Côte d'Ivoire : Fête du Travail à Yopougon, la FGTCI appelle à une refondation du monde syndical et à une prise de pouvoir économique des travailleurs
Evariste Koudou Zegbeuh ce vendredi à la place CP1 de Yopougon (Ph Koaci)
À l’occasion de la célébration de la fête du Travail, ce 1er mai à la place CP1 de Yopougon, comme sur place constaté, le secrétaire général de la Fédération Générale des Travailleurs de Côte d'Ivoire (FGTCI), Évariste Koudou Zegbeuh, a livré un discours à la fois historique, revendicatif et prospectif, devant une mobilisation importante de travailleurs venus marquer cette journée dédiée aux luttes sociales.
Dans une intervention mêlant pédagogie et engagement, le responsable syndical a d’abord rappelé les origines du 1er mai, ancrées dans les luttes ouvrières américaines de la fin du XIXe siècle pour la journée de huit heures, notamment les événements tragiques de Chicago en 1886. Il a souligné que cette journée, institutionnalisée en 1889 par la Deuxième Internationale socialiste, reste aujourd’hui un symbole fort de revendication et de mémoire collective des travailleurs à travers le monde. En Côte d’Ivoire, a-t-il rappelé, cette célébration s’inscrit dans un héritage colonial, mais conserve toute sa pertinence dans un contexte marqué par des défis sociaux persistants.
Au-delà du rappel historique, Évariste Koudou Zegbeuh a mis en avant les quatre fonctions essentielles du 1er mai : célébrer les acquis sociaux, revendiquer de meilleures conditions de travail, renforcer la solidarité entre travailleurs et dénoncer les injustices sociales, notamment la cherté de la vie. Dans ce sens, il a reconnu certains efforts consentis par l’État ivoirien, notamment dans le secteur public, tout en soulignant que de nombreuses attentes restent insatisfaites.
Le diagnostic dressé par la FGTCI est sans complaisance. Dans le secteur privé, présenté comme moteur du développement économique, les travailleurs continuent de faire face à des réalités difficiles : absence de dialogue social, impossibilité de porter des revendications, harcèlement, licenciements abusifs et procédures judiciaires longues et coûteuses. Le secrétaire général a également dénoncé un système de calcul des droits des travailleurs jugé obsolète, resté inchangé depuis les indépendances malgré l’évolution du coût de la vie.
Par ailleurs, plusieurs dysfonctionnements structurels ont été pointés, notamment les obstacles à l’organisation des élections de délégués du personnel dans certaines entreprises, pourtant prévues par la loi, ainsi que la prolifération des cabinets de placement. Selon lui, cette externalisation des contrats fragilise davantage les travailleurs, en affectant leur ancienneté et en limitant leur accès direct aux employeurs.
Face à ces défis, la FGTCI propose une série de réformes ambitieuses. Parmi elles, la création d’un parlement syndical visant à fédérer les différentes organisations autour de la défense des droits des travailleurs, la mise en place d’une université syndicale pour renforcer la formation et la connaissance des droits, ainsi que la création d’un Observatoire du monde du travail. Cet organe de veille, doté notamment d’un numéro vert, permettrait de recenser et de traiter efficacement les abus et difficultés rencontrés par les travailleurs sur l’ensemble du territoire.
Mais au-delà des revendications classiques, le discours a pris une tournure résolument offensive sur le plan économique. Le secrétaire général a appelé les travailleurs à sortir d’une posture de dépendance vis-à-vis des employeurs et des investisseurs, en s’engageant dans une dynamique de création de richesses. Il a évoqué la possibilité de créer une banque des travailleurs ou encore d’investir collectivement dans des entreprises, soulignant que la force numérique et l’expertise des travailleurs ivoiriens constituent un levier puissant encore sous-exploité.
« Nous sommes le moteur de l’économie, mais nous n’en profitons pas », a-t-il martelé, appelant à une prise de conscience collective et à une organisation stratégique pour faire des travailleurs des acteurs incontournables du développement économique.
Ce discours, à la fois critique et porteur de perspectives, s’inscrit dans une volonté claire de repositionner le syndicalisme ivoirien non seulement comme un outil de revendication sociale, mais aussi comme un acteur économique capable d’impulser des transformations structurelles.
À Yopougon, en ce 1er mai, la FGTCI aura ainsi lancé un appel à l’unité, à la formation et à l’audace économique, dans un contexte où les attentes des travailleurs restent fortes.
Jean Chresus, Abidjan
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