le siège de son parti à Odza-Yaoundé. Maurice Kamto est revenu, lors d'une conférence de presse au ton offensif, sur plusieurs dossiers brûlants de l'actualité politique camerounaise.
Vice-présidence, une réforme jugée anticonstitutionnelle
Sur la question de la vice-présidence l'ancien candidat à la présidentielle a clairement pris position. Sans s'opposer au principe même de la création d'un tel poste, il a fermement contesté les conditions juridiques dans lesquelles la réforme aurait été adoptée.
« Nous n'avons aucun problème à ce qu'un poste de vice-président de la République soit mis en place. Notre problème est qu'il doit être conforme à la Constitution de la République », a-t-il martelé devant les journalistes.
Pour l'universitaire et homme politique, le texte législatif adopté heurterait de plein fouet l'article 64 de la Constitution camerounaise - une disposition communément qualifiée de clause d'intangibilité, qui interdit toute révision constitutionnelle susceptible de porter atteinte à la forme républicaine de l'État, à son unité, à son intégrité territoriale ou aux fondements démocratiques du pays.
Atanga Nji dans le viseur
Kamto n'a pas manqué de s'en prendre au ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, qu'il a interpellé avec une pointe d'ironie. Il a rappelé qu'une réunion aurait été tenue avec les gouverneurs de région, lors de laquelle des extraits vidéo de ses propres déclarations auraient été diffusés -notamment celle où il reconnaissait que le boycott des législatives priverait le MRC d'un candidat à la présidentielle.
« Quelqu'un a organisé une réunion avec les gouverneurs de région, où l'on a projeté une vidéo me concernant, un peu comme on présente la photo d'un bandit dans un commissariat pour demander qu'on le traque », a-t-il lancé, visiblement remonté.
Fort de cet épisode, il a exhorté le ministre à soumettre Paul Biya au même traitement, en lui rappelant ses anciennes déclarations publiques dans lesquelles il affirmait ne pas vouloir de successeur désigné.
« J'aimerais qu'il fasse la même chose avec le président en fonction (…) Il faut aussi lui montrer cette vidéo », a-t-il conclu sur ce point.
Reports électoraux, le RDPC accusé de fuir les urnes
Le leader du MRC a également ciblé le report des élections législatives et municipales, y voyant non pas une contrainte logistique, mais un calcul politique délibéré du RDPC. Selon lui, un chef d'État véritablement sorti victorieux du scrutin présidentiel d'octobre 2025 aurait tout intérêt à capitaliser sur cet élan pour asseoir sa domination au Parlement et dans les collectivités locales.
Ce manque d'empressement, argue-t-il, constitue un double aveu implicite : celui d'une victoire présidentielle contestable, et celui d'une crainte réelle d'une déroute lors des scrutins à venir.
Crise anglophone, Kamto défend le fédéralisme
Interpellé sur son éventuelle responsabilité dans l'escalade de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, Kamto a rejeté catégoriquement ces accusations. Il assure avoir, bien avant l'embrasement, averti les élites concernées de la gravité de la situation, appelant à une mobilisation transpartisane pour contraindre le pouvoir à agir.
Il a rappelé que son boycott des élections de 2020 visait précisément à ne pas marginaliser davantage des populations anglophones incapables de voter dans un contexte sécuritaire délétère. Citant le référendum du 20 mai 1972 -qui avait mis fin à l'État fédéral sous Ahmadou Ahidjo avec l'assentiment des anglophones — il a réitéré son plaidoyer pour un retour au fédéralisme, qu'il présente comme le seul cadre viable pour offrir aux deux régions une autonomie de gestion suffisante et restaurer une paix durable.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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