Côte d'Ivoire : Lutte contre la corruption, Abidjan se dote d'un arsenal juridique en faveur des lanceurs d'alerte
Considérés comme des acteurs essentiels de la transparence publique, les lanceurs d’alerte pourraient bientôt bénéficier d’une protection juridique spécifique en Côte d’Ivoire. Réunis à Grand-Bassam du 15 au 17 juin 2026, les participants à l’atelier national de validation de l’avant-projet de loi examinent les contours d’un dispositif appelé à renforcer la lutte contre la corruption et à consolider la confiance entre les citoyens et les institutions.
La Côte d’Ivoire est en passe de renforcer considérablement son arsenal de lutte contre la corruption.
Les représentants des institutions de la République, experts nationaux et internationaux, membres de la société civile et partenaires techniques examinent l’avant-projet de loi relatif à la protection des lanceurs d’alerte, un texte présenté comme une avancée majeure pour la transparence et la bonne gouvernance.
L’ouverture officielle de cet atelier national de validation a été marquée par l’intervention du président de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG), Zoro Bi Ballo Épiphane, qui a salué la forte mobilisation des acteurs impliqués dans cette réforme stratégique.
Pour le président de la HABG, l’adoption d’un cadre juridique spécifique destiné à protéger les lanceurs d’alerte constitue une étape décisive dans le renforcement du dispositif national de prévention et de lutte contre la corruption.
« La Côte d’Ivoire dispose déjà de plusieurs mécanismes de signalement au sein des administrations publiques et du secteur privé. Ce qui nous est demandé aujourd’hui, c’est de renforcer la protection juridique de celles et ceux qui utilisent ces mécanismes afin d’en garantir l’efficacité », a déclaré Zoro Bi Ballo.
Selon lui, l’absence d’un dispositif spécifique constitue encore une faiblesse régulièrement relevée par les organismes internationaux d’évaluation de la gouvernance et de la transparence.
Le président de la HABG a rappelé que cette initiative s’inscrit dans la vision du Président de la République, Alassane Ouattara, qui a fait de la bonne gouvernance, de la transparence et de la lutte contre la corruption des piliers majeurs de l’action publique.
« La vision portée par le Chef de l’État se traduit par des réformes institutionnelles et législatives ambitieuses. Cette loi permettra à notre pays de respecter ses engagements internationaux tout en consolidant la confiance entre les citoyens et les institutions publiques », a-t-il souligné.
Il a également insisté sur l’alignement du futur texte avec les standards internationaux, notamment ceux des Nations unies, de l’Union africaine et de la CEDEAO.
Au cœur du projet figure la création d’un statut juridique clair du lanceur d’alerte. Le texte prévoit notamment des garanties de confidentialité, une protection contre les représailles professionnelles ou administratives ainsi qu’un encadrement rigoureux des procédures de signalement.
« Il ne s’agit pas d’encourager les dénonciations abusives ou les accusations sans fondement. Il s’agit d’encadrer les alertes dans un cadre légal précis afin de protéger ceux qui agissent dans l’intérêt général », a expliqué Zoro Bi Ballo.
Pour lui, les lanceurs d’alerte constituent un maillon essentiel de la chaîne de l’intégrité publique et jouent un rôle déterminant dans la prévention des actes de corruption.
Juriste en droit et éthique des affaires, Marie Paule Ahoussou a souligné l’importance de cette réforme qui vient combler un vide juridique.
« Le futur dispositif offrira un cadre de signalement sécurisé permettant aux citoyens, aux fonctionnaires, aux acteurs du privé et aux professionnels des médias de signaler des faits portant atteinte à l’intérêt général sans craindre des représailles », a-t-elle expliqué.
Selon l’experte, cette réforme répond également aux standards internationaux en matière de gouvernance et contribuera à renforcer la participation citoyenne dans la lutte contre la corruption.
Au terme de trois jours de travaux, les participants devront valider un avant-projet de loi qui pourrait marquer un tournant décisif dans la consolidation de l’État de droit en Côte d’Ivoire et dans la promotion d’une gouvernance plus transparente, responsable et inclusive.
Jean Chresus, Abidjan
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