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Cameroun : Affaire Baboke, pourquoi certains évoquent un « scénario Amougou Belinga » ?
 

Cameroun : Affaire Baboke, pourquoi certains évoquent un « scénario Amougou Belinga » ?

 
 
 
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© Koaci.com - mercredi 08 juillet 2026 - 16:24


Depuis quelques semaines, une théorie circule avec insistance dans certains cercles politiques et médiatiques camerounais : la chute d'Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil de la présidence, ne serait pas le fruit du hasard, mais l'exécution méthodique d'un scénario déjà vu - celui qui, en 2023, a précipité la disparition politique de Jean-Pierre Amougou Belinga. Il ne s'agit pas d'un fait établi, mais d'une grille de lecture que défendent aujourd'hui plusieurs observateurs et une partie de l'entourage de Baboke. En voici les grandes lignes, et ce qu'elle laisse aussi de côté.


Même schéma


Le parallèle repose d'abord sur une mécanique commune : l'émergence violente d'une accusation, sa diffusion rapide dans les réseaux sociaux et la presse, puis une convocation par les services de sécurité qui scelle, aux yeux du public, une présomption de culpabilité - bien avant tout jugement.


Dans le cas d'Amougou Belinga, tout avait basculé après l'assassinat du journaliste Martinez Zogo en janvier 2023. Son nom avait circulé comme celui d'un possible commanditaire, avant son arrestation spectaculaire à l'aube le 6 février 2023, la perquisition de son domicile et de son groupe de médias, puis son inculpation pour complicité de torture. Depuis, il reste incarcéré, le procès s'étirant dans la durée.


Dans le cas de Baboke, la séquence suit une chronologie resserrée : le dépôt d'un faux décret à la Crtv le 12 juin 2026,- qui ne portait pas son nom selon nos informations-, puis une convocation par le Tribunal criminel spécial fin juin, suivie d'une audition par la Direction de la sécurité présidentielle le 7 juillet -pendant qu'un second dossier, sur un présumé trafic d'or, vient s'ajouter au premier. Les tenants de cette théorie soulignent que ce doublement des accusations (faux décret + trafic d'or) rappelle la manière dont le dossier Amougou Belinga s'était lui aussi étoffé au fil du temps, avec des chefs d'accusation qui se sont multipliés et alourdis à mesure que l'instruction avançait.


Bouc émissaire ?


Les défenseurs de cette lecture avancent un motif : Baboke aurait été présenté comme l'un des postulants les plus crédibles à la future vice-présidence, porté par le soutien de la Première dame et une popularité construite en partie autour de l'image de Samuel Eto'o. C'est précisément après la publication de l’article de JA, selon cette version des faits, que la campagne à charge se serait déclenchée -une coïncidence de calendrier que certains refusent d'y voir comme fortuite.


Votre média KOACI, sans aller jusqu'à parler de sacrifice organisé, a déjà pointé les fragilités du dossier : aucune institution -ni la présidence, ni le TCS, ni le ministère de la Justice - n'a confirmé les dates d'audition avancées par Jeune Afrique ; certains médias ayant relayé l'information ont depuis fait marche arrière ; et dans l'affaire Zogo, où le nom de Baboke avait aussi été cité, les échanges versés au dossier ne portaient, selon cette source, que sur des vœux de fin d'année sans rapport avec l'enquête. Pour ceux qui défendent la thèse du coup monté, ce sont là les signes d'une mécanique politique bien connue à Yaoundé : celle qui consiste à sacrifier une figure devenue trop visible ou trop menaçante pour d'autres ambitions, en s'appuyant sur une fuite savamment orchestrée vers la presse plutôt que sur une procédure judiciaire classique.


 

Escalade d'accusations, y compris douteuses


Ce qui frappe les partisans de la thèse du coup monté, c'est moins chaque accusation prise isolément que leur accumulation en quelques semaines à peine. KOACI a d'ailleurs dressé la liste de ce déluge : faux décret, trafic d'or, sept milliards de francs CFA d'origine contestée, pétrole, maisons à Dubaï, stations-service, et désormais le restaurant Le Continent 237 — le tout, souligne le média, « à chaque fois, zéro preuve publique ».


