Côte d'Ivoire : Sidi Tiémoko Touré prévient : « Les ressources naturelles sans capital humain ne sont que de la matière brute »
Le 7e Club prospectives du CEP ouvre le débat sur l’avenir des ressources extractives ivoiriennes. La Côte d’Ivoire doit-elle répéter les erreurs des pays
riches en ressources naturelles ou transformer ses nouvelles découvertes pétrolières, gazières et minières en moteur durable de développement ? C’est autour de cette interrogation majeure que s’est tenue, jeudi 7 mai 2026, à l’hôtel Tiama au Plateau, la 7e édition du Club prospectives du Centre d’études prospectives (CEP).
Placée sous le thème : « Pétrole, gaz et mines : quelle gouvernance pour en faire un levier de développement durable ? », cette rencontre stratégique a réuni experts, décideurs publics, diplomates, universitaires et représentants d’organisations internationales autour des enjeux liés à l’exploitation des ressources extractives ivoiriennes.
Parmi les personnalités présentes figuraient notamment Alain-Richard Donwahi, président de la COP15 et cofondateur du CEP, Jean-Jacques Konadjé, conseiller spécial du vice-Premier ministre chargé de la Défense, Blé Guirao, vice-président du CESEC, la coordonnatrice résidente des Nations unies en Côte d’Ivoire, ainsi que John Marshall, ambassadeur du Royaume-Uni.
Sidi Tiémoko Touré : « Les ressources naturelles sans capital humain ne sont que de la matière brute »
À la clôture des travaux, le président du CEP, Sidi Tiémoko Touré, également ministre des Ressources animales et halieutiques, s’est félicité de l’engouement suscité par cette édition.
Selon lui, la Côte d’Ivoire se trouve à un tournant historique avec les importantes découvertes énergétiques et minières enregistrées ces dernières années. « La Côte d’Ivoire est à l’aube d’une manne extractive sans précédent dans son histoire récente », a-t-il déclaré.
Pour le ministre, la véritable question n’est plus celle des découvertes, mais celle de leur utilisation au bénéfice des générations futures, notamment de la jeunesse. « Les ressources naturelles, sans capital humain, ne sont que de la matière brute », a insisté Sidi Tiémoko Touré.
Il a souligné que la prospérité des nations dépend moins de leurs richesses naturelles que de leur capacité à investir dans leurs populations.
« La différence entre une nation qui prospère et une nation qui s’appauvrit par ses propres richesses tient souvent à une seule décision : investir ou non dans ses hommes et ses femmes », a-t-il soutenu.
Au cœur des échanges, l’éducation est apparue comme le principal levier de transformation durable des revenus issus du pétrole, du gaz et des mines.
Cofondateur du CEP, Alain-Richard Donwahi a plaidé pour une orientation significative des revenus extractifs vers le système éducatif ivoirien, allant de l’enseignement technique à la recherche scientifique.
« L’éducation est le socle de toute transformation économique à long terme », a-t-il affirmé.
Pour l’ancien ministre des Eaux et Forêts, investir dans le capital humain constitue la meilleure garantie contre la dépendance future aux matières premières.
« Lorsque viendra l’épuisement progressif des gisements, ce qui restera de notre prospérité ne sera pas la rente, mais l’intelligence, la compétence et la créativité de nos filles et de nos fils », a-t-il déclaré.
Alain-Richard Donwahi a également insisté sur la nécessité de préparer les jeunes Ivoiriens aux métiers hautement qualifiés des industries extractives afin d’éviter une dépendance excessive à l’expertise étrangère.
Les discussions ont également permis d’analyser plusieurs modèles internationaux de gestion des ressources naturelles, notamment ceux de la Norvège, du Qatar, de Singapour et de l’Iran.
Intervenant lors du panel, Dr Bangali N’Goran a recommandé à la Côte d’Ivoire d’adopter une approche hybride inspirée à la fois du modèle technologique singapourien et du système démocratique norvégien.
« L’économie du savoir doit devenir notre priorité, car sa matière première est la matière grise », a-t-il souligné.
Le Pr Moritié Camara, pour sa part, a évoqué l’exemple iranien, mettant en avant les investissements massifs réalisés dans l’éducation et l’alphabétisation.
« Ces découvertes doivent avant tout profiter aux enfants ivoiriens », a-t-il indiqué.
La question de la souveraineté des compétences a également occupé une place importante dans les débats.
Dr Sylvain N’Guessan a estimé qu’il ne suffisait pas de multiplier les diplômes, mais qu’il fallait surtout renforcer la qualité de la formation locale.
« Il faut que les formateurs viennent former en Côte d’Ivoire au lieu que les jeunes partent systématiquement à l’extérieur », a-t-il déclaré.
Le panéliste a également appelé à investir davantage dans des secteurs stratégiques tels que la défense et l’alimentation. « La souveraineté est un résultat, ce n’est pas une idéologie », a-t-il martelé.
Conseiller technique au ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Ambroise Gnamien a présenté les perspectives liées aux découvertes récentes, estimant que « le potentiel est vraiment énorme ».
Mais pour lui, ces richesses ne doivent pas être perçues comme une finalité.
« Le sous-sol doit financer ce qui va survivre au sous-sol », a-t-il résumé.
Modérateur du panel, Magloire N’Dehi, chef du Bureau gouvernance du PNUD, a quant à lui invité les participants à réfléchir à la meilleure manière de transformer ces ressources en opportunités durables pour les populations.
Au terme des travaux, les organisateurs ont annoncé que cette 7e édition du Club prospectives du CEP débouchera sur des recommandations destinées à renforcer la gouvernance des ressources énergétiques et minières en Côte d’Ivoire.
Dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et la compétition autour des ressources stratégiques, les participants ont unanimement insisté sur l’urgence d’investir dans le capital humain afin d’éviter le piège de la dépendance extractive.
Pour les experts réunis à Abidjan, la richesse véritable de la Côte d’Ivoire ne réside pas uniquement dans son sous-sol, mais surtout dans sa capacité à préparer sa jeunesse aux défis économiques et technologiques de demain.
Wassimagnon
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