Côte d'Ivoire : Gbêkê, les chefs Gblo au Ministre Assahoré, « Un décret ne donne pas le droit de violer les us et coutumes »
Les chefs Gblo lors de la lecture de leur motion à Diabo (ph KOACI)
Au lendemain du communiqué du Ministre Assahoré Konan Jacques, les chefs de villages, de tribus et de cantons de Diabo et Languibonou sortent du silence. Dans un droit de réponse cinglant daté de ce samedi 06 juin 2026, ils dénoncent « des ingérences » et rappellent au Ministre que « la nomination par décret ne donne pas le droit de violer les us et coutumes ».
La situation au niveau de la chefferie semble préoccupante dans le Gbêkê. 48 heures après le communiqué du Ministre des Eaux et Forêts Assahoré Konan Jacques appelant au calme et au respect, les chefs traditionnels de Diabo et Languibonou lui répondent point par point. Leur droit de réponse, rendu public ce samedi, accuse à demi-mot le Ministre de couvrir des « agissements qui divisent ».
Tout part de la motion de protestation des chefs de cantons, de tribus et de villages de Diabo-Languibonou contre Nanan N’Goran Koffi II. En réaction, le Ministre Assahoré Konan Jacques, par ailleurs député de Diabo-Languibonou et Président du Conseil régional de Gbêkê, avait publié un communiqué le jeudi 04 juin 2026. Il y appelait à « l’unité », au « dialogue » et dénonçait des propos qu’il jugeait irrespectueux sur les réseaux sociaux.
Dans leur droit de réponse dont KOACI a reçu copie, les chefs Gblo rejettent en bloc les critiques du Ministre. « Nous n’avons adressé aucune injure ni manqué de respect à qui que ce soit », affirment-ils. Leur déclaration, disent-ils, est « une dénonciation d’actes posés, appuyée sur des faits précis et sur l’article 8 de la loi organique n°2020-942 du 25 novembre 2020 ». Cet article, martèlent-ils, « reconnaît à chaque canton la souveraineté dans la désignation de ses Chefs ». Pour eux, alerter la Chambre Nationale quand ces règles sont violées « relève de notre responsabilité coutumière, non d’un manque de respect encore moins d’un manque de sagesse ».
Les chefs s’attaquent directement à la posture du ministre. « La nomination par décret présidentiel confère une responsabilité, mais elle ne donne pas le droit de violer les us et coutumes ni de s’immiscer dans les affaires internes d’autres cantons », écrivent-ils. Ils rappellent que le représentant régional de la Chambre « doit être le garant du respect des textes et des traditions, pour tous les cantons du Gbêkê, sans exception ». Dénoncer ses agissements, insistent-ils, est « tout à fait légal et légitime ».
Face aux accusations d’avoir exposé le différend sur les réseaux sociaux, les chefs se défendent, faisant savoir que « Nous avons d’abord privilégié le dialogue ». Une délégation a rencontré les parents de Nanan N’Goran Koffi II dans son village, ont-ils rappellé. « Faute d’écoute et devant la persistance des ingérences », ils ont saisi la Chambre Nationale par écrit. « Les réseaux sociaux ne sont que l’écho de notre désespoir face à l’inaction », justifient-ils, citant un adage : « Quand la maison brûle, on crie pour alerter le village ».
Si les chefs disent partager « l’appel à l’unité et à la paix lancé par le Ministre », ils posent leurs conditions. « L’unité se construit sur le respect des règles, la justice et la vérité. On ne préserve pas la cohésion en étouffant les voix de ceux qui subissent l’injustice », tranchent-ils. Ils demandent au Ministre Assahoré Konan Jacques, « fils Gblo comme nous », de se faire « l’avocat du dialogue et du respect de l’article 8, plutôt que de défendre des agissements qui divisent ».
Malgré la fermeté du ton, les chefs se disent « ouverts à toute concertation, sous l’égide des autorités administratives et de la Chambre Nationale ». L'objectif est de régler le différend « selon les voies de la sagesse qui ont toujours caractérisé le peuple Gblo ».
