Côte d'Ivoire : Kouto, la bataille pour les terres de Gbinni vire à la violence, plusieurs personnes blessées
Un blessé (Ph Koaci)
Le conflit foncier qui oppose depuis plusieurs années les communautés de Kouto et de Samogossoba a franchi un nouveau seuil de gravité. Dimanche 21 juin 2026, des affrontements particulièrement violents ont éclaté autour de terres agricoles situées dans la zone du lac de Gbinni, faisant plusieurs blessés et ravivant les inquiétudes quant à une détérioration du climat social dans cette partie du département de Kouto.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, les incidents seraient partis d’une intervention menée dans une parcelle exploitée par des cultivateurs de Samogossoba. Ce qui n’était au départ qu’un nouvel épisode d’un différend ancien autour de l’occupation des terres s’est rapidement transformé en confrontation ouverte entre les deux communautés.
Au cours des heurts, plusieurs personnes auraient été atteintes à l’aide d’armes blanches et de gourdins. Des victimes ont été enregistrées dans les rangs des habitants de Samogossoba, certaines souffrant de blessures sérieuses et de fractures nécessitant une prise en charge médicale.
À l’origine de cette crise se trouve la question du contrôle des terres entourant le lac de Gbinni, une zone agricole stratégique pour les populations locales. D’après les récits des anciens et des détenteurs des droits coutumiers, cet espace aurait longtemps été exploité de manière consensuelle par les habitants de Kouto et de Samogossoba, avec l’accord de la famille Samalah, reconnue comme propriétaire traditionnelle des lieux.
Mais cet équilibre s’est progressivement fissuré. Depuis 2024, des revendications concurrentes sur la propriété des terres ont exacerbé les tensions entre les deux localités. Les accusations de destruction de cultures, les contestations des limites foncières et les différends autour des droits d’exploitation se sont multipliés malgré les tentatives de médiation engagées par les autorités administratives.
Face à la persistance du conflit, les populations de Samogossoba ont porté l’affaire devant la justice après avoir dénoncé des pertes importantes dans leurs exploitations agricoles. Le dossier est actuellement examiné par le tribunal de Boundiali, saisi pour trancher ce litige devenu l’un des plus sensibles de la région.
Cette nouvelle explosion de violence rappelle une fois de plus la fragilité de la paix sociale dans les zones où les droits coutumiers et les règles modernes de propriété foncière s’entrecroisent. Dans plusieurs régions du pays, la terre demeure un enjeu économique et identitaire majeur, susceptible de provoquer des affrontements lorsque les mécanismes de règlement des différends peinent à produire des solutions durables.
Jean Chresus, Abidjan
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