Côte d'Ivoire : Fête du travail, la CISL-Dignité appelle à des réformes urgentes pour protéger les travailleurs ivoiriens
David Bli Blé devant la presse (Ph Koaci)
À l’occasion de la célébration de la Fête du Travail, la Confédération ivoirienne des syndicats libres (CISL-Dignité) a réuni ses membres, partenaires et représentants institutionnels à son siège de Cocody pour porter un message fort en faveur de l’amélioration des conditions de travail en Côte d’Ivoire. Entre plaidoyer pour un environnement professionnel plus sûr et dénonciation des difficultés socio-économiques persistantes, les responsables syndicaux ont dressé un tableau sans concession de la situation actuelle.
Prenant la parole au nom des femmes de la centrale, Kobri Gisèle a insisté sur l’urgence de renforcer la lutte contre les violences en milieu professionnel. Elle a notamment appelé l’État ivoirien à ratifier sans délai la Convention n°190 de l'OIT, adoptée en 2019, qui vise à instaurer des normes internationales pour éradiquer les violences et le harcèlement liés au travail. Si elle a reconnu les avancées juridiques réalisées ces dernières années, notamment la loi de 2021 sur les violences domestiques et sexuelles, elle a estimé que les dispositifs actuels restent insuffisants pour protéger efficacement les travailleurs dans leurs lieux d’activité. Elle a ainsi plaidé pour des actions concrètes, telles que la formation obligatoire en entreprise, la mise en place de mécanismes d’écoute anonymes et un accompagnement renforcé des victimes.
Au-delà de cette question, la CISL-Dignité a élargi son message aux multiples difficultés auxquelles sont confrontés les travailleurs ivoiriens. Dans son intervention, le secrétaire général David Bli Blé a évoqué des préoccupations majeures touchant directement le quotidien des populations. Il a notamment dénoncé les pénuries récurrentes d’eau potable, les coupures fréquentes d’électricité et la hausse continue du coût de la vie, qui fragilisent les ménages et les entreprises. Selon lui, ces réalités contrastent fortement avec les promesses d’amélioration régulièrement annoncées.
Le responsable syndical a également mis en lumière les insuffisances du système de protection sociale, en particulier la mise en œuvre encore limitée de la couverture maladie universelle. Il a regretté que de nombreux travailleurs continuent de supporter seuls des frais de santé élevés, tout en appelant à une amélioration concrète de la qualité des prestations. La question des salaires a également été au cœur des préoccupations, avec un appel à une revalorisation plus significative du SMIG et du SMAG afin de mieux répondre aux exigences du coût de la vie.
Par ailleurs, la CISL-Dignité a attiré l’attention sur d’autres enjeux sensibles, notamment le coût élevé des loyers, les attentes des enseignants concernant la prime d’incitation, ainsi que les difficultés rencontrées dans le système de bourses scolaires. L’organisation a aussi exprimé ses inquiétudes face à certaines pratiques de multinationales jugées déloyales vis-à-vis des petits acteurs économiques, tout en dénonçant des irrégularités dans le processus électoral de la mutuelle des fonctionnaires.
Face à cet ensemble de défis, la centrale syndicale a formulé plusieurs recommandations, allant du renforcement des investissements dans les infrastructures de base à une meilleure régulation des marchés, en passant par des réformes institutionnelles et sociales. Elle a surtout insisté sur la nécessité d’un dialogue social sincère entre l’État, les employeurs et les organisations syndicales pour parvenir à des solutions durables.
En cette journée symbolique dédiée aux travailleurs, la CISL-Dignité a lancé un appel à l’unité et à la mobilisation collective, estimant que seule une action concertée permettra de garantir la dignité, la sécurité et de meilleures conditions de vie pour l’ensemble des travailleurs ivoiriens.
Jean Chresus, Abidjan
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