Côte d'Ivoire : Journée Internationale des Infirmières 2026, les infirmiers ivoiriens brisent le silence et réclament une réforme profonde de leur statut
À l’occasion de la Journée Internationale des Infirmières célébrée ce 12 mai 2026, les professionnels infirmiers de Côte d’Ivoire ont choisi de transformer cette date symbolique en un moment de vérité. Réunis face à la presse à l’initiative du Syndicat des Infirmiers et Infirmières Diplômés d’État de Côte d’Ivoire (SIIDE-CI), ils ont dressé un constat préoccupant de leur réalité professionnelle, tout en lançant un appel pressant aux autorités pour une meilleure reconnaissance de leur rôle au sein du système sanitaire ivoirien.
Loin des célébrations habituelles observées dans plusieurs pays, les représentants des infirmiers ivoiriens ont estimé que le contexte national ne se prête pas aux festivités, préférant mettre en lumière les difficultés persistantes auxquelles fait face une profession qu’ils considèrent comme essentielle mais insuffisamment valorisée. Selon eux, malgré certains efforts entrepris dans le secteur de la santé, les avancées restent largement insuffisantes face aux responsabilités assumées quotidiennement par les infirmiers et infirmières.
Au cœur des préoccupations exprimées figure la question du statut professionnel. Les responsables syndicaux dénoncent une inadéquation entre les missions actuelles des infirmiers diplômés d’État et leur position administrative au sein de la fonction publique. Ils rappellent qu’aujourd’hui, les infirmiers jouent un rôle déterminant dans la prise en charge des patients, notamment à travers les soins spécialisés, les décisions d’urgence et le suivi médical de proximité, sans que cette réalité ne soit pleinement reconnue dans les textes qui régissent leur carrière.
Pour le SIIDE-CI, la création d’un statut particulier adapté aux professionnels infirmiers constitue désormais une nécessité. Cette revendication vise notamment la mise en place d’un corps spécifique au sein de la fonction publique, avec une grille salariale mieux adaptée aux qualifications, aux responsabilités et aux contraintes du métier. Le syndicat réclame également une meilleure prise en compte de la pénibilité du travail, à travers des mécanismes d’avancement plus cohérents et des dispositions spécifiques liées à la retraite.
Les infirmiers appellent aussi à une revalorisation des revenus, estimant que les rémunérations actuelles ne reflètent ni les risques encourus ni le niveau de technicité exigé dans l’exercice quotidien de leur profession. Ils plaident pour des primes adaptées aux réalités du terrain, particulièrement dans les zones difficiles d’accès, les services d’urgence et les établissements à forte pression médicale.
La question de la formation continue a également occupé une place centrale dans les échanges. Face à l’évolution constante des techniques médicales et des exigences sanitaires, les professionnels souhaitent un programme national structuré, accessible à tous et financé durablement afin de renforcer les compétences du personnel infirmier sur l’ensemble du territoire.
Au-delà des revendications institutionnelles, le syndicat a dressé un tableau alarmant des conditions de travail dans plusieurs structures sanitaires du pays. Il évoque une surcharge chronique du personnel, des insuffisances récurrentes en équipements médicaux, des ruptures de matériel de protection et, parfois, un manque de ressources aussi essentielles que l’eau ou l’électricité dans certains centres de santé. À cela s’ajoutent des violences verbales ou physiques de plus en plus fréquentes à l’encontre des soignants, ainsi qu’une absence de protection juridique jugée suffisante dans l’exercice de leurs fonctions.
S’appuyant sur les données du Rapport Annuel de la Situation Sanitaire 2024, les responsables syndicaux rappellent que plus de 17 000 infirmiers diplômés d’État exercent actuellement dans le secteur public ivoirien. Pourtant, selon eux, nombre de ces professionnels travaillent dans un contexte d’épuisement permanent, avec parfois entre 25 et 40 patients à prendre en charge quotidiennement dans des conditions souvent précaires.
À travers cette déclaration, les infirmiers ivoiriens ont interpellé les autorités gouvernementales, notamment les ministères de la Santé et de la Fonction publique, les invitant à engager des réformes structurelles en faveur de ceux qu’ils qualifient de « colonne vertébrale » du système sanitaire national. Ils ont également sollicité le soutien des partenaires techniques et financiers afin que l’investissement dans la santé ne se limite pas aux infrastructures, mais prenne davantage en compte les ressources humaines.
En clôturant leur intervention, les représentants du SIIDE-CI ont réaffirmé leur attachement au dialogue et aux négociations, tout en prévenant que la patience des professionnels ne saurait être éternelle. Pour eux, la Journée Internationale des Infirmières doit désormais devenir un moment d’évaluation concrète des progrès réalisés en faveur de la profession et non une simple célébration symbolique.
Jean Chresus, Abidjan
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