Côte d'Ivoire : Une grève de la police maritime tourne à l'affrontement, des agents arrêtés
Grève à la police maritime (Ph Koaci)
La crise qui opposait depuis plusieurs semaines les agents des affaires maritimes à leur hiérarchie a franchi un nouveau cap ce lundi 8 juin à Abidjan. Alors que le Syndicat agir pour le bien-être des agents des affaires maritimes (Synabepam) avait maintenu son mot d'ordre de grève pour exiger la satisfaction de plusieurs revendications, les autorités ont choisi la fermeté en déployant un important dispositif sécuritaire pour empêcher la mobilisation.
Dès les premières heures de la journée, policiers et gendarmes ont investi plusieurs sites stratégiques afin de contenir le mouvement. Selon le Synabepam, cette intervention s'est traduite par l'interpellation d'une vingtaine d'agents. Plusieurs d'entre eux seraient actuellement détenus à la préfecture de police ainsi qu'au camp d'Agban. Le syndicat affirme également que la quasi-totalité des membres de son bureau exécutif national a été arrêtée, à l'exception de son secrétaire général.
À l'origine de cette confrontation figure une question que les agents considèrent comme une injustice persistante. Ils dénoncent le non-respect d'un décret présidentiel relatif aux indemnités de logement. D'après le Synabepam, le texte signé par le président Alassane Ouattara prévoit une allocation mensuelle de 110 000 francs CFA. Or, les agents concernés soutiennent qu'ils ne perçoivent que 70 000 francs CFA. Le syndicat réclame en outre une revalorisation des primes spécifiques à leur corps ainsi qu'un alignement de leurs avantages sur ceux accordés aux autres forces paramilitaires du pays.
Avant d'en arriver à cette épreuve de force, plusieurs tentatives de médiation avaient pourtant été engagées. Une première rencontre avec le directeur général des affaires maritimes, le 23 avril, n'avait débouché sur aucune proposition concrète. Les responsables syndicaux ont ensuite été reçus par l'inspecteur général du ministère des Transports, puis par le ministre délégué chargé des Affaires maritimes, Dr Serey Doh Célestin, qui avait annoncé la mise en place d'un comité paritaire chargé d'examiner les revendications.
Les réunions de ce comité, tenues les 4 et 7 mai sous la présidence du colonel Assoumou, n'ont cependant pas permis de trouver un terrain d'entente. Estimant que le rapport final ne reflétait pas fidèlement les discussions et favorisait davantage l'administration que les agents, le Synabepam a refusé d'y apposer sa signature.
Le climat s'est davantage détérioré à partir de la mi-mai. Convoqués au cabinet du ministre délégué, les dirigeants syndicaux disent avoir subi des pressions visant à les contraindre à valider les conclusions contestées. Une situation qui a fini par rompre la confiance entre les deux parties.
La veille du déclenchement de la grève, une ultime tentative de conciliation s'est tenue au cabinet du ministère des Transports, à l'immeuble Postel 2001 au Plateau. Mais en l'absence d'engagements financiers précis répondant aux principales revendications, le Synabepam a décidé de maintenir son mouvement.
La journée du 8 juin marque ainsi un tournant dans ce conflit social. Entre revendications salariales, accusations de promesses non tenues et réponse sécuritaire des autorités, le différend entre la police maritime et l'État s'est transformé en véritable bras de fer, dont l'issue demeure incertaine.
Jean Chresus, Abidjan
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