Le droit de réponse est signé par Nanan Houphouet Kouadio Célestin, chef de Saya et vice-président du Collectif des chefs de villages, porte-parole des chefs de Diabo et Languibonou. La balle est désormais dans le camp du ministre Assahoré. Ce nouveau rebondissement montre que la crise de chefferie dans le Gbêkê est loin d’être terminée.
Jean Chresus, Abidjan
Ci-dessous le Droit de réponse
DROIT DE RÉPONSE DES CHEFS DE TRIBUS, DE VILLAGES ET DE CANTONS DE DIABO ET LANGUIBONOU
Suite au communiqué du Ministre Jacques Assahoré KONAN, Ministre des eaux et forêts, Député de Diabo et Languibonou, Président du Conseil Régional de Gbêkê en date du jeudi 04 juin 2026 relatif à la motion de protestation des chefs de Cantons, de Tribus et de villages de Diabo-Languibonou,
Nous, Chefs de Village, Chefs de Tribus et Chefs de Cantons de Diabo et de Languibonou, avons pris connaissance du communiqué de Monsieur Jacques Assahoré Konan, Ministre des Eaux et Forêts, Député de Diabo-Languibonou, Président du Conseil Régional du Gbêkê.
Par respect pour la vérité et pour nos us et coutumes, nous apportons les précisions suivantes :
1. Sur la forme de notre démarche
Nous n’avons adressé aucune injure ni manqué de respect à qui que ce soit. Notre déclaration est une dénonciation d’actes posés, appuyée sur des faits précis et sur l’article 8 de la loi organique n°2020-942 du 25 novembre 2020. La loi reconnaît à chaque canton la souveraineté dans la désignation de ses Chefs. Alerter la Chambre Nationale et l’opinion quand ces règles sont violées relève de notre responsabilité coutumière, non d’un manque de respect encore moins d’un manque de sagesse.
2. Sur la légalité et la légitimité
La nomination par décret présidentiel confère une responsabilité, mais elle ne donne pas le droit de violer les us et coutumes ni de s’immiscer dans les affaires internes d’autres cantons. Le représentant régional de la Chambre doit être le garant du respect des textes et des traditions, pour tous les cantons du Gbêkê, sans exception et dénoncer ses agissements est tout à fait légal et légitime.
3. Sur le canal utilisé
Nous avons d’abord privilégié le dialogue. Une délégation des cantons de Diabo et de Languibonou a rencontré les parents de Nanan N’Goran Koffi II dans son village pour l’interpeller sur les conséquences de ses actes. Faute d’écoute et devant la persistance des ingérences, nous avons saisi par écrit la Chambre Nationale pour le dénoncer. Les réseaux sociaux ne sont que l’écho de notre désespoir face à l’inaction. Nos ancêtres disaient : "Quand la maison brûle, on crie pour alerter le village".
4. Sur l’unité du Gbêkê
Nous partageons l’appel à l’unité et à la paix lancé par le Ministre. Mais l’unité se construit sur le respect des règles, la justice et la vérité. On ne préserve pas la cohésion en étouffant les voix de ceux qui subissent l’injustice. On la préserve en ramenant chacun au respect de la loi et de la coutume. Et justement ceux qui subissent l’injustice n’ont pas perdu la raison afin de leur demander de revenir à la raison en privilégiant les voies de concertation de dialogue et de sagesse.
CONCLUSION
Nous réaffirmons notre attachement à la République, à nos institutions et à la paix. Nous demandons au Ministre, fils Gblo comme nous, de se faire l’avocat du dialogue et du respect de l’article 8, plutôt que de défendre des agissements qui divisent.
Nous restons ouverts à toute concertation, sous l’égide des autorités administratives et de la Chambre Nationale, pour régler ce différend selon les voies de la sagesse qui ont toujours caractérisé le peuple Gblo.
Fait à Diabo, le samedi 06 juin 2026
Pour les Chefs de Villages et de Cantons de Diabo et de Languibonou
Le porte-parole
Nanan HOUPHOUET Kouadio Célestin, Chef de Saya Vice-président du Collectif des chefs de villages.
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