Un épisode illustre en particulier la fragilité de certaines de ces accusations. Des lanceurs d'alerte ont mis en ligne une vidéo censée montrer la résidence et les véhicules de luxe de Baboke - avant que des internautes ne fassent remarquer qu'il s'agissait en réalité d'images tournées à Dubaï, sans lien avec le haut fonctionnaire. Reste une question à laquelle personne n'a pour l'instant répondu clairement : les différents comptes qui ont relayé cette vidéo l'ont-ils reprise les uns des autres, ou l'ont-ils reçue simultanément d'une même source qui la leur aurait fait parvenir ? L'incident, à ce stade, n'est confirmé par aucune enquête indépendante ; il reste un exemple, avancé par les proches de Baboke, du caractère parfois fabriqué du dossier à charge.


À ces accusations patrimoniales s'ajoute, plus récemment, un volet social. Un collectif se présentant comme d'anciens employés du restaurant Le Continent 237 — propriété de Baboke — affirme que plus de 35 salariés auraient été licenciés il y a environ un mois, sans notification préalable ni justification officielle, après avoir travaillé, selon leurs témoignages, près de trois années sans congés, puis placés trois mois en « congé technique » non rémunéré. Ces allégations n'ont, à notre connaissance, fait l'objet d'aucune confirmation officielle ni d'une enquête de l'inspection du travail rendue publique ; elles reposent pour l'instant sur les seuls témoignages de ce collectif. Pour les soutiens de Baboke, la coïncidence de calendrier - cette affaire sociale émergeant précisément pendant l'offensive judiciaire et médiatique en cours -, s'inscrit dans la même logique : montrer, en plus d'un possible enrichissement illicite, une image d'homme sans scrupules, pour achever de retourner l'opinion.


Qui est derrière la campagne ?


Face à cette accumulation, une hypothèse circule sur les origines de l'offensive : celle de lanceurs d'alerte réputés proches de l'opposition, qui s'acharneraient sur Baboke, en particulier dans le contexte actuel. D'autres évoquent, à l'inverse, la main du « camp d'en face » au sein même du sérail -c'est-à-dire un clan rival dans la bataille pour la vice-présidence - qui aurait « mis les moyens » pour faire tomber Baboke avant qu'il ne soit officiellement adoubé.


Ces deux pistes doivent être traitées avec la même prudence que les accusations elles-mêmes : à ce jour, aucun élément public et vérifiable ne permet d'établir que des proches de l’opposition, ou un clan rival précis du pouvoir, commanditent ou financent cette campagne. Il s'agit, pour l'instant, de spéculations qui circulent dans les mêmes cercles qui alimentent aussi bien les accusations que leurs démentis. Ce qui est en revanche mieux documenté, c'est le climat général : une bataille de succession qui oppose plusieurs clans au sommet de l'État, et dans laquelle la disqualification d'un rival — vraie ou fabriquée — est devenue une arme courante, quel que soit celui qui la manie.


 

Cette lecture, aussi cohérente soit-elle sur le plan narratif, a ses limites, et l'honnêteté oblige à les rappeler.


D'abord, les deux dossiers ne sont pas de même nature. Amougou Belinga a été inculpé et est jugé pour des faits d'une extrême gravité -complicité de torture et complicité d’enlèvement dans le cadre de l'assassinat d'un journaliste - sur la base de témoignages précis versés au dossier judiciaire, dont celui d'un témoin ayant décrit des instructions données la veille du meurtre. Le dossier Baboke, à ce stade, repose largement sur des informations non confirmées officiellement, relayées par des lanceurs d’alerte controversés à partir de sources anonymes. Comparer les deux affaires sur le seul plan du procédé médiatique ne doit pas faire oublier que leur gravité et leur niveau de preuve n'ont, pour l'instant, rien de comparable.


Ensuite, l'existence d'une rivalité de clans autour de la succession de Paul Biya -bien documentée par ailleurs -ne suffit pas à démontrer qu'une manipulation a eu lieu dans ce cas précis. Une enquête sur un faux décret présidentiel et sur des soupçons de trafic d'or peut tout à fait être légitime, y compris si elle profite, par ricochet, à des rivaux politiques de la personne visée. Le contexte de lutte de pouvoir rend le soupçon plausible ; il ne rend pas la culpabilité — ni l'innocence — automatique.


L'hypothèse d'un « sacrifice » de Baboke mérite d'être suivie, tant elle s'inscrit dans une dynamique de rivalités désormais bien identifiée à Yaoundé. Mais elle reste, à ce stade, une lecture parmi d'autres — défendue par des acteurs qui ont un intérêt direct à la voir accréditée — plutôt qu'un fait établi. Les prochaines semaines, avec la suite des auditions et d'éventuelles décisions judiciaires, diront si le parallèle avec Amougou Belinga tient, ou s'il s'agit d'une grille de lecture séduisante, mais prématurée.



-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com


 
 
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