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Cameroun : Oswald Baboke, ce que KOACI en sait après investigation, autopsie d'un lynchage médiatique annoncé
 

Cameroun : Oswald Baboke, ce que KOACI en sait après investigation, autopsie d'un lynchage médiatique annoncé

 
 
 
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© Koaci.com - jeudi 02 juillet 2026 - 10:28

Oswald Baboke (Ph)


Il a suffi d’un article. Un seul. Signé Jeune Afrique, le 26 juin, affirmant qu’Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil de la Présidence, avait été auditionné par le Tribunal criminel spécial. Deux dossiers : un faux décret déposé à la Crtv, et des écarts sur l’or camerounais à Dubaï. Voici ce que Koaci en sait après investigations.


Deux nouvelles dates d’audition annoncées : 30 juin et 1er juillet. La machine s’est emballée. Reprises, partages, analyses, condamnations. En 48 heures, l’homme était jugé, dépecé, exécuté sur les réseaux sociaux. Son nom est devenu un hashtag. Sa famille, une cible. Son silence, un aveu. Sauf qu’aujourd’hui, le récit s’effondre. Et ce qui se dessine n’est plus une affaire judiciaire, mais une leçon de mécanique politique : celle du bouc émissaire.


Le démenti qui change tout, 72 heures après la bombe, certains médias ont fait marche arrière dont Lebledparle. Après « de nouvelles vérifications », le site révèle qu’une source proche de M. Baboke affirme qu’il « n’a jamais été convoqué, ni entendu par le TCS dans les affaires évoquées ». Mieux : les dates d’audition avancées par Jeune Afrique « ne correspondent à aucune procédure ayant concerné l’intéressé ».


Certains médias, qui avaient relayé l’info, la considèrent désormais « avec la plus grande réserve ». Plus encore, « aucune source de la présidence de la République, du Tribunal criminel spécial ou du ministère de la Justice ne confirme ces informations ».


Résumons : un journal panafricain lâche une accusation. Aucune institution ne confirme. Une source directe dément. Et entre les deux, un homme a vu son nom traîné dans la boue devant 28 millions de Camerounais. Voilà le premier scandale.


 Prophétie de 2021


 L’ironie est cruelle. En 2021, Oswald Baboke publiait un texte qui ressemble aujourd’hui à une prophétie. Il y décrivait « les grands boulevards de la diffamation et de la médisance automatique », habités par « des pseudos lanceurs d’alertes payés pour salir les adversaires, dans l’intention inavouée de briser des carrières ». Il détaillait la méthode : documents balancés dans de fausses boîtes mail, virements qui transitent sur trois adresses, chantage au « retour à l’expéditeur, TTC ». Le lanceur d’alerte, « riche des deux virements, relance le plus offrant, et s’enrichit triplement ». Cinq ans plus tard, le scénario s’applique à la lettre. Accusations en rafale : faux décret, or, sept milliards de pétrole, maisons à Dubaï, stations-service, restaurant Le Continent.


À chaque fois, zéro preuve publique. À chaque fois, la famille élargie est embarquée : son épouse Crescence obligée de sortir des versets bibliques pour se défendre, sa fille Indira interpellée à Dubaï par des inconnus caméra au poing. Quand on veut tuer un homme, on commence par tuer sa réputation.


 

Et quand la réputation ne suffit pas, on s’attaque à ses enfants.


Pourquoi Baboke ? Pourquoi maintenant ?


Un bouc émissaire n’est jamais choisi au hasard. Il faut qu’il soit assez proche du pouvoir pour que sa chute fasse du bruit, assez discret pour qu’il ne puisse pas riposter à armes égales, assez loyal pour que sa disgrâce serve d’exemple.


Cette affaire intervient dans « un contexte marqué par de nombreuses spéculations autour de la succession » et des « luttes d’influence au sein de l’appareil d’État ». Des proches parlent d’une « loyauté à Paul Biya qui énerve les infidèles ». D’autres pointent sa proximité avec Samuel Eto’o, autre tête à abattre du moment. Le timing ne trompe personne. À l’approche de chaque remaniement ministériel « cent fois annoncé, et cent fois ajourné », pour reprendre les mots de Baboke en 2021, les couteaux sortent. Les clans avancent masqués. Et les lanceurs d’alertes deviennent des lanceurs de couteaux.


Faire tomber Baboke, c’est envoyer un message : personne n’est intouchable. Surtout pas les fidèles.


Les faits, têtus, dérangent


Rappelons ce que la justice a établi. Parce qu’au milieu du vacarme, on oublie l’essentiel. Oui, un faux décret a été déposé à la Crtv. L’auteur présumé est détenu au Secrétariat d’État à la Défense. L’enquête suit son cours. Oui, il y a des investigations sur des écarts entre l’or exporté officiellement par le Cameroun et les volumes enregistrés à Dubaï. Non, aucun lien officiel n’a été établi entre Oswald Baboke et ces deux affaires. Aucun communiqué du TCS. Aucun mandat. Aucune mise en examen. Même dans l’affaire Martinez Zogo, où son nom a été cité, les échanges WhatsApp versés au dossier portent « sur des vœux de fin d’année et sur des sujets sans rapport direct avec le dossier ».


Aucun élément n’établit un lien avec l’assassinat. En droit, cela s’appelle le néant probatoire. En politique, cela s’appelle une campagne.


 

Le vrai danger : la justice par Facebook


Le cas Baboke révèle une maladie plus grave que toutes les accusations : la mort de la présomption d’innocence. Nous sommes passés en dix ans de la rumeur de quartier au tribunal des réseaux sociaux, sans passer par la case palais de justice. Désormais, on accuse sur Twitter, on instruit sur WhatsApp, on condamne sur TikTok. Les juges, les avocats, les preuves ? Trop lents. Trop compliqués. Le peuple veut du sang, et il le veut maintenant. Crescence Baboke ne dit pas autre chose : « La foule réclame du sang. Beaucoup prennent un plaisir malsain à boire les eaux troubles des réseaux sociaux comme s’il s’agissait de mets raffinés. »


Le problème n’est pas qu’Oswald Baboke soit coupable ou innocent. Le problème est que nous n’avons plus besoin de le savoir pour le pendre. Et demain ? Demain, ce sera un autre. Un autre proche. Un autre loyal. Un autre qui dérange. La machine à bouc émissaire ne s’arrête jamais, parce qu’elle arrange tout le monde : les clans qui avancent, les journalistes qui font du clic, le public qui se défoule. Jusqu’au jour où la machine se retourne contre ceux qui l’ont alimentée.


Humanité


Steve Fah influenceur camerounais raconte une scène. Des années avant cette tempête. Dans la cour de Baboke, des jeunes déchargent des chaises pour un événement. L’un d’eux interpelle un homme qui regarde : « Grand, tu peux nous aider ? On est en retard. » L’homme sourit, dit « D’accord », et porte les chaises. On vient dire au jeune, affolé : « C’est Oswald Baboke… c’est le propriétaire. » Le jeune court s’excuser. Réponse de Baboke : « Pourquoi tu t’excuses ? Je suis un être humain comme vous. Si je peux aider, je dois aider. » Il n’y avait pas de caméra. Pas de journalistes. Pas de like à gagner. Juste des chaises à porter. C’est peut-être ça, le plus grand crime d’Oswald Baboke aux yeux de ses ennemis : être resté un homme, dans un monde de marionnettistes. Et au Cameroun, l’humanité est devenue une faute qui se paie cash. La question maintenant est simple : jusqu’à quand allons-nous continuer à sacrifier les hommes pour nourrir les rumeurs ?



-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.

-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com


 
 
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